mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302875 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 décembre 2023 la société VITI PVM, représentée par Me Peschon, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler d'une part, la décision du 30 juin 2023 par laquelle
le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est lui a infligé une amende d'un montant de 12 000 euros du fait de manquements aux dispositions relatives au décompte du temps de travail prévues aux articles L. 716-20 et R. 713-34 et suivants du code rural et de la pêche maritime concernant 12 salariés et, d'autre part, la décision
du 19 octobre 2023 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de l'amende qui lui a été infligée ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas commis de manquement en ce qui concerne le contrôle de la durée de travail et de l'aménagement du temps de travail car l'activité de ses salariés entrait dans le champ des dispositions de l'article R. 713-40 du code rural et de la pêche maritime qui dispensent l'employeur du respect les dispositions des articles R. 713-35 à R. 713-37 du même code ;
- la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2024, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 28 juin 2024 par une ordonnance du 5 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henriot, conseiller ;
- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société VITI PVM, qui a pour activité la réalisation
de travaux viticoles et vinicoles, a fait l'objet d'un contrôle d'agents de l'inspection du travail
le 3 septembre 2022. À la suite de ce contrôle et de mesures d'instruction complémentaires,
le directeur régional de l'économie, de l'emploi du travail et des solidarités (DREETS) du Grand Est, par une décision du 30 juin 2023, lui a infligé une amende d'un montant de 12 000 euros du fait de manquements aux dispositions relatives au décompte du temps de travail prévues aux articles L. 716-20 et R. 713-134 et suivants du code rural e de la pêche maritime concernant douze salariés. Par un courrier du 25 août 2023, la société VITI PVM a formé un recours gracieux qui a été rejeté par une décision du 19 octobre 2023. La société VITI PVM demande au tribunal l'annulation des décisions des 30 juin et 19 octobre 2023.
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 719-10 du code rural et de la pêche maritime : " L'employeur encourt les amendes administratives prévues au premier alinéa de l'article L. 8115-1 et aux articles L. 8115-2 à L. 8115-7 du code du travail en cas de manquement : () 3° Aux dispositions relatives au décompte du temps de travail prévues à l'article L. 713-20 et aux mesures réglementaires prises pour leur application ; () ". Selon
les dispositions de l'article L. 713-20 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat fixe
les obligations mises à la charge des employeurs en vue de permettre le contrôle de l'application des dispositions légales et conventionnelles relatives à la durée et à l'aménagement du temps de travail. ". Selon les dispositions de l'article R. 713-35 du même code : " En vue du contrôle de l'application des dispositions légales et conventionnelles relatives à la durée et à l'aménagement du temps de travail, tout employeur mentionné à l'article L. 713-1 enregistre ou consigne toutes les heures effectuées ou à effectuer par les salariés dans les conditions prévues soit à l'article
R. 713-36, soit à l'article R. 713-37. Sous réserve des articles R. 713-42 et R. 713-43, il arrête son choix entre ces procédés après avoir informé et consulté, s'il existe, le comité social et économique. ". Selon l'article R. 713-36 du même code : " L'employeur enregistre, chaque jour, sur un document prévu à cet effet, le nombre d'heures de travail effectuées par chaque salarié, ou groupe de salariés, ou les heures de début et de fin de chacune de leurs périodes de travail. Une copie du document est remise à chaque salarié, en même temps que sa paye. L'approbation du salarié ou son absence de réserve ne peut emporter renonciation à tout ou partie de ses droits. L'employeur peut, toutefois, sous sa responsabilité, confier à chaque salarié le soin de procéder à l'enregistrement mentionné ci-dessus s'il met à sa disposition des moyens de pointage ou d'autres moyens qui permettent à l'intéressé de contrôler la réalité des indications qu'il enregistre. Une copie du document, établie dans les conditions et avec les effets prévus ci-dessus, est remise au salarié qui en fait la demande. " Selon l'article R. 713-37 du même code : " A défaut de mettre en oeuvre les modalités prévues à l'article R. 713-36, l'employeur affiche, pour chaque jour de la semaine, les heures auxquelles commence et finit chaque période de travail. Cet horaire est affiché dans chacun des lieux de travail auxquels il s'applique, aux emplacements réservés aux communications destinées au personnel ou, à défaut, dans un local qui lui est accessible. Signé par l'employeur ou un de ses représentants, il précise la date à laquelle il prend effet. Un exemplaire en est transmis à l'agent de contrôle de l'inspection du travail avant sa mise en vigueur. Toute modification de l'horaire doit être, préalablement à sa mise en service, portée à la connaissance du personnel