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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302714

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302714

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de Mme B, qui demandait l'annulation du refus de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG) de lui accorder l'aide prévue par le décret n°2018-1320 du 28 décembre 2018 pour les enfants de harkis. Le tribunal a jugé que Mme B ne pouvait pas se prévaloir des dispositions relatives à l'allocation de reconnaissance de la loi du 23 février 2005, car sa demande portait sur un autre dispositif et que, de toute façon, le délai pour solliciter cette allocation était expiré depuis 2014. Le tribunal a également constaté que Mme B n'avait pas démontré remplir les conditions du décret de 2018, notamment celle d'avoir séjourné au moins 90 jours dans un camp ou hameau de forestage après le rapatriement. En conséquence, la requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 novembre 2023 et 30 mai 2024, ainsi que des mémoires enregistrés les 8 juillet et 12 septembre 2024 qui n'ont pas été communiqués, Mme A B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 22 septembre 2023 par laquelle la directrice générale de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre a rejeté sa demande tendant au bénéfice

du dispositif d'aide mis en place par le décret n°2018-1320 du 28 décembre 2018 à destination

des enfants d'anciens harkis, moghaznis et personnels des diverses formations supplétives de statut civil de droit local et assimilé.

Elle soutient que :

- elle a vécu, parce qu'elle était à la charge de son frère aîné, harki, dans un camp

au sein duquel les conditions d'hébergement étaient extrêmement précaires durant trois ans après son rapatriement à l'issue de la guerre C ;

- elle était mineure au moment de son arrivée en France, elle n'a donc pas pu effectuer les démarches tendant à l'allocation de reconnaissance destinée aux rapatriés ;

- l'État a manqué à son obligation de protection envers les mineurs rapatriés C ;

- elle a subi un préjudice matériel qui doit être évalué à 10 000 euros et un préjudice moral qui doit être évalué à 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 28 juin 2024 par une ordonnance du 6 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ;

- la loi n° 2013-1168 du 18 décembre 2013 relative à la programmation militaire pour les années 2014 à 2019 et portant diverses dispositions concernant la défense et la sécurité nationale ;

- la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 portant reconnaissance de la Nation envers les harkis et les autres personnes rapatriées C anciennement de statut civil de droit local et réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français ;

- le décret n° 2018-1320 du 28 décembre 2018 instituant un dispositif d'aide à destination des enfants d'anciens harkis, moghaznis et personnels des diverses formations supplétives de statut civil de droit local et assimilés ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, conseiller ;

- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a sollicité le 17 octobre 2022 le bénéfice de l'aide instituée

par le décret n°2018-1320 du 28 décembre 2018 auprès de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG). Par une décision du 22 septembre 2023,

la directrice générale de l'ONACGV a rejeté sa demande. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision la condamnation de l'État à lui verser la somme de 15 000 euros.

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 6 de la loi n° 2005-158

du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés : " I.-Une allocation de reconnaissance, sous condition d'âge, est versée en faveur : 1° Des anciens harkis, moghaznis et personnels des diverses formations supplétives de statut civil de droit local ayant servi en C, qui ont fixé leur domicile en France ; 2° Aux conjoints ou ex-conjoints survivants, non remariés ou n'ayant pas conclu de pacte civil de solidarité, des personnes mentionnées au 1°. () ". Selon l'article 52 de la loi n° 2013-1168 du 18 décembre 2013 relative à la programmation militaire pour les années 2014 à 2019 et portant diverses dispositions concernant la défense et la sécurité nationale : " () III.-La demande de bénéfice de l'allocation de reconnaissance prévue à l'article 6 de la loi n° 2005-158

du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés est présentée dans un délai d'un an suivant l'entrée en vigueur de la présente loi. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a sollicité le bénéfice de l'aide instituée par le décret n°2018-1320 du 28 décembre 2018 et non de l'allocation prévue

par l'article 6 de la loi n° 2005-158 du 23 février 2005 précité. Dès lors, elle ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions. En tout état de cause, en application des dispositions précitées de l'article 52 de la loi n° 2013-1168 du 18 décembre 2013, le bénéfice de l'allocation de reconnaissance précitée ne peut plus être sollicité depuis le 20 décembre 2014.

4. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article 1er du décret n° 2018-1320 du 28 décembre 2018 instituant un dispositif d'aide à destination des enfants d'anciens harkis, moghaznis et personnels des diverses formations supplétives de statut civil de droit local et assimilés : " Les enfants d'anciens harkis, moghaznis et personnels des diverses formations supplétives de statut civil de droit local et assimilés, qui ont séjourné pendant au moins quatre-vingt-dix jours dans un camp ou un hameau de forestage à la suite du rapatriement de leur famille sur le territoire national, et qui résident en France de manière stable et effective, peuvent demander, jusqu'au 31 décembre 2022, une aide de solidarité lorsque leurs ressources ne leur permettent pas de s'acquitter de dépenses ayant un caractère essentiel dans les domaines

de la santé, du logement, de la formation, ou de l'insertion professionnelle. La liste des camps ou hameaux de forestage mentionnés au premier alinéa figure en annexe au présent décret. Nul ne peut bénéficier plus d'une fois d'une aide. Le montant de l'aide, qui fait l'objet d'un seul versement, ne peut être révisé. "

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui est née en 1944, a été rapatriée le 2 juillet 1962, après la fin de la guerre C, puis a été hébergée au camp de Rivesaltes alors qu'elle était prise en charge par son frère ainé qui avait combattu durant la guerre en qualité de harki. Mme B ne conteste pas que ni son père ni sa mère n'ont eu la qualité de harki ou de personnel visé par les dispositions précitées de l'article 1er du décret n° 2018-1320

du 28 décembre 2018. Par conséquent, Mme B ne pouvait prétendre au bénéfice du dispositif d'aide institué par ce décret, qui est réservé aux seuls enfants d'anciens harkis, moghaznis et personnels des diverses formations supplétives de statut civil de droit local et assimilés,

bien qu'il ne soit pas contesté qu'elle a effectivement séjourné dans un camp et souffert de conditions d'hébergement indignes. Par suite, le moyen tiré de ce que la directrice générale de l'ONACVG aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur de droit doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la directrice générale de l'ONACVG du 22 septembre 2023.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

Mme Alibert, première conseillère,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui

le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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