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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302912

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302912

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantTORDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Le magistrat désigné

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 décembre 2023 et le 2 février 2024 M. A B, représenté par le cabinet Tordo et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube, l'a obligé à quitter le territoire national sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français en litige a été prise par un auteur incompétent ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français sera annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait sa situation dès lors qu'il réside en France depuis 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par M. B, ne sont pas fondés.

Par un courrier du 12 mars 2024, la préfète de l'Aube a averti le tribunal que M. B, actuellement incarcéré au centre de détention de Villenauxe-la-Grande sera libéré le 25 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nizet pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Nizet, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, déclare être entré sur le territoire français en 2018. Par un arrêté en date du 14 octobre 2021, le préfet de Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire. Par un arrêté du 6 décembre 2023, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Aube, l'a obligé à quitter le territoire national sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par un courrier du 12 mars 2024, la préfète de l'Aube a averti le tribunal que M. B, actuellement incarcéré au centre de détention de Villenauxe-la-Grande serait libéré le 25 mars 2024.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Par un arrêté du 18 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs des services de l'État dans l'Aube, la préfète de l'Aube a donné délégation à M. Mathieu Orsi, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des actes visés

dans l'article 2, parmi lesquels ne figurent pas les mesures prises en matière de police

des étrangers. M. B n'est par suite pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire aurait été prise par un auteur incompétent.

3. La décision en litige comporte mention des textes et des circonstances de fait sur lesquels la préfète s'est fondée pour prendre la décision en cause. Cette dernière et, par suite, suffisamment motivée.

4. Cette motivation permet d'établir que la préfète s'est livrée à un examen approfondi de sa situation personnelle.

5. M. B, se prévaut de sa qualité de père d'un enfant né le 3 mars 2021, ainsi que d'une relation de concubinage, dont cet enfant est issu, qui perdure depuis 2021. Il indique qu'en dépit de son incarcération il reste en contact avec sa compagne et son fils. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné, le 15 octobre 2021, par le tribunal correctionnel de Bobigny, à trois mois d'emprisonnement avec sursis, pour détention, illicite de substance, plante, préparation ou médicament inscrit sur le liste I et II ou classée comme Psychotrope. Il a également été condamné par un jugement du tribunal judiciaire de Strasbourg en date du 15 septembre 2022, à trois ans d'emprisonnement pour diverses infractions pénales portant sur un trafic de produits stupéfiants, et incarcéré pour ces faits. Dans ces conditions, et en dépit des liens dont il se prévaut, son comportement est constitutif d'une menace pour l'ordre public qui ne permet pas de regarder la décision portant obligation de quitter le territoire français, comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

Sur la décision portant interdiction de retour :

7. Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ayant été rejetées, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français devra être annulée en raison de l'illégalité de la décision précitée.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui a été dit aux point 3 et 5 que les conclusions susvisées ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

O. NIZET

La greffière,

Signé

S. VICENTE

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