lundi 30 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302109 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | SELARL MAINNEVRET-MALBLANC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 septembre 2023, M. A C, représenté par la SELARL Mainnevret-Malblanc, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de cet éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Mainnevret sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- des circonstances humanitaires exceptionnelles s'opposent à ce que soit prononcée à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;
- la décision portant fixation du pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation.
La requête de M. C a été communiquée à la préfète de l'Aube qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Malblanc, représentant M. C,
- les observations de M. C assisté d'un interprète en langue arménienne.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande du requérant il y a lieu de lui accorder à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. M. C, ressortissant arménien, est entré en France de manière irrégulière le 19 février 2019. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 août 2018 ainsi que par la Cour nationale du droit d'asile le 22 novembre 2019. En parallèle de sa demande d'asile, il a sollicité des services de la préfecture de l'Aube la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade, qui lui a été refusée par arrêté du 7 octobre 2019 portant également obligation de quitter le territoire français, à l'encontre duquel le requérant a introduit un recours pour excès de pouvoir devant le présent tribunal, qui a rejeté sa requête par un jugement du 3 décembre 2019. Le 20 septembre 2021, il a sollicité des services de la préfecture de l'Aube son admission exceptionnelle au séjour, qui lui a été refusée par arrêté du 15 novembre 2021 portant également obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans, dont la légalité a été confirmée par jugement du présent tribunal en date du 15 septembre 2022. Le 26 octobre 2022, à la suite de son interpellation et de son placement en retenue administrative, la préfète de l'Aube a prononcé à son encontre une troisième obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans. A la suite d'un nouveau placement en rétention administrative, la préfète de l'Aube a pris à son encontre, en date du 12 septembre 2023, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi qu'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans. L'intéressé en demande l'annulation au tribunal.
3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9o L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
4. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
5. M. C fait valoir que l'état de santé de sa fille mineure nécessite qu'il soit protégé de l'éloignement en vertu des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans son avis du 30 septembre 2019 que bien que l'état de santé d'Anna C nécessite une prise en charge médicale dont l'absence pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel elle peut voyager sans risque. Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces fournies à l'appui de la présente requête qu'un tel traitement ne serait pas disponible en Arménie, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
6. Au surplus, M. C soutient que la préfète de l'Aube ne pouvait se fonder sur l'avis susmentionné du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur la situation médicale de sa fille le 30 septembre 2019 pour estimer qu'elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Cependant, il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète de l'Aube ne fonde pas sa décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. C sur ces éléments mais sur la circonstance qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour valide.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire français le 19 février 2019. S'il avance, à l'appui de sa requête, se trouver sur le territoire français aux côtés de sa femme et de leurs deux enfants mineurs scolarisés, il ressort des documents fournis par le requérant et des termes de la décision attaquée que sa compagne séjourne également de manière irrégulière sur le territoire et que la scolarité de leurs enfants, âgés de 3 et de 11 ans, est très récente. En outre, il n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue. Dès lors, M. C n'établit pas entretenir des relations stables et intenses avec des personnes séjournant régulièrement sur le territoire français. Enfin, les circonstances que le requérant ait été engagé afin de faire les vendanges, alors même que sa situation administrative ne l'y autorisait pas et qu'il est titulaire d'une promesse d'embauche, au demeurant postérieure à l'édiction de l'arrêté attaqué, ne sauraient constituer la preuve d'une intégration particulière. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté.
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
10. Si M. C se prévaut de la situation médicale de sa fille, cet élément ne peut être retenu au titre des circonstances humanitaires justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour à son égard pour les mêmes motifs que ceux figurant au point 5 du présent jugement. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que des circonstances humanitaires justifient que la préfète de l'Aube ne prononce pas, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français.
11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
12. M. C se prévaut de craintes en cas de retour en Arménie du fait de son impossibilité à financer le suivi médical de sa fille. Toutefois, il ne fournit, à l'appui de sa demande, aucune pièce permettant d'établir qu'il serait exposé à des risques actuels, personnels et sérieux de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays de nationalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. La décision portant fixation du pays de renvoi mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle du requérant. Cette motivation est conforme aux exigences de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction du requérant doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais du litige :
15. Le requérant étant, dans la présente instance, la partie perdante, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Mainnevret et à la préfète de l'Aube.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.
Le président rapporteur,
Signé
A. B La greffière,
Signé
S. VICENTE
N°2302109
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026