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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302780

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302780

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête, enregistrée le 15 mai 2023, M. A B, représenté par Me Harouna, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 15 novembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube lui a refusé sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre, à la préfète de l'Aube de réexaminer sa situation et de faire droit à sa demande de titre de séjour " salarié " ;

Il soutient que :

- la décision de refus de son titre de séjour et dénuée de fondement et entachée de disproportion ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences excessives sur sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2024, la préfète de l'Aube, représenté par Me Ancelet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, a été entendu :

- le rapport de M. Michel Soistier, premier conseiller ;

- les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 2 octobre 1995, s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " par le préfet du Vaucluse valable du 6 janvier 2020 au 5 mars 2021. Il a sollicité le 26 décembre 2022 auprès des services de la préfecture de l'Aube la délivrance d'une carte de séjour. Par un arrêté du 27 février 2023, la préfète de l'Aube a refusé d'y faire droit, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. Par un jugement n° 2300593 du 23 juin 2023, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé l'arrêté précité. Par un arrêté en date du 15 novembre 2023, la préfète de l'Aube a rejeté la demande de titre de séjour " salarié " introduite par M. B. Par la présente requête, il demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté précité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Sous le titre " annulation de la décision de la préfecture d'Indre et Loire pour manque de motivation ", le requérant fait l'historique de son séjour en France, indique le montant des salaires qu'il perçoit, précise payer ses impôts, donne des éléments relatifs à sa vie privée et familiale et conclut en indiquant ne pas comprendre la décision en litige qu'il juge disproportionné et sans fondement, avant de conclure qu'elle encoure de ce chef l'annulation. L'accumulation des faits précités ne saurait constituer un moyen tendant à établir l'illégalité de la décision en cause et en tout état de cause, en se bornant à alléguer d'une disproportion et d'une absence de fondement, l'intéressé ne développe pas suffisamment ses moyens pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé.

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, présent sur le territoire national depuis 2019, célibataire, sans enfants à charge se borne à soutenir que la décision attaquée méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale, au regard notamment de son activité professionnelle. Dans ces conditions, il ne démontre ni n'avoir établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France ni avoir noué des liens d'une particulière ancienneté, stabilité et intensité en France, alors qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 23 ans et dispose encore d'attaches familiales, notamment sa mère ainsi que ses frères et sœurs. Dès lors, la décision de refus de titre de séjour de la préfète de l'Aube n'a pas méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale, au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle et familiale de M. B.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête ne peut être que rejetée.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B, la somme que demande le préfet de l'Aube au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la préfète de l'Aube présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller

M. Oscar Alvarez, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. SOISTIER

Le président,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I. DELABORDE

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