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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302030

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302030

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302030
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2023, M. B A, représenté par la SELARL le Cab avocats demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 3 aout 2023 par lequel le préfet de la Marne lui a refusé le séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire et a fixé le pays de destination à cet éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois suivant le jugement à intervenir et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

2°) que le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été pris par un auteur incompétent ;

- la régularité de la composition du collège de médecin de l'OFII devra être établie par le préfet ;

- il suit un traitement médical lourd qui n'est pas disponible en Géorgie ; que notamment l'Advagraf n'y est pas accessible ; il n'a pas les moyens financiers d'accéder aux médicaments dont il a besoin;

- l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

29 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Olivier Nizet, président,

- et les observations de Me Boia, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité Géorgienne, est entré en France le 4 décembre 2017 et y a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée. Toutefois, une autorisation provisoire de séjour pour motif de santé lui a été délivrée et régulièrement renouvelée. La dernière de ces autorisations est arrivée à son terme le 29 mai 2023. M. A demande l'annulation de l'arrêté du 3 aout 2023, par lequel le préfet de la Marne a refusé de renouveler l'autorisation précitée, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination à cet éloignement.

2. Par un arrêté du 4 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Marne a donné délégation à M. Emile Soumbo, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions du représentant de l'Etat dans le département, ce qui recouvre la police des étrangers. Par suite

M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige aurait été pris par un auteur incompétent.

3. En se bornant à soutenir que le préfet doit établir la régularité de la procédure qui s'est déroulée devant le collège des médecins de l'OFII et notamment que le médecin instructeur n'a pas siégé au sein du collège de médecins appelé à donner son avis sur son état de santé, sans apporter le moindre élément pouvant laisser à penser que la procédure a été menée de manière irrégulière, ce qui ferait peser sur le préfet la charge de la preuve de sa régularité, M. A ne met pas le juge à même d'apprécier le bien-fondé de ce moyen.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé ".

5. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque ce défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A souffre d'une insuffisance rénale qui a donné lieu à une transplantation qui a eu lieu le 14 juillet 2020 et d'une insuffisance cardiaque. Le collège des médecins de l'OFII a considéré que le défaut de traitement médical pourrait entrainer des conséquences d'une extrême gravité, mais que M. A pouvait bénéficier de soins dans son pays d'origine. L'intéressé fait, en premier lieu, valoir que le médicament " Advagraf " n'est pas disponible en Géorgie. Toutefois pour en justifier, il produit des rapports généraux sur l'état du système de santé géorgien qui ne permettent pas d'établir l'absence d'accessibilité du médicament précité et que les molécules pouvant lui être substitué ne sont pas plus accessibles. Pour les mêmes motifs, il n'établit pas que ses moyens financiers ne lui permettront pas un accès effectif aux soins dont il a besoin. Par suite, dès lors que les documents qu'il produit ne permettent pas d'établir qu'en suivant l'avis du collège de médecins de l'OFII le préfet aurait méconnu les dispositions précitées, le moyen tiré de leur méconnaissance ne peut être qu'écarté.

8. M. A se prévaut de la durée de son séjour en France et de la présence dans ce pays d'un de ses frères. Toutefois il est célibataire et sans enfant, la durée de séjour en France n'a été acquise que par la nécessité dans laquelle il s'est trouvé d'y recevoir les soins que son état de santé exigeait. Enfin son frère est également en situation irrégulière. Dans ces conditions, le préfet de la Marne ne peut être regardé comme ayant porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté en litige a été pris. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir qu'il méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut être que rejetée, en toutes ses conclusions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

M. C

Le président-rapporteur,

O. NIZETLa greffière,

N. MASSON

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