jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302521 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | SELARL MAINNEVRET-MALBLANC |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 2 novembre 2023, le magistrat désigné par le président du Tribunal administratif de Nancy a, en application du 2° de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, transmis au Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne la requête de M. C B.
Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2023, M. C B, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 29 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il a été pris par un auteur incompétent ;
- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale ;
- son comportement ne constituant pas une menace pour l'ordre public et dès lors qu'il ne présente aucun risque de fuite, la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire, est irrégulière ;
- la durée de l'interdiction de séjour est excessive ;
- la décision fixant le pays de destination méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de M. B ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 6 novembre 2023, M. B, représenté par Me Malblanc, conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, diminue sa demande présentée au titre des articles L. 761-1 et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à la somme de 1 200 euros, et ajoute des conclusions a fin d'annulation de l'arrêté du 1er novembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a assigné à résidence.
Il soutient que :
- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire a été pris en méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sera annulée à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- les restrictions à sa liberté d'aller et venir et l'obligation de se rendre trois fois par semaine au commissariat sont des exigences excessives.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Malblanc qui reprend à l'oral les moyens et conclusions contenus dans ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 5 juillet 1988, a, en sa qualité de père d'enfants français, obtenu divers titre de séjour entre le 27 décembre 2012 et, en dernier lieu, le 23 septembre 2022. Par un arrêté du 16 août 2022, la préfète de l'Aube a procédé au retrait de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. Le recours formé par l'intéressé contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal de céans du 22 septembre 2023. La préfète de l'Aube a toutefois pris, le 29 octobre 2023, un nouvel arrêté concernant M. B, portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, fixant le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. B demande l'annulation de ce nouvel arrêté. Dans un second état de ses écritures il demande également l'annulation de l'arrêté du 1er novembre 2023 par lequel la même autorité l'a assigné à résidence.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'obligation de quitter le territoire :
2. Par un arrêté du 18 avril 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Aube a, dans son article 1er, donné délégation à M. Mathieu Orsi, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des actes visés dans l'article 2 et parmi lesquels ne figurent pas les mesures prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, par conséquent, être écarté.
3. L'arrêté contesté qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle du requérant est suffisamment motivé.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'exprime parfaitement en langue française. Il ne peut, en tout état de cause, sérieusement soutenir que les décisions attaquées ne lui auraient pas été communiquées dans une langue qu'il comprend.
5. Aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est père de deux enfants français. Il soutient participer à leur entretien. Toutefois, en premier lieu, il ne réside pas avec ses enfants et ne verse pas de pension alimentaire à leur mère. Si cette dernière affirme qu'il l'aide financièrement lorsque le besoin s'en fait sentir, cette affirmation n'est étayée par aucune pièce du dossier. En deuxième lieu, la seule production de photographies représentant l'intéressé en compagnie de ses enfants ne saurait suffire à établir la réalité, ou pour le moins l'intensité, d'une vie familiale. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet de deux condamnations pour des faits de violences. Dans ces circonstances, alors qu'il n'établit pas être dépourvu de toute attache au Maroc où résident ses parents, et en dépit de la durée du séjour en France de l'intéressé, la préfète de l'Aube en obligeant M. B à quitter le territoire français n'a pas pris une décision méconnaissant les stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est vu délivrer des titres de séjour à compter du 27 décembre 2012. Si le requérant affirme qu'il entre dans le champ d'application des dispositions précitées, il est constant que par un arrêté du 16 août 2022, la préfète de l'Aube a procédé au retrait de son titre de séjour. Par suite, à supposer même que ces titres de séjour aient été renouvelés sans interruption depuis le 27 décembre 2012, M. B ne peut justifier d'une période de plus de dix ans de présence régulière en France.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions susvisées de la requête ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
11. Aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : ()5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
12. La décision contestée vise les dispositions des articles L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour et mentionne expressément que l'intéressé s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et qu'il existe un risque qu'il se soustrait à l'obligation de quitter le territoire qui lui est faite. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
13. Si le requérant conteste le motif précité, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions susvisées de la requête ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
16. Les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ayant été rejetées, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français, doit être annulée en conséquence de l'illégalité de cette décision.
17. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le moyen tenant au caractère excessif de la durée de l'interdiction en cause, au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut être qu'écarté.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions susvisées de la requête ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la décision d'assignation à résidence :
19. Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
20. Si les décisions d'assignation à résidence ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, les modalités de ces mesures susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Elles ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir, ni au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
21. L'arrêté en litige oblige M. B à se présenter les lundis, mercredis et vendredis au commissariat central de Troyes. Si le requérant soutient que ces mesures ne sont ni nécessaires ni proportionnées, il n'apporte aucun élément de nature à faire regarder ces modalités d'exécution de la décision d'assignation à résidence comme portant une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces mesures seraient disproportionnées au regard des buts poursuivis par la mesure d'assignation à résidence qui tend à l'exécution de la décision d'éloignement dont il fait l'objet. Par suite, les conclusions précitées de la requête ne peuvent qu'être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité.
22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B ne peuvent qu'être rejetées, y compris celles afin d'injonction et celles présentées au titre de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejeté.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Aube.
Rendu public par mise à disposition au greffe du 9 novembre 2023.
Le magistrat désigné
Signé
O. A La greffière,
Signé
S. VICENTE
N°2302521
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026