vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302382 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LUDOT CLAIRE |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête enregistrée le 17 octobre 2023, Mme C D, représentée par Me Claire Ludot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2023 par lequel le préfet de la Marne a refusé
de lui délivrer une attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée par la contrainte dans l'hypothèse où elle se maintiendrait sur le territoire au-delà d'un délai de départ volontaire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer une attestation de demande d'asile et de lui délivrer un titre de séjour et ce à compter du présent jugement, sous astreinte
de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Ludot,
son avocate, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
et de celles de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le préfet de la Marne n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ;
- un titre de séjour doit lui être délivré de plein droit, en application des dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions du code de l'entrée
et du séjour des étrangers et du droit d'asile relative à l'asile ;
- les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8
de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;
- les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 3
de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La clôture de l'instruction a été fixée 17 novembre 2023 au par une ordonnance
du 31 octobre 2023.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale
par une décision du 27 octobre 2023.
II°) Par une requête enregistrée le 17 octobre 2023, M. A B, représenté
par Me Claire Ludot, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 août 2023 par lequel le préfet
de la Marne a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile l'a obligé à quitter
le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné
par la contrainte dans l'hypothèse où il se maintiendrait sur le territoire au-delà d'un délai
de départ volontaire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer une attestation de demande d'asile et de lui délivrer un titre de séjour et ce à compter du présent jugement, sous astreinte
de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Ludot,
son avocate, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
et de celles de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le préfet de la Marne n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ;
- un titre de séjour doit lui être délivré de plein droit, en application des dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions du code de l'entrée
et du séjour des étrangers et du droit d'asile relative à l'asile ;
- les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8
de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;
- les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 3
de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet de la Marne a produit, le 15 novembre 2023, des pièces qui ont été communiquées.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision
du 27 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Henriot, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme D et M. B, ressortissants russes nés respectivement
les 25 novembre 1968 et 21 mars 1963, déclarent être entrés en France au début de l'année 2019. Ils ont déposé une première demande d'asile le 21 mai 2021, qui a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile le 15 mars 2022. Le 7 juillet 2022, ils ont déposé une demande de réexamen de leur demande d'asile, qui a été rejetée pour irrecevabilité par l'Office français
de protection des réfugiés et des apatrides et définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile le 12 janvier 2023. Le 25 août 2023, ils ont déposé une nouvelle demande de réexamen
de leur situation. Par deux décisions du même jour, le préfet de la Marne a refusé de procéder à l'enregistrement de leur demande, a refusé de leur délivrer une attestation de demande d'asile, les a obligés à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel ils seraient susceptibles d'être éloignés par la contrainte dans l'hypothèse où ils se maintiendraient
sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire. Mme D et M. B demandent
au tribunal l'annulation de ces décisions.
3. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'État () ". Selon
les dispositions de l'article L. 531-42 du même code : " A l'appui de sa demande de réexamen, le demandeur indique par écrit les faits et produit tout élément susceptible de justifier un nouvel examen de sa demande d'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides procède à un examen préliminaire des faits ou des éléments nouveaux présentés par le demandeur intervenus après la décision définitive prise sur une demande antérieure ou dont il est avéré qu'il n'a pu en avoir connaissance qu'après cette décision. Lors de l'examen préliminaire, l'office peut ne pas procéder à un entretien. Lorsque, à la suite de cet examen préliminaire, l'office conclut que ces faits ou éléments nouveaux n'augmentent pas de manière significative la probabilité que le demandeur justifie des conditions requises pour prétendre à une protection, il peut prendre une décision d'irrecevabilité. " Selon les dispositions de l'article R. 531-35 de ce code : " Lorsque dans les cas et conditions prévues à l'article L. 531-41, la personne intéressée entend présenter une demande de réexamen, elle doit procéder à une nouvelle demande d'enregistrement auprès du préfet compétent. () ".
4. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen () ". Selon les dispositions de l'article R. 521-10 du code précité : " Lorsque l'étranger se trouve dans le cas prévu aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2, le préfet peut prendre à son encontre une décision de refus de délivrance de l'attestation de demande d'asile. ".
5. Il résulte de l'instruction que le fils de Mme D et de M. B a été convoqué par une autorité militaire russe pour comparaitre le 14 juillet 2023 devant
un commissariat militaire dans le cadre de la mobilisation décrétée par le président
de la fédération de Russie le 21 septembre 2022. Si cette convocation n'est pas datée, il n'est pas contesté que les requérants n'en ont obtenu la traduction en langue française par un traducteur assermenté que le 27 juillet 2023. Mme D et M. B n'ont, par conséquent, pas pu produire cet élément dans le cadre des demandes d'asile déposées les 21 mai 2021
et 7 juillet 2022. En outre, il ressort des pièces du dossier que le fils des requérants a fui
la Russie, qu'il a sollicité l'asile en France et qu'il ne s'est pas présenté aux autorités militaires dans le cadre de l'ordre de mobilisation, ce qui l'expose à des poursuites, selon la législation russe. Dans ces conditions, eu égard aux risques qu'encourent les membres de la famille
des hommes mobilisés qui se soustraient à leurs obligations militaires, dans le contexte
de la guerre russo-ukrainienne, la convocation en cause constitue un élément susceptible
de justifier un nouvel examen de la demande d'asile de Mme D et de M. B. Dès lors, en rejetant la demande de réexamen de Mme D et M. B sans la soumettre à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et en refusant de leur délivrer une attestation de demande d'asile, le préfet de la Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, les décisions portant refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile en litige doivent être annulées et, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter
le territoire français et fixant le pays de destination.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les arrêtés en litige du 25 août 2023 du préfet de la Marne doivent être annulés.
7. Le présent jugement implique uniquement que la demande de réexamen
de Mme D et M. B soit transmise à l'Office français de protection des réfugiés
et des apatrides et que leur soit délivrée une attestation de demande d'asile. Par conséquent, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Marne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de transmettre la demande de réexamen des requérants à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et de leur délivrer une attestation
de demande d'asile dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.
8. Mme D et M. B ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, Me Ludot, leur avocate, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans
les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Ludot
de la somme de 1 500 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du préfet de la Marne sont annulés du 25 août 2023 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de transmettre la demande de réexamen
de Mme D et de M. B à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et de leur délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de 15 jours à compter
de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Claire Ludot la somme de 1 500 euros sur le fondement
des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi
du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Claire Ludot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à M. A B, au préfet de la Marne ainsi qu'à Me Claire Ludot.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Henriot, conseiller,
Mme Alibert, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
J. HENRIOTLe président,
Signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
Signé
A. PICOT
N°s 2302382, 2302383
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026