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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302843

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302843

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 décembre 2023 et 15 février 2024, Mme A B, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 51-2023-450 du 18 août 2023 par lequel le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter

de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros à verser à Me Gabon au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Marne n'a pas procédé à l'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalable, le préfet n'ayant pas respecté le droit d'être entendu énoncé

à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code

de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet de la Marne a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Marne a produit, le 12 janvier 2024, des pièces qui ont été communiquées.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale

par une décision du 27 octobre 2023.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant la date de l'audience.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,

sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, conseiller ;

- et les observations de Me Gabon, assistant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante russe née le 27 juillet 2002, est entrée en France le 16 décembre 2016 en compagnie de ses parents. Mme B a sollicité

la délivrance d'un titre de séjour le 2 juillet 2021. Une autorisation provisoire de séjour lui a été délivrée le 17 février 2022 afin qu'elle puisse poursuivre ses études. Par un arrêté

du 18 août 2023, le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel

elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a obtenu le diplôme

du baccalauréat professionnel le 20 septembre 2022. Par ailleurs, la requérante produit

un certificat de scolarité attestant de son inscription en licence de droit

pour l'année universitaire 2022-2023 et un autre certificat attestant de son inscription en licence d'anglais pour l'année universitaire 2023-2024. En outre, elle a produit un relevé de notes édité le 30 août 2023 attestant de ce qu'elle s'est présentée à l'intégralité des épreuves de la première session de la première année de licence de droit de l'année universitaire 2022-2023

et qu'elle s'est présentée à la grande majorité des épreuves de la deuxième session. Dès lors,

bien qu'elle ait obtenu des notes très faibles ne lui permettant pas de valider la première année

de licence, le caractère réel de ses études est établi. Par suite, le préfet de la Marne a commis

une erreur d'appréciation en estimant que Mme B ne justifiait pas de la réalité

de ses études.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que l'arrêté du préfet de la Marne du 18 août 2023 doit être annulé.

5. Le présent jugement implique uniquement que la situation de Mme B soit réexaminée. Par conséquent, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Marne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, Me Gabon, son avocate, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code

de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances

de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Gabon de la somme

de 1 200 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant

à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° 51-2023-450 du 18 août 2023 du préfet de la Marne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de réexaminer la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Gabon la somme de 1 200 euros sur le fondement

des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi

du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Gabon renonce à percevoir la somme correspondant

à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Gabon

et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

Mme Alibert, première conseillère,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

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