vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302595 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 et 13 novembre
et le 13 décembre 2023, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 2 octobre 2023 par laquelle
la principale du collège Raymond Sirot a infligé à M. C A, son fils, un avertissement disciplinaire du fait de l'utilisation d'une clé USB contenant un logiciel permettant de consulter des sites internet dont l'accès était prohibé ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 9 octobre 2023 par laquelle
la principale du collège Raymond Sirot a infligé à M. C A un avertissement disciplinaire du fait de la violation de la charte d'utilisation du réseau informatique
de l'établissement.
Il soutient que :
- son fils n'avait aucune intention malveillante ;
- son fils est un inoffensif passionné d'informatique ;
- la sanction est disproportionnée ;
- la même sanction a été infligée deux fois à une semaine d'intervalle ;
- son fils est atteint d'une surdité profonde et ce handicap nécessité une approche psychologique adaptée qui n'a pas été mise en œuvre ;
- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 décembre 2023, le collège Raymond Sirot conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 1er mars 2024 par une ordonnance
du 12 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henriot, conseiller ;
- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, fils de M. B A, était scolarisé au collège Raymond Sirot situé à Gueux dans le département de la Marne. Par une décision du 2 octobre 2023,
la principale du collège a infligé à M. C A un avertissement disciplinaire du fait
de l'utilisation, le 27 septembre 2023, d'une clé USB contenant un logiciel permettant
de consulter des sites internet dont l'accès était prohibé. Par une décision du 9 octobre 2023,
la principale du collège a infligé une sanction similaire à M. C A du fait
de la violation, le 7 octobre 2023, de la charte d'utilisation du réseau informatique
de l'établissement. Le 13 octobre 2023, M. B A a exercé deux recours contre
la décision du 9 octobre 2023, qui ont été rejetés, d'une part, le 18 octobre 2023 par la principale de l'établissement et, d'autre part, le 19 octobre par une inspectrice de l'académie de Reims.
M. A demande au tribunal d'annuler les décisions des 2 et 9 octobre 2023.
2. Aux termes des dispositions de l'article R. 511-12 du code de l'éducation : " Sauf dans les cas où le chef d'établissement est tenu d'engager une procédure disciplinaire et préalablement à la mise en œuvre de celle-ci, le chef d'établissement et l'équipe éducative recherchent, dans la mesure du possible, toute mesure utile de nature éducative. ". Selon l'article R. 511-13 du même code : " I. - Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes :1° L'avertissement ;2° Le blâme ;3° La mesure de responsabilisation ; 4° L'exclusion temporaire de la classe. Pendant l'accomplissement de la sanction, l'élève est accueilli dans l'établissement. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; 5° L'exclusion temporaire de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ;6° L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. Les sanctions prévues aux 3° à 6° peuvent être assorties du sursis à leur exécution dont les modalités sont définies à l'article R. 511-13-1. () IV.-Sous réserve des dispositions du III, les sanctions, même assorties du sursis à leur exécution, sont inscrites au dossier administratif de l'élève. L'avertissement est effacé du dossier administratif de l'élève à l'issue de l'année scolaire. () ". Selon l'article R. 511-14 du même code : " Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, le chef d'établissement peut prononcer seul les sanctions énumérées du 1° au 5° du I de l'article R. 511-13. () ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le 27 septembre 2023,
M. C A s'est présenté au sein de son établissement en possession d'une clé USB contenant un logiciel dénommé TOR permettant de contourner le système de protection informatique du collège et d'accéder à des sites dont la consultation est interdite. S'il n'est pas reproché à l'élève d'avoir utilisé ledit logiciel, celui-ci conteste avoir introduit la clé dans le port d'un ordinateur. Néanmoins, l'identification du logiciel, qui n'est pas contestée, impliquant nécessairement la lecture de son support, la matérialité des faits ayant motivé l'avertissement
du 2 octobre 2023 est établie. En outre, M. A reconnait que son fils a, le 7 octobre 2023, ouvert une application de réseau privé virtuel (VPN) alors qu'il utilisait un ordinateur du collège, en méconnaissance de la charte d'utilisation du réseau informatique de l'établissement. Il n'est pas contesté que le logiciel TOR et l'usage d'un réseau privé virtuel permettent de contourner le système de protection informatique de l'établissement scolaire. Dès lors, ces dispositifs sont susceptibles de permettre l'accès à des sites internet présentant des contenus dangereux ou inadaptés pour les élèves ou dont la consultation induirait un risque pour la sécurité informatique de l'établissement. Par conséquent, la principale du collège Raymond Sirot n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que la possession ou l'utilisation de tels dispositifs constituait une faute.
4. D'autre part, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C A ait été animé d'une intention malveillante, son comportement a généré un risque pour le réseau informatique de l'établissement. En outre, M. A ne peut utilement se prévaloir, pour contester la proportionnalité de la sanction infligée à son fils de ce que celui -ci a fait l'objet
de deux sanctions identiques, les 2 et 9 octobre 2023, pour des faits distincts ayant eu lieu
les 27 septembre et 7 octobre 2023. Enfin, la surdité de M. C A et le handicap qui en résulte sont sans lien avec les fautes qui lui ont été reprochées. Dans ces circonstances, eu égard à la nécessité pour le collège Raymond d'assurer la sécurité de son réseau informatique ainsi que celle de ses élèves, les deux avertissements prononcés à l'encontre M. C A, soit
la plus faible des sanctions pouvant être infligée à un élève, ne sont pas disproportionnés.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions des 2 et 9 octobre 2023.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au principal du collège Raymond Sirot.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
J. HENRIOTLe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
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