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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302859

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302859

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302859
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a été saisi par deux assistants familiaux, M. B et Mme A, d’un recours pour excès de pouvoir contre les décisions du président du conseil départemental de la Marne suspendant leur agrément pour quatre mois. Les requérants contestaient notamment la compétence du signataire, le défaut de motivation, l’irrégularité de la procédure (absence de saisine de la commission consultative paritaire départementale), la méconnaissance des droits de la défense et une erreur d’appréciation. Le tribunal a rejeté l’ensemble de leurs demandes, estimant que les moyens soulevés n’étaient pas fondés, sans préciser dans cet extrait les textes exacts appliqués pour valider la suspension.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

I- Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2023 sous le n° 2302859, M. D B, représenté par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 16 octobre 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Marne a suspendu son agrément d'assistant familial pour une durée de quatre mois à compter de la même date ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Marne de procéder au rétablissement de son agrément dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département de la Marne la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la signataire de la décision attaquée est incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a, en outre, été prise à l'issue d'une procédure irrégulièrement menée en méconnaissance des articles R. 421-23 et R. 421-24 du code de l'action sociale et des familles, l'administration n'ayant pas informé la commission consultative paritaire départementale de sa décision de suspension et ne l'ayant pas saisie ;

- elle méconnaît le principe des droits de la défense dès lors qu'il n'a pas eu accès à son dossier administratif ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action et des familles ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation en l'absence d'éléments revêtant un caractère de vraisemblance et de gravité indépendamment de l'ouverture d'une enquête pénale.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2024, le département de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

II- Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2023 sous le n° 2302861, Mme C A, représentée par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 16 octobre 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Marne a suspendu son agrément d'assistant familial pour une durée de quatre mois à compter de la même date ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Marne de procéder au rétablissement de son agrément dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département de la Marne la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la signataire de la décision attaquée est incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a en outre été prise à l'issue d'une procédure irrégulièrement menée dès lors qu'en méconnaissance des articles R. 421-23 et R. 421-24 du code de l'action sociale et des familles, l'administration n'a pas informé la commission consultative paritaire départementale de sa décision de suspension et ne l'a pas saisie ;

- elle méconnaît le principe des droits de la défense dès lors qu'il n'a pas eu accès à son dossier administratif ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action et des familles ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation en l'absence d'éléments revêtant un caractère de vraisemblance et de gravité indépendamment de l'ouverture d'une enquête pénale.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2024, le département de la Marne conclut au rejet de la requête

Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Delachambre substituant Me Cacciapaglia, représentant

M. B et Mme A et Mme E, représentant le département de la Marne.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B et Mme C A bénéficient d'un agrément d'assistant familial depuis le 1er avril 2016 pour M. B, et depuis 1er avril 2015 pour Mme A. Par deux décisions du 16 octobre 2023, le président du conseil départemental de la Marne a suspendu leur agrément pour une durée de quatre mois à compter de cette date. Par les présentes requêtes, M. B et Mme A demandent au tribunal d'annuler les deux décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2302859 et 2302861 introduites par M. B et Mme A, présentent à juger des questions similaires, relatives à un même couple d'assistants familiaux. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées à l'encontre des décisions portant suspension d'agrément :

3. Aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles :

" L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique. Il exerce sa profession comme salarié de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues par les dispositions du présent titre ainsi que par celles du chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet. / L'assistant familial constitue, avec l'ensemble des personnes résidant à son domicile, une famille d'accueil ". En vertu de l'article L. 421-3 de ce code, l'agrément est accordé aux assistants familiaux si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. Aux termes des troisième et quatrième alinéas de l'article L. 421-6 du même code : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, () procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément () doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis. Dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient, dans l'intérêt qui s'attache à la protection de l'enfance, de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux. Il peut procéder à la suspension de l'agrément lorsque ces éléments revêtent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et révèlent une situation d'urgence, ce dont il lui appartient le cas échéant de justifier en cas de contestation de cette mesure de suspension devant le juge administratif, sans que puisse y faire obstacle la circonstance qu'une procédure pénale serait engagée, à laquelle s'appliquent les dispositions de l'article 11 du code de procédure pénale.

5. Il ressort des pièces du dossier que les décisions de suspension des agréments de

M. B et de Mme A sont fondées sur des informations portées à la connaissance du service de l'aide sociale à l'enfance le 10 octobre 2023 relatant les propos d'une enfant accueillie à leur domicile dénonçant des faits de maltraitance de nature sexuelle et sur l'ouverture d'une enquête pénale. Toutefois, si le département de la Marne soutient qu'une enquête pénale a été ouverte en transmettant le signalement fondé sur l'article 40 du code de procédure pénale réalisé par son service, il ne donne aucune précision sur la teneur des éléments portés à sa connaissance et recueillis par ses services. Ainsi, en l'absence de telle précision, le conseil départemental ne donne pas aux faits reprochés un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et ne révèle pas une situation d'urgence justifiant la décision litigieuse. Dans ces conditions, M. B et Mme A sont fondés à soutenir que les décisions sont entachées d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les décisions du 16 octobre 2023 par lesquelles le président du conseil départemental de la Marne a suspendu les agréments en qualité d'assistants familiaux de

M. B et de Mme A pour une durée de quatre mois doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Les décisions litigieuses ayant disparu de l'ordonnancement juridique, le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au conseil département de rétablir les agréments des requérants. Les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte doivent donc être rejetées.

8. En revanche, il appartiendra au département de la Marne de régulariser juridiquement la situation administrative des requérants à compter de la date du 16 octobre 2023.

Sur les frais liés aux litiges :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Marne une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à chacun des requérants.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du président du conseil départemental de la Marne du 16 octobre 2023 de suspension de l'agrément en qualité d'assistants familiaux de M. B et de Mme A sont annulées.

Article 2 : Le département de la Marne versera à chacun des requérants la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme C A et au département de la Marne.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

Le rapporteur,

O. ALVAREZ

La présidente,

S. MEGRETLa greffière,

N. MASSON

N°s 2302859 et 2302861

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