mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302510 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP THÉMIS AVOCATS ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2302884 du 2 novembre 2023, enregistrée le jour même au greffe du tribunal, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par
M. B A.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nancy, le 12 octobre 2023, M. B A, représenté par la SCP Thémis Avocats et Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 4 août 2023 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires du Grand Est a rejeté son recours administratif préalable formé contre la sanction de vingt jours de mise en cellule disciplinaire qui lui a été infligée le
18 juillet 2023 par le président de la commission de discipline ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'autorité de poursuite disciplinaire est incompétente ;
- l'autorité ayant procédé à l'enquête est incompétente ;
- cette sanction est intervenue au terme d'une procédure irrégulière et non impartiale, dès lors que la commission de discipline s'est réunie en l'absence du second assesseur, que l'autorité ayant décidé de l'engagement des poursuites disciplinaires est aussi le président de la commission de discipline, et que le premier assesseur, membre de l'administration pénitentiaire, ne soit pas lui-même le rédacteur anonyme du compte rendu d'incident à l'origine de la procédure disciplinaire ;
- la sanction est entachée d'erreur d'appréciation et est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
14 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code des relations du public et de l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Michel Soistier,
- et les conclusions de Mme Stéphanie Lambing, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, alors qu'il était écroué à la maison centrale de Reims, a fait l'objet, par une décision du 18 juillet 2023 prise par le président de la commission de discipline d'un placement en cellule disciplinaire pour une durée de vingt jours, du 19 juillet au 7 août 2023. Par une décision du 4 août 2023, dont M. A demande l'annulation, le directeur interrégional des services pénitentiaires du Grand Est a rejeté le recours administratif préalable formé par M. A contre cette sanction.
2. Aux termes des dispositions de l'article R. 234-43 du code pénitentiaire : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet. "
3. Il résulte de ces dispositions qu'un détenu n'est recevable à déférer au juge administratif que la seule décision, expresse ou implicite, du directeur interrégional des services pénitentiaires, qui arrête définitivement la position de l'administration et qui se substitue ainsi à la sanction initiale prononcée par le président de la commission de discipline. Toutefois, eu égard aux caractéristiques de la procédure suivie devant la commission de discipline, cette substitution ne saurait faire obstacle à ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur régional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale.
4. Aux termes des dispositions de l'article R. 234-2 du code pénitentiaire : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs. " et de celles de l'article R. 234-3 : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative. ". Les dispositions de l'article R. 234-6 de ce code ajoutent que : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. () " Par ailleurs, les dispositions de l'article R. 234-12 du même code précisent que : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ". Aux termes de l'article R. 234-13 : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef de l'établissement pénitentiaire. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline. ".
5. Il résulte des articles R. 234-2, R. 234-6, R. 234-12 et R. 234-13 du code pénitentiaire, que la présence dans la commission de discipline d'un assesseur choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement, qui ne peut être ni l'auteur du compte rendu établi à la suite d'un incident, ni l'auteur du rapport établi à la suite de ce compte rendu, constitue une garantie reconnue au détenu, dont la privation est de nature à vicier la procédure, alors même que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire (RAPO) exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline. Est, en revanche, applicable à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, y compris les procédures disciplinaires, l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration. Si la méconnaissance de l'article L. 111-2 du code des relations du public et de l'administration est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente, il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de s'assurer, le cas échéant en ordonnant la production par l'administration des informations nécessaires et sans que communication en soit alors donnée au requérant, que le premier assesseur a bien été choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement et qu'il n'était l'auteur ni du compte rendu d'incident ni du rapport d'enquête, comme l'exigent les articles R. 234-6, R. 234-12 et R. 234-13 du code pénitentiaire.
6. Faute pour l'administration d'avoir déféré à la mesure d'instruction ordonnée par le tribunal et l'identité ou à tout le moins, les initiales de la personne ayant siégé en qualité de premier assesseur ne ressortant pas des pièces du dossier, l'administration n'établit pas que le premier assesseur issu de l'administration pénitentiaire était bien présent lors de la tenue de la commission de discipline, ni qu'il n'était pas le rédacteur des comptes-rendus d'incident. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que la procédure suivie devant la commission de discipline était irrégulière et que l'administration pénitentiaire l'a privé d'une garantie.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 4 août 2023 du directeur interrégional des services pénitentiaires du Grand Est est annulée.
Sur les frais d'instance :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, ses avocats peuvent se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que la SCP Thémis Avocats et Associés, avocats de M. A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SCP Thémis Avocats et Associés la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur interrégional des services pénitentiaires du Grand Est en date du 4 août 2023 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à la SCP Thémis Avocats et Associés, avocats de M. A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que la SCP Thémis Avocat et Associés, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de la justice et à la SCP Thémis Avocats et Associés.
Copie en sera adressée pour information au directeur de la maison d'arrêt de Reims et au directeur interrégional des services pénitentiaires Grand Est.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sylvie Mégret, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le rapporteur,
M. C
La présidente,
S. MEGRET
La greffière,
N. MASSON
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