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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302011

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302011

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL CLEMENT-DELPIANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2023, Mme A D épouse B, représentée par Me Opyrchal, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 27 juillet 2023 par laquelle

le directeur du centre hospitalier de Saint-Dizier a refusé de reconnaître sa maladie comme professionnelle ;

2°) d'enjoindre à cet établissement de santé de réexaminer et de régulariser sa situation administrative dans un délai de quatre mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Dizier la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le conseil médical n'avait pas à être saisi pour avis ;

- sa maladie est professionnelle dès lors que ses conditions de travail se sont fortement dégradées depuis l'arrivée du nouveau médecin-chef au service des urgences,

qui a un comportement inapproprié à son égard ;

- le syndrome dont elle souffre est en lien direct et certain avec son activité professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2024, le centre hospitalier de Saint-Dizier, représenté par M. C, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme

de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 7 juin 2024 par une ordonnance

du 14 mai précédent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maleyre, premier conseiller,

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,

- les observations de Me Opyrchal pour le compte de Mme B,

- et celles de Me Denis en faveur centre hospitalier de Saint-Dizier.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, qui appartient au corps des aides-soignants et des auxiliaires de puériculture, a travaillé au sein du service des urgences du centre hospitalier de Saint-Dizier (CHSD) du 1er septembre 2005 jusqu'en 2021. Il lui a été diagnostiqué un syndrome anxio-dépressif le 4 octobre 2022. Le 3 avril 2023, l'intéressée a présenté une demande de reconnaissance de sa pathologie comme maladie professionnelle à laquelle le directeur du centre hospitalier de Saint-Dizier a refusé de faire droit par une décision du 27 juillet 2023. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 821-1 du code général de la fonction publique : " Un conseil médical est saisi pour avis à l'occasion de l'octroi d'un congé mentionné au chapitre II dans les cas déterminés par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article L. 822-20 du même code : " Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de son article L. 822-21 : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : / () 3° Une maladie contractée en service telle qu'elle est définie à l'article L. 822-20 () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale : " () Est présumée d'origine professionnelle toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée dans un tableau de maladies professionnelles peut être reconnue d'origine professionnelle lorsqu'il est établi qu'elle est directement causée par le travail habituel de la victime. / Peut être également reconnue d'origine professionnelle une maladie caractérisée non désignée dans un tableau de maladies professionnelles lorsqu'il est établi qu'elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime et qu'elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente d'un taux évalué dans les conditions mentionnées à l'article L. 434-2 et au moins égal à un pourcentage déterminé. / () Les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladies d'origine professionnelle, dans les conditions prévues aux septième et avant-dernier alinéas du présent article. Les modalités spécifiques de traitement de ces dossiers sont fixées par voie réglementaire ".

4. Enfin, aux termes de l'article 35-6 du décret du 19 avril 1988 : " Le conseil médical est consulté : / () 3° Lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même IV ne sont pas remplies ".

5. Dès lors que la maladie de Mme B n'est pas désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés à l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale,

le conseil médical devait être saisi en vertu des dispositions précitées de l'article 35-6 du décret du 19 avril 1988. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure résultant de ce que le conseil médical a été saisi en-dehors des cas prévus par ces dispositions doit être écarté.

6. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

7. Pour justifier de sa demande de reconnaissance d'imputabilité de sa " dépression post-traumatique sur surmenage professionnel " diagnostiquée le 4 octobre 2022, Mme B soutient que le nouveau médecin-chef du service a eu un comportement inapproprié à son égard, marqué par des propos agressifs et insultants, ainsi que par des tentatives d'intimidation, et que les raisons ayant justifié sa mutation en interne en dehors du service des urgences en 2021 étaient fallacieuses. Toutefois, les documents que l'intéressée produit à l'appui de ses allégations, notamment des attestations de collègues peu circonstanciées, ainsi que des documents médicaux se bornant à mentionner que son état de santé nécessite une prise en charge psychologique spécialisée, ne suffisent pas à caractériser un contexte professionnel pathogène. En outre,

ni les deux expertises auxquelles elle a été soumise ni le conseil médical à deux reprises n'ont reconnu le lien entre ses fonctions et sa pathologie anxio-dépressive. Dans ces conditions, et même si Mme B ne présentait un tel état antérieurement, la décision en litige n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 27 juillet 2023 du directeur du centre hospitalier de Saint-Dizier. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHSD, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans

les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge

de Mme B la somme demandée par du CHSD au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier de Saint-Dizier présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse B et au centre hospitalier de Saint-Dizier.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

P. H. MALEYRELe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

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