vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302940 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GABON |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2302940, le 21 décembre 2023,
M. D E, représenté par Me Aurélie Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 15 décembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil,
au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37
de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire de la décision attaquée est incompétent ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle n'est pas intervenue au terme d'un examen complet de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les articles 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que cette décision est intervenue en l'absence de procédure contradictoire préalable ;
- elle lui a été notifiée dans des conditions qui méconnaissent l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile ;
- elle porte atteinte à sa liberté d'aller et de venir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2302941, le 21 décembre 2023, M. D E, représenté par Me Aurélie Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 15 décembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son transfert aux autorités bulgares pour l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de procéder à l'examen de sa demande d'asile, sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil,
au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative
et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire de la décision attaquée est incompétente ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle n'est pas intervenue au terme d'un examen complet de sa situation personnelle ;
- la préfète du Bas-Rhin n'établit pas qu'elle l'a reçu en entretien individuel comme l'exige l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni qu'elle lui a délivré
les informations exigées par l'article 4 du même règlement ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ;
- elle méconnaît les articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la préfète du Bas-Rhin a prononcé son transfert vers
les autorités bulgares en dépit des mauvaises conditions d'accueil qui sont réservées
aux migrants et qu'il justifie de considérations humanitaires et familiales ;
- la préfète du Bas-Rhin n'a pas pris en considération sa capacité à voyager.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'État responsable de leur traitement (métropole) ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Friedrich, conseiller.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Clemmy Friedrich,
- et les observations de Me Gabon, représentant M. E, qui a exposé
les mêmes moyens que ceux développés à l'appui de la requête et qui, en outre, a fait valoir que le fondement du transfert est erroné dès lors que celui-ci n'a jamais déposé de demande d'asile en Bulgarie et qu'il dispose d'une attestation provisoire de séjour en cours de validité.
La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, après que le conseil du requérant a formulé des observations orales
au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant afghan né le 10 juillet 1998 à Kaboul, est entré irrégulièrement en France où il y a déposé une demande d'asile enregistrée le 7 novembre 2023. Par deux arrêtés du 15 décembre 2023, la préfète du Bas-Rhin a prononcé son transfert
aux autorités bulgares pour l'examen de cette demande et, en vue de préparer l'exécution
de cette mesure, elle a ordonné son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par les présentes requêtes, M. E demande au tribunal d'annuler ces décisions.
2. Les requêtes susvisées n° 2302940 et n° 2302941 sont présentées par le même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le surplus des conclusions des requêtes :
En ce qui concerne la légalité de la décision de transfert :
4. Aux termes de l'article R. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile : " Sans préjudice du second alinéa de l'article 11-1 du décret n° 2004-374
du 29 avril 2004, l'autorité compétente pour procéder à la détermination de l'État responsable de l'examen d'une demande d'asile et prendre une décision de transfert en application
de l'article L. 572-1 est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police. " En vertu
de l'annexe jointe à l'article 2 de l'arrêté du 10 mai 2019 susvisé, auquel renvoie le second alinéa de l'article 11-1 du décret du 29 avril 2004 susvisé, la préfète du Bas-Rhin est notamment compétente pour prendre à l'égard des ressortissants étrangers résidant dans l'un
des départements de la région Grand Est une décision de transfert en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Alors qu'il est constant que M. E réside dans la région Grand Est,
la préfète du Bas-Rhin, par un arrêté du 17 novembre 2023 régulièrement publié le même jour dans le recueil des actes administratifs de la préfecture, a délégué sa signature pour les décisions de transfert à Mme C F, adjointe au chef de bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière à la préfecture du Bas-Rhin, et, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à Mme A B, cheffe du pôle régional " Dublin ". Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme F n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la décision en litige, M. E n'est pas fondé à soutenir que Mme B, signataire de l'arrêté du 15 décembre 2023, serait dépourvue de délégation
de signature et qu'ainsi celui-ci serait entaché d'un vice d'incompétence.
6. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ".
7. La décision en litige, qui ordonne le transfert de M. E aux autorités bulgares, mentionne les textes sur le fondement desquels elle a été édictée et les éléments de fait en considération desquels elle est intervenue. La préfète du Bas-Rhin a ainsi suffisamment motivé l'arrêté du 15 décembre 2023 et, par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
8. Il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin aurait omis de procéder à un examen complet de la situation personnelle de M. E.
9. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, à la détermination de l'État responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. ". En outre, l'article L. 521-2 du même code ajoute que : " Tout demandeur reçoit, dans une langue qu'il comprend ou dont
il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, une information sur les droits et obligations qui découlent de l'application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen
et du Conseil, du 26 juin 2013, dans les conditions prévues à son article 4. "
10. D'une part, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604-2013
du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite
au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement. () / 2. Les informations visées
au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe. / 3. Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état
de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus
au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour
le demandeur d'asile une garantie.
11. D'autre part, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604-2013
du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec
le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément
à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que
le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours
à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / () 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige
un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors
de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. "
12. Il ressort des pièces du dossier que M. E s'est vu délivrer, à l'occasion
de l'enregistrement de sa demande d'asile à la préfecture de la Marne le 7 novembre 2023,
les deux brochures d'information dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '). Ces brochures, qui ont été délivrées en pachto, soit dans une langue que l'intéressé a déclaré comprendre, constituent les documents mentionnés au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement précité et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de cet article. Par ailleurs, elles ont été remises à M. E
le 7 novembre 2023, soit en temps utile avant que n'intervienne la décision en litige. Enfin, l'entretien réalisé à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile, pour lequel l'intéressé a été assisté d'un interprète pachto, a donné lieu, également en temps utile, à l'établissement d'un résumé paraphé et signé par M. E. Il suit de là que celui-ci s'est vu dûment délivrer les informations prescrites à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et a été reçu à un entretien individuel dans les conditions prescrites à l'article 5 du même règlement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
13. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche décadactylaire enregistrée par les autorités bulgares sous le numéro BG1BR105C2307060011, que M. E a présenté auprès de ces dernières une demande d'asile le 6 juillet 2023 et cette circonstance est d'ailleurs corroborée par l'accord que ces mêmes autorités ont donné le 28 novembre 2023 pour la reprise en charge l'examen de cette demande d'asile sur le fondement du b) du 1
de l'article 18 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013. Par suite, en l'absence d'élément circonstancié qui établirait le contraire, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision
de transfert serait dépourvue de base légale.
14. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. () ". Par un arrêt du 19 mars 2019 (C-163/17), la Cour de justice de l'Union européenne a précisé que les défaillances systémiques, qui doivent résulter d'éléments objectifs, fiables, précis et dûment actualisés, doivent atteindre un seuil particulièrement élevé de gravité, qui dépend de l'ensemble des données de la cause, et ne saurait couvrir des situations caractérisées même par une grande précarité ou une forte dégradation des conditions de vie de la personne concernée, lorsque celles-ci n'impliquent pas un dénuement matériel extrême plaçant cette personne dans une situation d'une gravité telle qu'elle peut être assimilée à un traitement inhumain ou dégradant.
15. Si M. E soutient qu'il existe des défaillances systémiques
dans la procédure d'examen des demandes d'asile en Bulgarie, le caractère imprécis
de ses déclarations et son propre récit de son passage en Bulgarie ne suffisent ni à fonder
des doutes sérieux sur l'existence en Bulgarie, partie tant à la convention de Genève
du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York
qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de défaillances revêtant un caractère systémique dans l'examen des demandes d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, ni à établir que, en cas de transfert vers ce pays, il existerait un risque qu'il ne bénéficie pas d'un examen effectif de sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors même que les autorités bulgares ont accepté la reprise en charge de sa demande, ni que ces autorités le renverront, le cas échéant, en Afghanistan sans réel examen des risques auxquels il serait exposé. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète du Bas-Rhin, en ordonnant son transfert aux autorités bulgares, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 3
de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
17. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Il résulte de ces dispositions que la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile. Cette possibilité, qui s'exerce sous le contrôle du juge, lui est ouverte même en l'absence de raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques dans l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile, ainsi que cela résulte de l'arrêt C-578/16 PPU de la Cour de justice de l'Union européenne du 16 février 2017.
18. Si M. E fait valoir qu'il existe des considérations d'ordre humanitaire et familiale justifiant qu'il fût fait usage de la faculté ouverte à la préfète du Bas-Rhin par
les dispositions citées au point précédent, ces allégations ne sont étayées par aucun élément circonstancié. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète du Bas-Rhin, en ordonnant
son transfert aux autorités bulgares, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013
du 26 juin 2013 doit être écarté.
19. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 8
de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
20. Les moyens tirés de ce que la décision en litige serait entachée d'un vice
de procédure et de ce que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas pris en considération sa capacité à voyager ne sont pas assortis des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé et, par suite, ils ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne la légalité de l'assignation à résidence :
21. Aux termes de l'article R. 751-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile : " Sans préjudice du second alinéa de l'article 11-1 du décret n° 2004-374
du 29 avril 2004, l'autorité compétente pour assigner à résidence un demandeur d'asile en application de l'article L. 751-2 est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police. () " En vertu de l'annexe jointe à l'article 2 de l'arrêté du 10 mai 2019 susvisé, auquel renvoie le second alinéa de l'article 11-1 du décret du 29 avril 2004 susvisé, la préfète du Bas-Rhin est notamment compétente pour prendre à l'égard des ressortissants étrangers résidant dans l'un
des départements de la région Grand Est une décision portant assignation à résidence
sur le fondement de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
22. Alors qu'il est constant que M. E réside dans la région Grand Est,
la préfète du Bas-Rhin, par un arrêté du 17 novembre 2023 régulièrement publié le même jour dans le recueil des actes administratifs de la préfecture, a délégué sa signature pour
les assignations à résidence accompagnant les décisions de transfert
à Mme C F, adjointe au chef de bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière à la préfecture du Bas-Rhin, et, en cas d'absence ou d'empêchement
de cette dernière, à Mme A B, cheffe du pôle régional " Dublin ". Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme F n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la décision en litige, M. E n'est pas fondé à soutenir que Mme B, signataire de l'arrêté du 15 décembre 2023, serait dépourvue de délégation de signature et qu'ainsi celui-ci serait entaché d'un vice d'incompétence.
23. Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile, auquel renvoie l'article L. 751-4 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. "
24. La décision en litige, qui ordonne l'assignation à résidence de M. E pour une durée de quarante-cinq jours, mentionne les textes sur le fondement desquels elle a été édictée et les éléments de fait en considération desquels elle est intervenue. La préfète
du Bas-Rhin a ainsi suffisamment motivé l'arrêté du 15 décembre 2023 et, par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
25. Il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin aurait omis de procéder à un examen complet de la situation personnelle de M. E.
26. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile. / Lorsqu'un État requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet État dans les plus brefs délais ou si un autre État peut être requis. / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement
le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".
27. Il est constant que M. E ne dispose pas des ressources suffisantes pour se rendre en Bulgarie par ses propres moyens. Dans ces conditions, et alors que la préfète
du Bas-Rhin dispose d'un délai de six mois à compter de l'accord de prise en charge délivré par les autorités bulgares pour exécuter la décision ordonnant le transfert de M. E,
celui-ci n'est pas fondé à soutenir que l'exécution de cette dernière décision ne serait pas susceptible d'intervenir dans une perspective raisonnable.
28. Aux termes de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile, auquel renvoie l'article L. 751-4 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. " Aux termes
de l'article R. 733-1 du même code, auquel renvoie l'article R. 751-4 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application
de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni
des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon
une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut
lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
29. Les obligations susceptibles d'assortir l'assignation à résidence ordonnée
sur le fondement de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée
à la liberté d'aller et venir. Si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer de son respect, ces modalités de contrôle sont divisibles
de la mesure d'assignation elle-même.
30. Il ressort des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin, pour s'assurer du respect de l'assignation à résidence qui a été prononcée à l'égard de M. E, lui a fait obligation de se présenter au commissariat de Reims y compris les jours fériés, hormis le dimanche,
entre 9 heures et 10 heures. Si M. E soutient qu'il ne peut se rendre " au commissariat de Sézanne ", les raisons qu'il développe à l'appui de ce moyen ne sont pas intelligibles et, en toute hypothèse, il n'établit ni que l'administration lui aurait adressé des convocations auxquelles l'assignation à résidence l'empêcherait de se rendre, ni que son impécuniosité ferait obstacle
à ce qu'il puisse se rendre au commissariat de Reims où il est tenu de se présenter dans
les conditions précitées. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que, au regard
de sa finalité, la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller
et de venir.
31. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. E doivent être rejetées, y compris dans leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37
de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des requêtes de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et à la préfète
du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
C. FRIEDRICHLe greffier,
Signé
A. PICOT
Nos 2302940, 2302941
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026