vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302476 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SEGAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Ségaud-Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2023080226 du 11 octobre 2023 par lequel le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre
une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, d'enjoindre à cette même autorité de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Ségaud-Martin en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté n'est pas motivé ;
- le préfet ne parvient pas à remettre en cause la validité des documents d'état civil qu'il a produit ;
- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile ;
- il méconnaît également les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du même code dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- il méconnaît enfin les stipulations de l'article 8 de la convention européenne
de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet des Ardennes, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit
de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 22 décembre 2023 par une ordonnance
du 31 octobre précédent.
Le préfet des Ardennes et M. B ont été invités, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision
du 10 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Maleyre, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant pakistanais qui serait né le 26 mars 2004, déclare être entré irrégulièrement en France le 11 janvier 2020. L'intéressé a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE) à compter du 17 janvier suivant. Sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile, il a sollicité du préfet des Ardennes la délivrance d'un titre de séjour le 9 décembre 2022. Le 27 mars 2023, il a également présenté une demande de carte de séjour temporaire en invoquant son état de santé. Par un arrêté du 11 octobre 2023, cette autorité a refusé d'y faire droit, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel
il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre
une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B en demande l'annulation au tribunal.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de carte de séjour temporaire :
2. La décision refusant un titre de séjour à M. B vise notamment le code
de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions
de ses articles L. 423-22 et L. 425-9 sur le fondement desquelles l'intéressé a présenté
sa demande de carte de séjour. Cette décision relate son parcours administratif, mentionne
les éléments constitutifs de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande. Dès lors, elle est suffisamment motivée.
3. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans
les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance () au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve
du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure
d'accueil () ".
4. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions
de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance.
Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison
de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux
du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine
et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.
Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est entré en France
le 11 janvier 2020 avant l'âge de seize ans et a été confié à l'ASE, était inscrit au titre de l'année scolaire 2020/2021 en classe de troisième puis à intégrer l'année suivante une seconde professionnelle " métiers du numérique et de la transition énergétique ". En raison de difficultés d'apprentissage, l'intéressé a été réorienté en deuxième année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " agent de propreté et d'hygiène " au titre de l'année scolaire 2002/2023, formation qu'il a arrêtée au mois de février 2023 selon les affirmations non contestées du préfet des Ardennes. Si M. B souffre de troubles psychologiques, pour lesquels il est suivi depuis le mois de février 2022, avec notamment une consultation psychiatrique par mois,
et si les documents médicaux produits par le requérant, constitués en particulier par deux certificats médicaux du psychiatre et de la psychologue qui le suivent, établissent que l'intéressé est atteint d'un retard de développement, qui induit en particulier des difficultés d'apprentissage et d'attention, ces éléments ne permettent pas de justifier l'arrêt de suivi de sa formation, alors que ses éducateurs ont souligné dans le rapport social du 6 mars 2023 que cette formation était plus adaptée à ses capacités. Dans ces conditions, le préfet des Ardennes n'a pas fait
une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à M. B la carte de séjour temporaire qu'il sollicitait.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits
de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
7. Si M. B réside en France depuis le 11 janvier 2020, il est célibataire et sans enfant. Il ne ressort pas des pièces du dossier que son frère jumeau, avec lequel il est entré sur le territoire national, serait dans l'impossibilité de repartir avec lui dans leur pays d'origine où demeurent toujours ses parents ainsi que son autre frère et sa sœur. Dans ces conditions,
la décision en litige n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré
de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
8. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai
des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° () constituent une mesure de police () ".
Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent
le fondement de la décision ".
9. Si la décision en litige vise les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code
de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en rappelle le contenu, elle n'indique pas les éléments de fait permettant de considérer que M. B constitue une menace pour l'ordre public. Dès lors, cette décision n'est pas motivée et doit être annulée pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à son encontre. Par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de destination et d'interdiction de retour sur territoire français
d'une durée d'un an doivent également être annulées.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Ardennes du 11 octobre 2023, en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays de destination et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement, qui porte uniquement annulation de l'obligation de quitter
le territoire français et des décisions subséquentes, n'implique pas d'obligation de délivrer
un titre de séjour. Il appartient cependant au préfet des Ardennes, en application de l'article
L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de munir
M. B d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation. Il y a lieu
de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter
de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code
de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
12. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative
et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ségaud-Martin, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ségaud-Martin
de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 11 octobre 2023 du préfet des Ardennes est annulé en tant qu'il oblige
M. B à quitter dans le délai de trente jours le territoire français, qu'il fixe le pays
de destination et qu'il édicte à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Ardennes de munir sans délai M. B
d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Ségaud-Martin une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ségaud-Martin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Ardennes et à Me Ségaud-Martin.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.
Le rapporteur,
signé
P.H. MALEYRELe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026