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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301868

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301868

mercredi 30 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantGUILLEMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 18 août 2023, M. B A, représenté par Me Guillemin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a décidé sa remise aux autorités autrichiennes en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2023 par lequel la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Marne ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans délai et sous astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les arrêtés méconnaissent le principe du contradictoire et le droit à un procès équitable dès lors que l'administration n'a pas produit dans le cadre de l'instance l'ensemble des éléments ayant fondé les arrêtés ;

- les arrêtés ont été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté portant remise aux autorités autrichiennes n'est pas motivé ;

- l'arrêté méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'arrêté méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté portant assignation à résidence n'est pas justifié par des critères objectifs fixés par la loi sur l'existence d'un risque de fuite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2023, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mach pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mach, magistrate désignée,

- et les observations de M. A, assisté de M. C, interprète.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né en 1974, déclare être entré en France le 15 avril 2023 et a déposé une demande d'asile. Par un arrêté en date du 17 juillet 2023, notifié le 16 août 2023, la préfète du Bas-Rhin a décidé sa remise aux autorités autrichiennes en vue de l'examen de sa demande d'asile. Par un arrêté du 16 août 2023, la préfète du Bas-Rhin a ordonné son assignation à résidence dans le département de la Marne pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal l'annulation des arrêtés du 17 juillet 2023 et du 16 août 2023 de la préfète du Bas-Rhin.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. A, qui est déjà représenté par un avocat, a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, de prononcer l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant remise aux autorités autrichiennes :

4. Par arrêté du 30 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin du même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme D E, attachée, adjointe au chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer notamment les arrêtés de transfert pris en application de la procédure Dublin, en cas d'absence ou d'empêchement d'une autorité dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'était pas absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. En application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

6. L'arrêté litigieux vise les stipulations applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003. Elle relève le caractère irrégulier de l'entrée en France de M. A et précise que la consultation du système Eurodac a montré que l'intéressé avait sollicité l'asile auprès des autorités autrichiennes, indique la date de saisine des autorités autrichiennes et mentionne que les autorités autrichiennes ont donné leur accord à son transfert sur le fondement du b de l'article 18-1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. L'arrêté énonce ainsi les considérations de fait et de droit qui le fondent. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

7. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

8. Il résulte clairement des stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 5 novembre 2014 (Sophie M., C-166/13), que celui-ci s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union, de sorte que l'intéressé ne saurait tirer de ces stipulations un droit d'être entendu dans toute procédure relative à sa situation.

9. Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, établissant les critères et les mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou apatride : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de 1'entretien individuel visé à l'article 5. / () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de ne pas instruire la demande de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit ou, si nécessaire pour la bonne compréhension du demandeur, oralement, et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, leur délivrance complète par l'autorité administrative, notamment par la remise de la brochure prévue par les dispositions précitées, constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu remettre, le 12 mai 2023, le guide du demandeur d'asile et les documents d'information A et B, intitulés respectivement " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", qui constituent la brochure commune prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement précité. Ces documents lui ont été remis en langue kurde, langue que l'intéressé n'allègue, ni n'établit ne pas comprendre. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'intéressé n'a pas reçu l'ensemble des éléments d'information requis par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dans une langue qu'il comprend doit être écarté comme manquant en fait.

11. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4 (). / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'Etat membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié, le 12 mai 2023, d'un entretien individuel et confidentiel dans les locaux de la préfecture de la Marne et que cet entretien a été réalisé avec l'assistance d'un interprète, dont le nom est précisé, de l'organisme d'interprétariat ISM, agréé par l'administration, en langue kurde, langue que l'intéressé n'allègue, ni n'établit ne pas comprendre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

13. M. A soutient que l'autorité préfectorale n'a pas produit dans le cadre de la présente instance l'ensemble des éléments ayant fondé l'arrêté contesté. Toutefois, la circonstance, au demeurant erronée, que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas produit des pièces dans le cadre de l'instance tendant à la contestation de l'arrêté du 17 juillet 2023, est postérieure à la décision contestée et est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté méconnaît le principe du contradictoire prévu à l'article L. 5 du code de justice administrative et le droit à un procès équitable ne peut qu'être écarté.

14. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. M. A fait valoir qu'il a quitté la Turquie pour des motifs politiques et qu'il souhaite déposer sa demande d'asile en France où il dispose d'attaches familiales, et notamment de deux neveux qui l'hébergent et subviennent à ses besoins, ainsi que de relations amicales. Toutefois, l'intéressé est arrivé sur le territoire français en avril 2023 et n'apporte aucune pièce au soutien de ses allégations, à l'exception de deux récépissés de titre de séjour délivrés à ses neveux. Par suite, compte tenu de l'objet de la demande de séjour en France de M. A et alors même qu'il ne dispose d'aucune attache familiale en Autriche, la décision contestée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

16. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".

17. M. A fait valoir qu'il a été arrêté par les autorités autrichiennes, lesquelles ont pris l'ensemble de ses biens et qu'il souhaite travailler en France où il dispose d'attaches familiales et amicales. D'une part, l'Autriche est membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les autorités autrichiennes ont explicitement accepté le 26 juin 2023 de le reprendre en charge, en application du b de l'article 18-1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. L'intéressé n'allègue ni n'établit que les autorités autrichiennes ne traiteraient pas sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par ailleurs, l'ensemble des circonstances invoquées ne suffisent pas à établir que la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage du pouvoir discrétionnaire qu'elle tient de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

18. Par arrêté du 30 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin du même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme D E, attachée, adjointe au chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer notamment les décisions d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement d'une autorité dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'était pas absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté doit être écarté.

19. M. A soutient que l'autorité préfectorale n'a pas produit dans le cadre de la présente instance l'ensemble des éléments ayant fondé l'arrêté contesté. Toutefois, la circonstance, au demeurant erronée, que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas produit des pièces dans le cadre de l'instance tendant à la contestation de l'arrêté du 16 août 2023, est postérieure à la décision contestée et est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté méconnaît le principe du contradictoire prévu à l'article L. 5 du code de justice administrative et le droit à un procès équitable ne peut qu'être écarté.

20. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / () / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".

21. Pour prendre l'arrêté litigieux, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur la circonstance que M. A fait l'objet d'une décision de transfert vers l'Autriche, les autorités autrichiennes ayant donné leur accord pour le reprendre en charge, et que le transfert demeure une perspective raisonnable. Si le requérant conteste la motivation de l'assignation à résidence en faisant valoir que la préfète du Bas-Rhin ne s'est pas prononcée sur des critères objectifs permettant de déterminer l'existence d'un risque de fuite, les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonne pas le prononcé de cette mesure à l'existence d'un tel risque. Il s'ensuit que le moyen ne peut qu'être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 17 juillet 2023 et du 16 août 2023 de la préfète du Bas-Rhin.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris

dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Maxence Guillemin et à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2023.

La magistrate désignée,

signé

A.-S. MACH

La greffière,

signé

I. DELABORDE

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