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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302650

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302650

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302650
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Diallo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 en tant que le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois et sous astreinte, ou, à défaut, de réexaminer sa situation sans délai et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale par la voie de l'exception d'illégalité ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Ardennes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rifflard, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 11 décembre 1986, déclare être entré en France le 30 juin 2017 sous couvert d'un visa de court séjour. Après avoir sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture des Ardennes, le préfet des Ardennes a, par un arrêté du 11 octobre 2023, rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné. Par sa requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte refus de lui délivrer un titre de séjour.

2. En premier lieu, pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Ardennes a visé les textes applicables à la situation de l'intéressé et retenu qu'il n'était pas en mesure d'attester de façon probante de conditions d'hébergement à son arrivée et qu'il ne justifiait pas de vingt-quatre mois d'activité dont huit mois consécutifs sur les douze derniers mois, ni d'un contrat de travail d'une durée supérieure à six mois. Cette décision comporte ainsi les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'elle est insuffisamment motivée. Ce moyen doit donc être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision contestée que la situation de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Ce moyen doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 30 juin 2017. Il produit des pièces justifiant de son séjour stable en France depuis 2021, notamment par une attestation d'hébergement par un tiers à compter d'octobre 2021. L'intéressé est célibataire et père d'un enfant, né en France en mai 2022, qui réside avec sa mère dans un autre département. Si M. B, qui n'allègue pas résider avec son enfant, indique participer régulièrement à l'entretien et à l'éducation de ce dernier, il n'en justifie pas. Le requérant, qui ne se prévaut d'aucune autre attache familiale, ne conteste pas conserver des attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-et-un ans. S'il indique être professionnellement intégré et avoir payé l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2021, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de l'exercice d'une activité professionnelle à la date de la décision contestée. Dans ces conditions, et en dépit de la durée de son séjour et de la présence de son enfant, ces circonstances ne suffisent pas à établir que la situation de M. B répond à des considérations humanitaires ou que son admission au séjour se justifie au regard de motifs exceptionnels. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Ardennes aurait entaché la décision en litige d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 précité.

6. En quatrième lieu, si M. B soutient que la décision de refus d'admission exceptionnelle au séjour est illégale " par la voie de l'exception de l'illégalité ", il n'assortit, toutefois, pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 5, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2023 en tant que le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Sa requête doit dès lors être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Ardennes.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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