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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302834

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302834

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302834
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Fratacci, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 18 août 2023 par lequel le préfet de la Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué, en tant qu'il lui refuse le séjour, est insuffisamment motivé ;

- il méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire sera annulée au motif de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet ne s'est pas livré à un examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire sera annulée en conséquence de l'annulation des décisions précédentes ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale motif pris de l'illégalité des décisions précédentes ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La requête de M. B a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 10 novembre 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 27 octobre 2015. Il a sollicité des autorités françaises son admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 novembre 2016, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 juin 2017. À la suite d'une première décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 13 février 2018, M. B s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Le 22 novembre 2022, il a sollicité de la préfecture de la Marne son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 août 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Marne a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. L'arrêté attaqué mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle du requérant. Le préfet de la Marne, qui n'était pas tenu de faire référence, de manière exhaustive, à l'ensemble des éléments portés à sa connaissance, a ainsi suffisamment motivé son arrêté. Dès lors que la motivation de l'arrêté querellé est conforme aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait insuffisante.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

5. M. B déclare être entré en France le 27 octobre 2015. Il soutient vouloir y travailler et vivre en concubinage avec une ressortissante française. Il se prévaut de son expérience professionnelle et du fait qu'il bénéficiait de plusieurs promesses d'embauches à l'appui de sa demande d'admission au séjour. Toutefois, il n'établit pas la réalité de la relation dont il se prévaut, ni entretenir des relations stables et intenses avec des personnes séjournant régulièrement sur le territoire français ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident, à tout le moins, ses parents, ses sept frères et sœurs ainsi que son fils. Par suite, eu égard à l'absence d'éléments étayant ses dires, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige aurait porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Les circonstances précitées ne constituent pas des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ou de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence ne peuvent être qu'écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; ".

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que cette décision devrait être annulée au motif de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, qu'elle méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

10. Si M. B soutient que le préfet, en prenant la mesure d'éloignement, ne s'est pas livré à un examen de sa situation personnelle, il est constant qu'il a fondé sa décision d'éloignement sur le refus de la demande d'admission au séjour de l'intéressé, qui a lui-même été pris après un examen sérieux et attentif de sa situation administrative et personnelle, ainsi qu'il a été dit précédemment. Par suite, le moyen soulevé en ce sens ne peut être qu'écarté.

11. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

12. Ainsi qu'il a été dit au point 2, la décision rejetant la demande de titre de séjour de M. B est suffisamment motivée. Dès lors que, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'était pas tenu de motiver de manière distincte la mesure d'éloignement et le refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut être qu'écarté.

Sur la décision de refus de délai de départ volontaire supérieur à trente jours :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

14. M. B soutient que la décision portant refus de délai de départ volontaire supérieur à trente jours est insuffisamment motivée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, les circonstances dont il fait état, qui ne sont, au demeurant, pas établies, ne sont pas de nature à justifier qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé. Par suite, les moyens soulevés ne peuvent être qu'écartés. En outre, eu égard à ce qu'il a été dit précédemment, le requérant ne saurait utilement soutenir que cette décision devrait être annulée en conséquence de l'annulation des décisions précédentes.

Sur la décision fixant le pays de destination :

15. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 5, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison de l'illégalité des décisions la précédant, qu'elle méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B ne peuvent être que rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. L'État n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024 à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

M. C

Le président-rapporteur,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I.DELABORDE

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