vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302475 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SEGAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Ségaud-Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2023080225 du 11 octobre 2023 par lequel le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, d'enjoindre à cette même autorité de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Ségaud-Martin en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté n'est pas motivé ;
- le préfet ne parvient pas à remettre en cause la validité des documents d'état civil qu'il a produit ;
- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile ;
- il méconnaît également les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du même code dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- il méconnaît enfin les stipulations de l'article 8 de la convention européenne
de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet des Ardennes, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit
de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 22 décembre 2023 par une ordonnance
du 31 octobre précédent.
Le préfet des Ardennes et M. B ont été invités, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision
du 10 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Maleyre, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant pakistanais qui serait né le 26 mars 2004, déclare être entré irrégulièrement en France le 11 janvier 2020. L'intéressé a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE) à compter du 17 janvier suivant. Sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile, il a sollicité du préfet des Ardennes la délivrance d'un titre de séjour le 9 décembre 2022. Par un arrêté du 11 octobre 2023, cette autorité a refusé d'y faire droit, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B en demande l'annulation au tribunal.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de carte de séjour temporaire :
2. La décision refusant un titre de séjour à M. B vise notamment le code
de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions
de son article L. 423-22 sur le fondement desquelles l'intéressé a présenté sa demande de carte de séjour. Cette décision relate son parcours administratif, mentionne les éléments constitutifs
de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit
à sa demande. Dès lors, elle est suffisamment motivée.
3. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Son article R. 431-10 dispose : " L'étranger qui demande la délivrance () d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité () ".
4. Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".
5. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
6. Si la décision attaquée est fondée sur le caractère falsifié des documents d'état civil produits par le requérant à l'appui de sa demande de titre de séjour, le préfet des Ardennes, qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'a pas non plus communiqué le rapport de police sur lequel il a fondé cette appréciation, malgré la demande qui lui a été adressée en ce sens. Dans ces conditions, ce motif ne permet pas de fonder la décision de refus de délivrance du titre
de séjour sollicité.
7. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance () au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens
de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure
d'accueil () ".
8. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions
de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance.
Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison
de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux
du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine
et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.
Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est entré en France le 11 janvier 2020 avant l'âge de seize ans et a été confié à l'ASE, était inscrit au titre de l'année scolaire 2021/2022 en première année de baccalauréat professionnel en plomberie. En raison
de difficultés liées à la maîtrise du français, il a été réorienté en cours d'année en première année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en électricité. Si l'intéressé est passé en classe supérieure, il n'a pas obtenu son diplôme au titre de l'année scolaire 2002/2023. En outre,
les bulletins de notes des deuxièmes et troisièmes trimestres de cette dernière année scolaire mettent en évidence de nombreuses absences mesurées à 22 demi-journées
au deuxième trimestre et 43 au troisième. Dans ces conditions, et alors que le rapport social
du 16 novembre 2022 de la structure qui le prend en charge ne met pas en évidence une insertion particulière, le préfet des Ardennes n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
11. Si M. B réside en France depuis le 11 janvier 2020, il est célibataire et sans enfant. Il ne ressort pas des pièces du dossier que son frère jumeau, avec lequel il est entré sur le territoire national, serait dans l'impossibilité de repartir avec lui dans leur pays d'origine où demeurent toujours ses parents ainsi que son autre frère et sa sœur. Dans ces conditions,
la décision en litige n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré
de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
12. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° () constituent une mesure de police () ".
Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent
le fondement de la décision ".
13. Si la décision en litige vise les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code
de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en rappelle le contenu, elle n'indique pas les éléments de fait permettant de considérer que M. B constitue une menace pour l'ordre public. Dès lors, cette décision n'est pas motivée et doit être annulée pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à son encontre. Par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de destination et d'interdiction de retour sur territoire français
d'une durée d'un an doivent également être annulées.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Ardennes du 11 octobre 2023, en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays de destination et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, qui porte uniquement annulation de l'obligation de quitter
le territoire français et des décisions subséquentes, n'implique pas d'obligation de délivrer
un titre de séjour. Il appartient cependant au préfet des Ardennes, en application de l'article
L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de munir
M. B d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation. Il y a lieu
de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter
de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code
de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
16. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative
et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ségaud-Martin, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ségaud-Martin
de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 11 octobre 2023 du préfet des Ardennes est annulé en tant qu'il oblige
M. B à quitter dans le délai de trente jours le territoire français, qu'il fixe le pays
de destination et qu'il édicte à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Ardennes de munir sans délai M. B
d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Ségaud-Martin une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ségaud-Martin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Ardennes
et à Me Ségaud-Martin.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.
Le rapporteur,
signé
P.H. MALEYRELe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026