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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302908

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302908

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302908
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP COUTURIER-PLOTTON-VANGHEESDAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2023, la commune de Troyes (10), représentée par la SCP Plotton Vangheesdaele Farine Yernaux, demande au tribunal :

- de faire injonction à la SAS Eiffage Route Nord Est de communiquer les documents contractuels au titre de son assurance garantie décennale et de sa responsabilité contractuelle de droit commun dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

- de désigner un expert en vue de décrire les désordres et non-conformités affectant les courts de tennis n°3 et 4 situés au complexe sportif Henri Terré, et de déterminer et chiffrer les travaux propres à y remédier.

Elle soutient que :

- elle a missionné la société Eiffage Nord Est dans le cadre d'un marché public ayant pour objectif la rénovation des courts de tennis n° 3 et 4 situés au Complexe Henri Terré à Troyes avec mise en place pour chacun d'un enrobé en résine ;

- les travaux ont été réceptionnés sans réserve le 24 août 2020 avec une date d'achèvement des travaux fixée au 5 août 2020 ;

- au cours des années suivantes, de nombreux désordres sont apparus amenant la fédération française de tennis à réaliser, le 12 septembre 2023, un diagnostic des installations des courts n° 3 et 4 ;

- à cette occasion, il a été constaté plusieurs flaches et fissures au niveau des joints d'enrobés et des fissures désordonnées ;

- le 11 octobre 2023, un procès-verbal de constat dressé par Maître Berton, commissaire de justice, a fait état de craquelures, points d'impacts et déformations à plusieurs endroits sur l'un des courts et d'un problème de dénivelé, de craquelures et de fissures sur l'autre court ;

- par courrier du 4 juillet 2023 adressé à la société Eiffage elle a rappelé que le club utilisateur du terrain indiquait que les désordres étaient source de désagréments sur la jouabilité du terrain et que la pérennité de l'ouvrage était menacée au vu notamment de phénomène d'infiltrations ; elle a sollicité la garantie décennale du titulaire du marché public ;

- en réponse, la société Eiffage a proposé une visite contradictoire sur site le 4 septembre 2023, à l'issue de laquelle elle reconnaissait la présence de désordres dont l'origine lui était inconnue ; elle a fait savoir, en outre, qu'elle n'avait pas été prescriptrice des travaux et que l'étude de faisabilité avait été réalisée par le bureau d'études de la ville de Troyes, qu'elle préconisait de se référer à l'étude de sol et qu'elle n'était pas opposée à l'organisation d'une mesure d'expertise.

La requête a été communiquée le 19 décembre 2023 à la SAS Eiffage Route Nord Est, qui n'a pas produite de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. Les mesures d'expertise demandées par la commune de Troyes entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande d'injonction :

3. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de connaître de conclusions à fins d'injonction. Dès lors, les conclusions présentées à cette fin par la commune de Troyes ne peuvent qu'être rejetées. Il appartient à l'expert, dans le cadre de sa mission, de se faire communiquer les pièces utiles en assurant le respect du contradictoire.

O R D O N N E :

Article 1er : Monsieur C B, demeurant 32 bis rue des Jardiniers à Nancy (54000), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres visés dans la requête qui affectent les courts de tennis n° 3 et 4 du complexe Henri Terré, rue Raymond Burgard à Troyes en indiquant leur date d'apparition ; entendre les parties et leurs conseils ;

2°) décrire les malfaçons qui seraient constatées et réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire si elles sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination ;

3°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et malfaçons dont s'agit, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'ouvrage endommagé et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

4°) indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'immeuble en cause ;

5°) donner son avis motivé sur la demande chiffrée présentée par les parties tendant à l'évaluation du coût des travaux ;

6°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires avant le 31 août 2024. L'expert notifiera lui-même les copies aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 7 : Les conclusions aux fins d'injonction sont rejetées.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Troyes, à la société Eiffage Route Nord Est et à M. C B, expert.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 20 février 2024.

Le juge des référés,

signé

O. A

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