jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302746 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Noudehou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure au regard de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'a pas été précédé par une demande de la préfète de l'Aube de fournir tout document justifiant du suivi d'une formation ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation au regard de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur de droit et d'une violation de la loi ivoirienne relative à la déclaration des naissances en Côte d'Ivoire et de l'article 47 du code civil ;
- il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 1er décembre 2023 et 5 janvier 2024, la préfète de l'Aube, représentée par Me Ancelet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Rifflard, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien, indique être né le 23 décembre 2003 et être entré en France le 18 juillet 2019. Le 18 juillet 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auprès des services de la préfecture de l'Aube. Par un arrêté du 2 novembre 2023, la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
3. Pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour, la préfète de l'Aube, se fondant sur le rapport établi par les services de la direction zonale de la police aux frontières Est du 18 septembre 2023, a estimé que les documents que l'intéressé a produit dans le cadre de l'examen de sa demande de titre de séjour ne permettaient pas de justifier de son état civil, et notamment de son identité et de sa date de naissance, en méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a présenté les copies d'un certificat de nationalité ivoirienne, d'un extrait d'acte d'état civil et d'un acte de naissance. Le rapport d'expertise du 18 septembre 2023 de la direction zonale de la police aux frontières de l'Est conclut que la copie d'acte de naissance présente des incohérences, dans la mesure où la date d'établissement de cet acte de naissance le 31 décembre 2009 est, d'une part, en contradiction avec la mention d'une déclaration de naissance établie le 31 décembre 2003 et, d'autre part, impliquerait qu'il ait été réalisé sur la base d'un jugement supplétif qui n'est ni produit ni mentionné. A cet égard, si le requérant fait valoir qu'une loi ivoirienne adoptée en 2018 prévoit la nécessité d'un jugement supplétif à compter de trois mois après la naissance, ces dispositions ne sont manifestement pas applicables à la déclaration de sa naissance. Cependant, la préfète de l'Aube ne précise pas davantage la loi ivoirienne applicable à la déclaration de naissance de l'intéressé imposant la nécessité d'un jugement supplétif. Le rapport indique également que l'acte de naissance aurait dû comporter un code barre ou un QR code en application de l'article 8 d'une loi n° 2019-805 du 2 octobre 2019, et que la ligne permettant d'indiquer l'identité de l'interprète ne devrait pas apparaître sur cet acte en l'absence de recours à un interprète. Toutefois, à supposer même l'exactitude de ces deux vices de forme au regard de la loi ivoirienne, dont la préfète ne justifie au demeurant pas, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils permettraient de remettre en cause l'authenticité du document. Enfin, si l'article 31 de la loi ivoirienne du 19 novembre 2018 prévoit que la date de délivrance de l'acte de naissance doit être indiquée en toutes lettres, la circonstance que cette formalité n'ait pas été respectée en l'espèce n'est pas davantage de nature à remettre en cause l'authenticité de l'acte de naissance de M. B. Par ailleurs, il est constant que l'intéressé a produit deux autres documents attestant de son identité, également délivrés par les autorités ivoiriennes, dont la régularité et l'authenticité ne sont pas contestées par la préfète de l'Aube. Le requérant produit en outre la copie d'un passeport biométrique dans le cadre de la présente instance, l'ensemble de ces pièces étant concordantes quant aux informations y figurant et en particulier sur la date de naissance de l'intéressé. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que c'est à tort que la préfète de l'Aube a estimé qu'il ne justifiait pas de son état civil et a rejeté pour ce premier motif sa demande de titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être accueilli.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".
5. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française.
6. Pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, la préfète de l'Aube s'est fondée sur les motifs tirés de ce que le contrat d'apprentissage signé par M. B en octobre 2021 a pris fin le 31 août 2023, et de ce que l'intéressé ne justifie pas avoir obtenu son certificat d'aptitude professionnelle (CAP), ni suivre une formation, ni être en recherche active d'un emploi.
7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si M. B n'a pas obtenu son CAP de boulanger à l'issue des épreuves de la seconde année de cette formation en 2023, il est, à la date de la décision contestée, réinscrit en seconde année du même CAP au titre de l'année scolaire 2023-2024. Il a en outre conclu un contrat d'apprentissage le 8 septembre 2023 pour la période du 18 septembre 2023 au 31 août 2024. Dans ces conditions, en se fondant sur des faits matériellement inexacts, et compte tenu du caractère réel et sérieux de la formation suivie par M. B et du rapport d'évaluation très favorable du 21 avril 2022 du directeur du centre départemental de l'enfance, et en l'absence de contestation de la satisfaction des autres conditions prévues à l'article L. 423-22 précité, en particulier celles tenant à la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine, la préfète de l'Aube a entaché la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de la préfète de l'Aube du 2 novembre 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. B doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard aux motifs d'annulation, le présent jugement implique nécessairement que l'autorité préfectorale délivre à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Aube d'y procéder dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la préfète de l'Aube demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 2 novembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Aube de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la préfète de l'Aube présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié M. A B et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
Mme Castellani, première conseillère,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
Le rapporteur,
Signé
R. RIFFLARDLa présidente,
Signé
A-S. MACHLa greffière,
Signé
A. DEFORGE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026