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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302117

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302117

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET-MALBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête enregistrée, le 14 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Mainnevret, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

3°) que le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros, soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une exception d'illégalité, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est elle-même illégale ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il est disproportionné au regard du nombre de pointages au commissariat par semaine ;

- il est entaché de défaut de base légale, est disproportionné au regard de l'obligation de présence à domicile de 18h à 21 h et porte atteinte à sa liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Oscar Alvarez, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant arménien, est entré en France de manière irrégulière le

19 février 2019. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 août 2019 ainsi que par la Cour nationale du droit d'asile le 22 novembre 2019. En parallèle de sa demande d'asile, il a sollicité des services de la préfecture de l'Aube la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade, qui lui a été refusée par arrêté du 7 octobre 2019 portant également obligation de quitter le territoire français. Le recours introduit à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 3 décembre 2019. Le

20 septembre 2021, il a sollicité des services de la préfecture de l'Aube son admission exceptionnelle au séjour, qui lui a été refusée par arrêté du 15 novembre 2021 portant également obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans, dont la légalité a été confirmée par jugement en date du 15 septembre 2022. Le 26 octobre 2022, à la suite de son interpellation, la préfète de l'Aube a prononcé à son encontre une troisième obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans. La préfète de l'Aube a pris à son encontre, en date du 12 septembre 2023, un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans. Parallèlement, par un arrêté de la même date, M. B a été assigné à résidence pour une durée de six mois. Par le présent recours, il demande l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision en date du 13 octobre 2023, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B. Sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est, par suite, dépourvue d'objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

4. Il résulte des dispositions précitées que l'assignation à résidence d'une durée maximale de six mois, renouvelable une fois, ne peut être prononcée que lorsque la mesure d'éloignement prise à l'encontre d'un étranger ne peut être exécutée immédiatement et qu'il n'existe donc pas, à la date à laquelle elle est ordonnée, de perspective raisonnable d'exécution immédiate.

5. Pour fonder sa décision la préfète a retenu l'existence d'un rendez-vous médical prévu à l'hôpital Necker au bénéfice de la fille du requérant, le 11 octobre 2023. Toutefois, ce rendez-vous ne pouvait à lui seul justifier l'absence de perspective raisonnable d'éloignement, alors que le requérant dispose d'un passeport et qu'il n'est pas contesté que des vols à destination de l'Arménie sont régulièrement planifiés à partir de Paris. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la préfète de l'Aube a méconnu les dispositions de l'article L. 731-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 12 septembre 2023 doit être annulé.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mainnevret, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mainnevret de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube a assigné M. B à résidence pendant une durée de six mois est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Mainnevret, avocat de M. B, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Mainnevret renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mainnevret et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le rapporteur,

O. ALVAREZ

Le président,

O. NIZETLa greffière,

N. MASSON

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