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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302708

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302708

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 novembre 2023 et un mémoire enregistré

le 22 décembre 2023 qui n'a pas été communiqué, M. C A, représenté par Me Patureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 51-2023-710 du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter

le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut,

de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation temporaire de séjour, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des dispositions

de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ;

- le préfet de la Marne n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande ;

- le préfet de la Marne a commis une erreur de droit en examinant sa situation

sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non pas au titre du pouvoir général de régularisation dont il dispose ;

- l'exercice d'une activité professionnelle sans autorisation de travail ne constitue par un motif suffisant pour justifier un refus de titre de séjour sur le fondement du pouvoir dictionnaire général de régularisation du préfet ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation

au regard de sa formation et de son insertion professionnelles et de sa vie privée et familiale ;

- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1

du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23

du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8

de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Marne a produit, le 13 décembre 2023, des pièces qui ont été communiquées.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 décembre 2023 par une ordonnance en date du 24 novembre 2023.

Par un courrier du 5 janvier 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de procéder à une substitution de base légale entre l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel l'arrêté attaqué est fondé,

et le pouvoir général de régularisation du préfet.

Les parties n'ont pas produit d'observations en réponse à ce courrier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française

et le Gouvernement de la République tunisienne en matière de séjour et de travail ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,

sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, conseiller ;

- et les observations de Me Desouches, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 6 juin 1986, est entré en France

le 9 novembre 2017 muni d'un visa de court séjour valable jusqu'au 31 décembre 2017. Il a sollicité, 19 octobre 2022 la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 19 octobre 2023,

le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter

le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

2. Par un arrêté du 18 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, M. B D, préfet de la Marne, a donné à M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture de la Marne et signataire des décisions attaquées, délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions

du représentant de l'Etat dans le département, y compris l'ensemble des procédures relatives

à la rétention et l'éloignement des étrangers. En outre, les conditions de notification et d'exécution d'un acte étant sans incidence sur sa légalité, qui s'apprécie le jour de son édiction, il ne peut être utilement soutenu que la personne qui a procédé à la notification de l'arrêté ne dispose pas d'une délégation régulière pour ce faire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte et de la personne l'ayant notifié doit être écarté.

3. Les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, ces décisions sont suffisamment motivées. Par ailleurs, il ne résulte ni de cette motivation, ni des autres pièces du dossier que le préfet

de la Marne aurait négligé de procéder à un examen approfondi de la situation personnelle de M. A.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article

L. 412-1. () ".

5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres

de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord

franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions précitées à l'appui d'une demande d'admission

au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas,

pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle

de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet de la Marne ne pouvait légalement rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A en qualité de salarié en se fondant sur la circonstance que ce dernier ne remplissait pas les conditions mentionnées par les dispositions de l'article L. 435-1. Toutefois, il y a lieu

de substituer à cette base légale erronée celle tirée du pouvoir, dont dispose le préfet,

de régulariser ou non la situation d'un étranger dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'elle examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement

de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. S'il ressort des pièces du dossier que M. A réside en France depuis 2017 et qu'il exerce une activité professionnelle à temps plein en qualité de technicien dans le domaine de la fibre optique depuis le mois de septembre 2020, ces circonstances ne sauraient être regardées comme justifiant son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Dès lors,

le moyen tiré de ce que le préfet de la Marne aurait entaché ses décisions d'erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ne peut qu'être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits

de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

9. Il ressort des pièces du dossier que le père de M. A est titulaire d'une carte

de séjour valable jusqu'au 18 février 2026. Néanmoins le requérant, qui est majeur, n'allègue pas résider avec son père ou entretenir des relations régulières avec celui-ci. De plus, M. A ne fait état d'aucune atteinte à sa vie privée qui serait distincte de l'atteinte à sa situation professionnelle évoquée au point 7. Dans ces conditions, M. A n'établit pas une intégration particulière en France. Dès lors, en édictant les décisions en litige, le préfet de la Marne n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel ces décisions ont été prises ni entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8

de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté 19 octobre 2023 du préfet de la Marne. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Henriot, conseiller,

Mme Alibert, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le rapporteur,

J. HENRIOTLe président,

A. DESCHAMPS

Le greffier,

A. PICOT

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