jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302063 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2023, M. A C B, représenté par Me Gervais, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite par laquelle le préfet de la Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 421-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans le même délai et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Mach, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant nigérian né en 1987, déclare être entré en France en 2015. Le 18 octobre 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, qui a été enregistrée par les services de la préfecture de la Marne le 14 mars 2023. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande née du silence gardé par le préfet de la Marne.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
3. Si M. B se prévaut d'une " promisse " d'embauche de la SARL Kate Luxe Nettoyage en qualité d'agent d'entretien en contrat à durée indéterminée pour un salaire mensuel brut de 1521,25 euros, cette seule circonstance ne saurait suffire à établir que son admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Dans ces conditions, l'intéressé, qui n'invoque aucune autre circonstance à l'appui de son moyen, n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée a été pris en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. B se prévaut d'une durée de présence en France de 7 ans ainsi que de son concubinage avec une compatriote, titulaire d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 4 mai 2024 avec laquelle il a eu une fille, née le 22 juillet 2021. Il ne justifie pas de la continuité de sa présence en France depuis 2015 par les seules pièces produites. Il ne démontre pas, par la seule production d'une facture d'électricité établie aux deux noms en août 2022 sur la base de déclarations, l'existence d'une communauté de vie avec la mère de sa fille, avec laquelle il ne résidait pas à la date de la naissance de leur enfant, ainsi qu'il résulte de l'acte de naissance de cette dernière. L'intéressé ne produit par ailleurs aucun élément de nature à démontrer qu'il contribuait à l'entretien et à l'éducation de sa fille. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine où résident, selon le formulaire de demande de titre de séjour, sa mère ainsi que son frère et où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 28 ans. L'intéressé ne fait état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se recompose au Nigéria. Par ailleurs, s'il se prévaut d'une promesse d'embauche en qualité d'agent d'entretien pour une entreprise située en Ile-de-France et fournit des attestations de bénévolat, ces seuls éléments ne sauraient caractériser une insertion professionnelle significative. Dans ces conditions, compte tenu des conditions de son séjour en France et en dépit de la durée de celui-ci, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour contestée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Sa requête doit par suite être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
M. Rifflard, conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
Signé
R. RIFFLARDLa présidente-rapporteure,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
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