jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302918 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GUILLEMINOT |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n°2310320 du 18 décembre 2023, le tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne la requête de M. D A, représenté par Me Guilleminot. Par cette requête, enregistrée le 19 décembre 2023 au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, M. A, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'effacement des données qui lui sont relatives dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est illégal, dès lors que l'arrêté portant délégation de signature n'est pas mentionné dans ses visas ;
- l'arrêté attaqué est issu d'une procédure irrégulière, en tant qu'il méconnaîtrait l'obligation d'information prévue à l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle est disproportionnée au regard de l'ingérence qu'elle constitue sur le droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire n'est pas motivée ;
- il souhaite déposer une demande de titre de séjour.
La requête de M. A a été communiquée au préfet du Nord qui, le 8 janvier 2024, a produit des pièces.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été prononcé au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité tunisienne, déclare être entré en France en juillet 2022. Depuis lors, il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français. Par un arrêté du 22 novembre 2023, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande du requérant, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Par un arrêté du 20 septembre 2023, publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E B, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, les décisions litigieuses. La seule circonstance que l'arrêté portant délégation de signature n'ait pas été mentionné dans les visas de l'arrêté litigieux ne saurait l'entacher d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait illégal, dès lors que l'arrêté portant délégation de signature n'est pas mentionné dans ses visas, ne peut être accueilli.
4. Aux termes de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions, prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7, dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office. / Lorsque le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, l'étranger est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix. ".
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment de celles produites par le préfet du Nord, que M. A, avec l'aide de son avocat et d'un interprète en langue arabe, a été entendu par les services de police le 21 novembre 2023 préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Au cours de cette audition, il a pu formuler des observations sur l'irrégularité de son séjour ainsi que sur l'éventualité qu'une mesure d'éloignement soit prise à son encontre. Le requérant soutient que l'arrêté attaqué est intervenu au terme d'une procédure irrégulière en tant qu'il n'aurait pas pu bénéficier d'une traduction par un interprète parlant une langue qu'il comprend parfaitement. Or, lors de l'audition effectuée par les services de police, celui-ci n'a pas signalé qu'il rencontrait des difficultés de compréhension. Au contraire, il a indiqué qu'il comprenait bien la langue arabe, a pu répondre à l'ensemble des questions qui lui étaient posées et a apposé sa signature sur le procès-verbal qui rend compte de cette audition. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance, par l'arrêté attaqué, des dispositions de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, doit être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
7. Le requérant soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation administrative et personnelle et notamment de son souhait de déposer une demande de titre de séjour. M. A, qui ne peut toutefois pas justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et n'établit pas avoir effectué de demande en ce sens. Dès lors, il ne peut utilement soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 de ce code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (). ".
9. Il ressort des pièces du dossier que, au cours de l'audition évoquée au point 5, M. A a affirmé avoir falsifié des documents d'identité italiens dont il a fait usage en France afin d'être employé dans des salons de coiffure. Il n'a pas présenté d'exemplaires originaux de ses documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a affirmé avoir perdu. Il ne présente donc aucune garantie de représentation suffisante. Il a également affirmé désirer rester sur le territoire français. Ainsi qu'il a été dit au point 7, M. A n'établit pas avoir effectué de demande de titre de séjour. Dès lors, le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être regardé comme établi.
10. L'arrêté en litige mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des éléments de faits relatifs à la situation administrative et personnelle du requérant. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet du Nord se serait abstenu de procéder à un examen particulier et approfondi de sa situation en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire. En conséquence, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de refus de délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.
11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
12. Contrairement à ce que soutient M. A, la circonstance qu'il soit employé à Charleville-Mézières en tant que coiffeur par son frère ne saurait, à elle seule, caractériser une intégration particulière de sa part sur le territoire. Il n'établit pas entretenir des relations stables et intenses avec des personnes séjournant régulièrement sur le territoire français ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué, en tant qu'il a obligé l'intéressé à quitter le territoire français et lui a interdit d'y retourner pendant un délai d'un an, serait disproportionné, au regard de l'ingérence qu'il constituerait sur le droit au respect de sa vie privée et familiale, doit être écarté.
13. M. A soutient que la décision portant interdiction de retourner sur le territoire français doit être annulée dès lors qu'il souhaite effectuer une demande de titre de séjour. Toutefois, cette seule circonstance est sans incidence sur la légalité de cette décision et ce moyen ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A et par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige, doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Guilleminot et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
A. C
La greffière,
Signé
S. VICENTE
N°2302918
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026