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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302549

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302549

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° BE 2023-205-001 du 21 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement intervenir, sous astreinte

de cinquante euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et, dans l'attente, le munir d'une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- la décision lui refusant un titre de séjour est entachée d'un vice de procédure

dès lors que la préfète aurait dû préalablement saisir la commission du titre de séjour ;

- cette consultation constitue une garantie ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- la préfète ne s'est pas livrée à un examen particulier de sa situation ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que

les dispositions de l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers

et du droit d'asile ;

- elle méconnaît également les dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- au regard de sa situation personnelle et familiale, la préfète aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 29 décembre 2023 par une ordonnance du 9 novembre précédent.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision

du 29 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,

sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Maleyre, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant lucien né le 9 septembre 1973, est entré régulièrement

en France pour la dernière fois le 22 mai 2022. Le 13 décembre suivant, l'intéressé a sollicité auprès des services de la préfecture de l'Aube son admission exceptionnelle au séjour

sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour

des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 juillet 2023, la préfète de l'Aube a refusé

de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. M. A en demande l'annulation au tribunal.

Sur la légalité de la décision portant refus de carte de séjour temporaire :

2. La décision refusant un titre de séjour à M. A vise notamment le code

de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions

de son article L. 435-1 sur le fondement desquelles l'intéressé a présenté sa demande de carte

de séjour. Cette décision relate son parcours administratif, mentionne les éléments constitutifs

de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit

à sa demande. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

3. Il ressort des termes mêmes de la décision en litige que la préfète, qui n'est pas tenue de reprendre l'ensemble des éléments de sa situation, a procédé à l'examen particulier de celle-ci, contrairement à ce que soutient M. A.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle

au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond

à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre

la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait

d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment,

si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques

de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. D'une part, M. A soutient qu'il a établi sa résidence habituelle en France depuis 2019, qu'il est marié avec une compatriote titulaire d'une carte de résident depuis

le 20 octobre 2018 et que le couple a trois enfants, dont deux sont de nationalité française. Toutefois, l'intéressé est entré pour la dernière fois en France le 22 mai 2022, alors que sa mère est décédée le 10 août 2019. Il ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité et l'intensité de ses liens avec son épouse en l'absence de communauté de vie jusqu'à cette date en dehors d'un séjour en France de juin 2018 à janvier 2019, au cours duquel le mariage a été célébré ainsi que la reconnaissance de ses enfants effectuée, et d'un autre bref séjour,

en février 2020, pour lequel il n'est pas allégué qu'il aurait vu son épouse. Ses deux premiers enfants sont majeurs et les seules photos produites, au demeurant non datées, et alors

que les attestations de ses deux enfants majeurs et de son épouse sont postérieures à la décision en litige, ne permettent pas d'établir qu'il aurait contribué à l'éducation et à l'entretien

de ses trois enfants malgré la distance. Il n'est par ailleurs pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside son frère. Dès lors, la situation de l'intéressé ne répond pas à des considérations humanitaires ni ne se justifie au regard de motifs exceptionnels susceptibles de permettre de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". D'autre part, M. A ne se prévaut d'aucun élément qui permettrait de caractériser des motifs exceptionnels lui ouvrant droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant

la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Par suite, la préfète de l'Aube n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Eu égard à ce qui vient d'être dit au point précédent, le moyen tiré

de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23

du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. M. A ne répondant pas aux conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision en litige n'est pas entachée d'un vice de procédure, faute pour la préfète

de l'Aube d'avoir saisi au préalable la commission du titre de séjour.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai

de trente jours :

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie

de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour à l'encontre de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

10. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 6 et 7 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne

de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que la décision en litige aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle doivent être écartés.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas au requérant un délai de départ volontaire supérieur à trente jours au regard de sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. D'une part, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter

le territoire français à l'encontre de celle fixant le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné.

13. D'autre part, eu égard à ce qui a été dit aux points 6 et 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juillet 2023 de la préfète de l'Aube. En conséquence,

ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

Le rapporteur,

signé

P.H. MALEYRELe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

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