mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302210 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2023, Mme A B, représentée par
Me Malterre demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté n° BE 2023-255-01 du 12 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube lui a retiré sa carte de résident ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Par ordonnance du 5 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
22 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Oscar Alvarez a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante turque, née le 1er janvier 1970, est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 30 juin 2026. Par courrier en date du 15 juin 2023, la préfète de l'Aube a informé l'intéressée qu'elle envisageait de lui retirer sa carte de résident et de lui délivrer une carte de séjour temporaire en application du 9° de l'article R. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par le présent recours, elle demande l'annulation de l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube lui a retiré sa carte de résident.
2. Aux termes de l'article R. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-41, R. 422-7, R. 423-2 et
R. 426-1, le titre de séjour peut être retiré dans les cas suivants : () 9° L'étranger, titulaire d'une carte de résident, a occupé un travailleur étranger en infraction avec les dispositions de l'article L. 5221-8 du code du travail () ". Aux termes de l'article L. 5221-8 du code du travail : " L'employeur s'assure auprès des administrations compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ".
3. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport des services de gendarmerie établi le 1er juin 2023 à l'issue de son audition que Mme B a employé un étranger en situation irrégulière sous une fausse identité, ce qu'elle a, au demeurant, reconnu avoir fait en connaissance de cause. Elle entrait, par suite, dans les prévisions des textes précités. Les circonstances alléguées qu'il s'agissait de son beau-frère qui était en cours de régularisation et qu'elle éprouvait des difficultés à recruter sont sans incidence sur la légalité de la décision de retrait de la carte de résident dont la requérante bénéficiait. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Aube a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui retirant sa carte de résident.
4. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et
L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an () / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. Pour contester l'arrêté de la préfète de l'Aube, Mme B se prévaut de ses liens familiaux, sociaux et professionnels en France. Elle précise avoir trois enfants de nationalité française et deux petites filles, avoir été employée entre 2003 et 2016 et travailler depuis avec son époux dans la restauration rapide. Toutefois, comme il a été dit au point 3, il est établi que Mme B a employé en toute connaissance de cause, un salarié en situation irrégulière. Dans ces circonstances et alors que la préfète indique dans son arrêté que l'intéressée pourra obtenir un titre de séjour " vie privée et familiale " ce qui lui permettra de demeurer sur le territoire dans une situation régulière, la décision en litige dont l'unique conséquence est de limiter dans le temps le droit au séjour de l'intéressée, et eu égard aux motifs qui la fondent n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce tout qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 septembre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Aube
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
Le rapporteur,
O. ALVAREZ
Le président,
O. NIZETLa greffière,
N. MASSON
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