et de l'agent de contrôle de l'inspection du travail selon les mêmes modalités. Il en est de même si l'employeur décide de substituer à l'affichage de l'horaire le procédé de l'enregistrement prévu à l'article R. 713-36. Sauf preuve contraire de l'employeur, les salariés sont présumés avoir accompli l'horaire affiché ; ils ne peuvent être employés en dehors de cet horaire. Aux lieu et place de l'affichage, l'employeur peut remettre au salarié concerné, contre décharge, un document sur lequel est porté son horaire, établi dans les conditions et avec les effets énoncés aux alinéas 1 à 5. Mention est faite de cette remise sur l'exemplaire de l'horaire transmis à l'agent de contrôle de l'inspection du travail. ". Selon l'article R. 713-40 du même code : " L'employeur est dispensé d'appliquer les dispositions des articles R. 713-35 à R. 713-37 lorsque le salarié est obligé d'organiser lui-même son activité, dans les limites prévues notamment l'article L. 713-13 du présent code et celles des articles L. 3121-18 et L. 3121-20 à L. 3121-22 du code du travail, parce qu'il assume des responsabilités importantes ou parce qu'il travaille dans des conditions qui ne permettent pas à l'employeur ou à l'un de ses représentants de contrôler sa présence. "
3. D'une part, la société VITI VPM ne conteste pas qu'elle n'a pas enregistré
les heures de travail effectuées par ses salariés dans les conditions prescrites par les dispositions précitées des articles R. 713-36 ou R. 713-37 du code rural et de la pêche maritime. D'autre part, il résulte de l'instruction que les douze salariés de la société VITI VPM pour lesquels le défaut d'enregistrement du temps de travail a été constaté par les agents de l'inspection du travail sont des saisonniers affectés à des travaux de vendanges. Plus précisément, ils sont chargés de réaliser des travaux de cueillette et de débardage des raisins dans les règles définies par la réglementation de l'appellation d'origine contrôlée Champagne, sur des parcelles exploitées par des clients
de la société requérante. En outre la société VITI VMP soutient qu'elle s'engage contractuellement à faire travailler ses salariés de 8 heures à 12 heures et de 13 heures 30 à 17 heures. Par conséquent, les douze salariés en cause de la société VITI VMP n'organisent pas eux même leur activité. Par suite, le moyen tiré de ce que la société requérante aurait été dispensée d'appliquer les dispositions des articles R. 713-35 à R. 713-37 du code rural et de la pêche maritime en application des dispositions de l'article R. 713-40 du même code doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 8115-3 du code du travail : " Le montant maximal de l'amende est de 4 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement. () ". Aux termes de l'article L. 8115-4 du même code : " Pour déterminer si elle prononce un avertissement ou une amende et, le cas échéant, pour fixer le montant de cette dernière, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges ".
5. Il résulte de l'instruction que la société VITI VPM a commis un manquement aux dispositions aux dispositions relatives au décompte du temps de travail prévues à l'article
L. 713-20 du code rural et de la pêche maritime et aux mesures réglementaires prises pour leur application, ce manquement concernant douze travailleurs. Par conséquent, en application des dispositions précitées de l'article L. 8115-3 du code du travail, le montant maximal total de l'amende susceptible d'être infligée à la société VITI VPM s'élève à 48 000 euros. Pour arrêter le montant de l'amende à 12 000 euros, soit 1 000 euros par travailleur, le directeur de la DREETS a tenu compte, d'une part, de la taille de l'entreprise, qui engage environ mille salariés pendant
la période des vendanges et de la gravité du manquement en cause, l'absence de décompte du temps de travail empêchant tout contrôle de la durée du travail des salariés, et, d'autre part,
de la coopération de la société requérante durant la procédure contradictoire. Dès lors,
le comportement diligent de la société a été pris en considération pour déterminer l'étendue
de la sanction en litige. En outre, si la société VITI VPM soutient que le montant de l'amende qui lui a été infligée serait excessif au regard de ces ressources, elle indique dans le même temps avoir réalisé un bénéfice de 278 903 euros durant l'année 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que l'amende de 12 000 euros constituerait une sanction disproportionnée doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société VITI PVM tendant à l'annulation des décisions du directeur de la DREETS des 30 juin et 19 octobre 2023 doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions tendant à ce la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'État au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête la société VITI PVM est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société VITI PVM et à la ministre du travail et de l'emploi.
Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Amelot, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
J. HENRIOTLe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne
et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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