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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302571

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302571

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL ACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 novembre 2023 et 31 janvier 2024, M. A D, représenté par Me Malblanc, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Aube a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté lui refusant le séjour est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation administrative et personnelle ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français, sera annulée en conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui accordant un délai de départ volontaire de seulement trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2024, la préfète l'Aube, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 24 novembre 2023, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant congolais, déclare être entré régulièrement sur le territoire français le 29 janvier 2015 sous couvert d'un visa court séjour. Il a bénéficié, de la part des services préfectoraux de la Seine-Saint-Denis, de la délivrance d'une carte de séjour " vie privée et familiale " valable jusqu'au 18 juin 2016 puis renouvelée jusqu'au 1er février 2018. Après le refus du renouvellement de ce titre et l'édiction, à son encontre, d'une première décision portant obligation de quitter le territoire le 23 juillet 2019, M. D s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Le 30 mai 2023, il a sollicité de la préfecture de l'Aube son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 5 octobre 2023, dont M. D demande l'annulation, la préfète de l'Aube a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. L'arrêté attaqué, en tant qu'il rejette la demande de titre de séjour de M. D, mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à sa situation administrative et personnelle. La préfète de l'Aube, qui n'était pas tenue de faire référence, de manière exhaustive, à l'ensemble des éléments portés à sa connaissance, a ainsi suffisamment motivé son arrêté. Dès lors que cette motivation est conforme aux exigences des dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait insuffisante.

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

5. M. D déclare être entré en France le 29 janvier 2015 et qu'il est marié à Mme B E, ressortissante congolaise, depuis le 15 juillet 2023. Toutefois, en dépit de l'ancienneté de sa présence sur le territoire français, il ne justifie pas d'une intégration particulière. Il ne se prévaut d'aucune circonstance qui ferait obstacle à ce que sa femme le suive au Congo, pays dont elle a la nationalité. Enfin, il n'établit pas entretenir des relations stables et intenses avec des personnes séjournant régulièrement sur le territoire français ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident, à tout le moins, quatre de ses enfants. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour aurait été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations précitées.

6. Les motifs invoqués par M. D, ne constituent pas plus des motifs exceptionnels justifiant que lui soit délivréeer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que la décision en cause serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; ".

9. Pour les mêmes motifs, que ceux invoqués aux points 5 et 6, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées, et de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, doivent être écartés.

10. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

11. Ainsi qu'il a été dit au point 2, la décision rejetant la demande de titre de séjour de M. D est suffisamment motivée. Dès lors que, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète n'était pas tenue de motiver de manière distincte la mesure d'éloignement et le refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut être qu'écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire, doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire supérieur à trente jours :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

14. M. D soutient que la décision portant refus de délai de départ volontaire supérieur à trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, les circonstances dont il fait état, tirées de la durée de son séjour en France, ne sont pas de nature à justifier qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

16. Si M. D soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les éléments qu'il produit dans la présente instance, tirés du fait qu'il souffre des conséquences d'une poliomyélite contactée dans son enfance, ne permettent pas d'établir la réalité des craintes dont il se prévaut.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. D ne peuvent être que rejetées.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. L'État n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024 à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

M. C

Le président-rapporteur,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I.DELABORDE

N°2302571

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