mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302554 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL GM ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Médeau, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 8 septembre 2023 par laquelle l'inspectrice du travail a autorisé son employeur, l'association départementale d'aide aux personnes âgées et aux handicapées, à la licencier ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000,00 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ensemble des contrats de travail des salariés de l'association départementale d'aide aux personnes âgées handicapées ont été transférés à la société Go-Home Services avant leur licenciement en application des dispositions de l'article L. 1222-24 du code du travail, dès lors Mme A ne pouvait être licenciée par son ancien employeur ;
- il n'est pas établi que le poste qu'elle occupait ait été effectivement supprimé ;
- l'autorisation de licenciement ne devait pas être accordée car aucun reclassement interne n'a été entrepris ;
- la décision en litige est illégale car elle porte une appréciation sur les mesures de reclassement externes mises en œuvre ;
- l'obligation de reclassement externe n'est pas conforme aux engagements pris par l'employeur.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2023, la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 février 2024, la société Évolution en sa qualité de liquidateur judiciaire de l'association départementale d'aide aux personnes âgées et aux handicapées, représentée par Me Grisoni, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 800,00 euros soit mise à la charge de Mme A au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 24 mai 2024 par une ordonnance du 7 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henriot,
- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée au sein de l'association départementale d'aide aux personnes âgées et aux handicapées (ADAPAH 08), située dans les Ardennes, le 17 décembre 2014. Elle occupait, en dernier lieu, les fonctions de conseillère " mieux vivre et autonomie ". Mme A siégeait, par ailleurs, au sein du comité social et économique de l'entreprise en qualité de délégué du personnel. L'ADAPAH 08 a été placée en redressement judiciaire par jugement du tribunal judiciaire de Charleville-Mézières du 18 janvier 2023. Par deux jugements du 7 juillet 2023, le tribunal judiciaire de Charleville-Mézières a, d'une part, converti le redressement judiciaire en liquidation judiciaire à compter du 1er août 2023 et, d'autre part, autorisé la cession de l'ADAPAH 08 à la société Go-Home Services et autorisé l'administrateur judiciaire à procéder au licenciement des 128 salariés non repris. Le 11 juillet 2023, en l'absence d'accord collectif, l'administrateur judiciaire a saisi la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est d'une demande d'homologation du document unilatéral fixant le plan de sauvegarde de l'emploi de l'ADAPAH 08, l'homologation sollicitée ayant été prononcée par décision du 18 juillet 2023. Par un arrêt du 25 avril 2024, la cour administrative d'appel de Nancy a annulé le jugement du 15 décembre 2023 par lequel tribunal administratif de Châlons-en-Champagne avait annulé la décision du 18 juillet 2023 et a rejeté les requêtes formées par un syndicat et plusieurs salariés contre cette décision. Le 3 août 2023, l'administrateur judiciaire de l'ADAPAH 08 a sollicité l'autorisation de licencier Mme A pour un motif économique. Par une décision du 8 septembre 2023, l'inspectrice du travail a autorisé le licenciement de la requérante. Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 2411-1 du code du travail : " Bénéficie de la protection contre le licenciement prévue par le présent chapitre, y compris lors d'une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire, le salarié investi de l'un des mandats suivants : () 2° Membre élu à la délégation du personnel du comité social et économique ; () ". Selon les dispositions de l'article L. 2411-5 du même code : " Le licenciement d'un membre élu de la délégation du personnel du comité social et économique, titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique, ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail. L'ancien membre élu de la délégation du personnel du comité social et économique ainsi que l'ancien représentant syndical qui, désigné depuis deux ans, n'est pas reconduit dans ses fonctions lors du renouvellement du comité bénéficient également de cette protection pendant les six premiers mois suivant l'expiration de leur mandat ou la disparition de l'institution. ".
3. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant,
au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation
de l'entreprise justifie le licenciement du salarié, en tenant compte notamment de la nécessité
des réductions d'effectifs envisagées et de la possibilité d'assurer le reclassement du salarié. Au titre du contrôle qui lui incombe, l'inspecteur du travail doit notamment vérifier la régularité de ce projet de licenciement au regard de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, au nombre desquelles figurent les stipulations des accords collectifs de travail applicables au salarié. En outre, pour apprécier si l'employeur ou le liquidateur judiciaire a satisfait à son obligation légale et, le cas échéant, conventionnelle en matière de reclassement, il doit s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'il a été procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié dans les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel. En revanche, il ne lui appartient pas de vérifier le respect par l'employeur de son obligation de reclassement externe.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 7 juillet 2023, le tribunal judiciaire de Charleville-Mézières a ordonné le transfert des contrats de travail de 336 salariés sur 464 à la société Go-Home Services, repreneur de l'activité de l'ADAPAH 08. En outre ce même jugement a autorisé l'administrateur judiciaire à procéder au licenciement pour motif économique des 128 salariés dont l'emploi n'a pas été repris. Enfin, le jugement précise que, parmi les emplois supprimés figurent les deux seuls qui sont relatifs aux fonctions de conseiller ou de conseillère " mieux vivre et autonomie ", fonctions occupées par la requérante. Par suite, les moyens tirés de ce que l'ensemble des emplois de l'ADAPAH 08 auraient été transférés à la société Go-Home service en application de l'article L. 1222-24 du code du travail et de ce que le poste de Mme A n'aurait pas été supprimé doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, dans le cadre d'un plan de cession, la recherche des possibilités de reclassement ne s'étend pas à l'entreprise cessionnaire, notamment pas aux entités cédées qui sont déjà passées sous la direction effective de cette dernière. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'ADAPAH 08 a cessé son activité et qu'elle n'appartient à aucun groupe d'entreprises. Dès lors, aucune possibilité de reclassement interne ne pouvait être envisagée. Par suite, le moyen tiré de ce que les modalités de reclassement interne auraient été insuffisantes doit être écarté.
6. En troisième et dernier lieu, il n'appartenait pas à l'inspectrice du travail de vérifier le respect par l'employeur de son obligation de reclassement externe. Par suite, le moyen tiré de ce que l'inspectrice du travail aurait commis une erreur de droit en constatant, de manière surabondante, que l'employeur aurait satisfait à ses obligations s'agissant du reclassement externe et le moyen tiré de ce que l'employeur n'aurait pas respecté cette obligation sont inopérants.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 8 septembre 2023. Il n'y pas a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme la somme que sollicite la société Évolution au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Évolution sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la société Évolution ainsi qu'à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Grand Est.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
Mme Alibert, première conseillère,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
J. HENRIOTLe président,
signé
A. DESCHAMPSLe greffier,
signé
A. PICOT
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