jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302983 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 décembre 2023, 8 janvier 2024 et 17 juillet 2024 sous le n°2302983, la société par actions simplifiée (SAS) B et M. A B, représentés par Me Enfert, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube, d'une part, l'a mise en demeure de mettre en conformité l'installation de méthanisation qu'ils exploitent à Lusigny-sur-Barse avec les prescriptions des 2.7, 2.10.2, 3.5.2, 3.6.2, 3.7.2.2, 4.4, 5.1, 5.3, 5.4 et 7.2 de l'annexe I de l'arrêté du 10 novembre 2009 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation soumises à déclaration sous la rubrique n° 2781-1, dans un délai de trois mois, d'autre part, lui a fait interdiction de recevoir et incorporer de nouveaux intrants et, enfin, lui a prescrit, dans un délai de cinq jours, l'évacuation des intrants pour lesquels l'exploitant ne dispose pas de l'agrément sanitaire ;
2°) de condamner l'Etat à verser à la SAS B une somme de deux millions d'euros au titre de son préjudice matériel ;
3°) de condamner l'Etat à verser à M. B une somme de 30 000 euros au titre de son préjudice moral ou d'angoisse ;
4°) subsidiairement, d'autoriser la poursuite de l'exploitation dans l'attente de sa mise en conformité avec augmentation de la puissance le temps de résoudre une éventuelle illégalité ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'exploitant n'était pas présent au moment de la présentation du projet d'arrêté aux membres du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques ;
- aucun compte rendu de la réunion du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques ne leur a été transmis ;
- le plan local d'urbanisme de Lusigny-sur-Barse n'interdit pas la construction d'unité de méthanisation ;
- l'exploitant n'est pas concerné par la question de l'enfouissement des cannes de maïs ;
- le dossier d'enregistrement a été déclaré complet et régulier le 29 juin 2023 ; la population n'est pas opposée au projet ; les services contributeurs ont émis un avis favorable, avec réserves ou prescriptions ;
- l'exploitation n'est pas soumise à l'obligation d'enfouissement des résidus des cannes, ni au 7ème plan d'action régional qui doit entrer en vigueur en janvier 2024 ;
- sur le point 6.2.5 a du rapport, l'unité de méthanisation respecte le cadre réglementaire du régime déclaratif ;
- sur le point 6.2.5 b du rapport, les nuisances odorantes ne sont pas établies alors qu'un état initial a été réalisé et que la société a participé à un état des lieux objectif des nuisances olfactives ;
- sur le point 6.2.5 c du rapport, l'épandage des digestats en limite des secteurs urbanisés sera réalisé dans le cadre d'un plan respectant les distances réglementaires ;
- sur le point 6.2.5 d du rapport, le projet de stockage déporté peut être déplacé à une distance de 200 mètres pour respecter la réglementation ;
- l'arrêté est entaché d'inexactitude matérielle des faits et d'inexactitude dans la qualification de la dangerosité des manquements reprochés ;
- l'unité de méthanisation est en conformité avec la réglementation à la suite des remarques adressées au service de la DREAL ; un contrôle régulier de l'équipement de refroidissement du biogaz est effectué par le constructeur ; il ne peut lui être imputé l'absence d'agrément sanitaire dès lors que l'administration n'a pas procédé à un nouveau contrôle à l'issue de l'agrément sanitaire temporaire ; le porteur du projet disposera d'un pont à bascule au 15 avril 2024, lequel est en cours de construction ; les estimations de quantités de gaz injectées dans le réseau par l'installation mentionnées dans le rapport sont erronées ; l'exploitant tient à jour un cahier d'enregistrement des matières entrant sur le site ; en tout état de cause, son absence ne constitue pas un danger grave et imminent justifiant l'arrêt du site ; la torchère est de nouveau fonctionnelle et un cahier d'enregistrement des contrôles a été mis en place ; un programme de maintenance est mis en place ; un devis a été signé pour le dispositif de contrôle de pression ; l'exploitant peut utiliser un mobil-home pour un usage lié à l'exploitation ; l'exploitant n'a jamais téléphoné dans la zone ATEX ; la chaudière fait partie de l'équipement standard ; deux puits de pompage ont été identifiés dans le dossier de demande, ce qui permet d'augmenter la sécurité et l'efficacité du système ; le compteur défaillant a été réparé et le niveau de la nappe est enregistré chaque jour ; il a été procédé à la réparation du compteur défaillant, qui enregistre chaque jour le volume pompé ; l'exploitant a mis en place un compteur volumétrique pour mesurer les volumes d'eau rejetée dans le fossé ; concernant le trieur à jus, des modifications ont été apportées pour le côté séparateur et l'ouverture de la canalisation sera adaptée ; les eaux rejetées respectent la réglementation ; l'exploitant tient à jour un registre des déchets ; un système d'alerte de niveau haut des eaux est présent sur le site ; des compteurs d'eau sur chacune des pompes des puits de décompression et un compteur sur le système de vidange de la lagune ont été mis en place ;
- l'installation a été mise en service le 13 juillet 2021 et l'entreprise subit un préjudice grave compte tenu des démarches entamées en 2018, des recours des opposants au projet ;
- compte tenu des défaillances du système déclaratif et du blocage de l'installation pendant une durée de deux mois sans raison, un préjudice matériel a été subi lequel est évalué à la somme de 2 millions d'euros ;
- M. B, qui se bat depuis 2019 contre les opposants au projet, le maire de Lusigny-sur-Barse et la préfecture, a subi un préjudice moral ou d'angoisse qui peut être évalué à la somme de 30 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'arrêté contesté a été abrogé par un arrêté du 20 février 2024 ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;
- les préjudices invoqués ne sont pas justifiés et ne présentent pas de lien de causalité avec l'arrêté contesté alors que l'exploitant s'est placé délibérément dans une situation irrégulière en ne respectant pas ses engagements ni la règlementation applicable.
L'instruction a été close avec effet immédiat le 5 août 2024 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office tirés, d'une part, de ce que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction dirigées contre l'arrêté de mise en demeure du 22 décembre 2023 de la préfète de l'Aube ont perdu leur objet en cours d'instance du fait de l'abrogation de cet arrêté et, d'autre part, du défaut de liaison du contentieux des conclusions indemnitaires présentées au nom de M. B.
Des observations présentées pour la SAS B et M. B ont été enregistrées le 16 septembre 2024.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 décembre 2023, 15 mai 2024 et 5 juillet 2024 sous le n°2302985, la société par actions simplifiée (SAS) B et M. A B, représentés par Me Enfert, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube a rejeté la demande d'enregistrement relative à l'augmentation en capacité de l'unité de méthanisation qu'ils exploitent à Lusigny-sur-Barse et à la création d'un stockage déporté de digestat brut sur le territoire de cette commune ;
2°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de deux millions d'euros au titre de leur préjudice matériel ;
3°) de condamner l'Etat à verser une somme de 30 000 euros au titre du préjudice moral ou d'angoisse subi par M. B ;
4°) subsidiairement, d'autoriser la poursuite de l'exploitation dans l'attente de sa mise en conformité avec augmentation de la puissance le temps de résoudre une éventuelle illégalité ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'exploitant n'était pas présent au moment de la présentation du projet d'arrêté aux membres du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques ;
- aucun compte rendu de la réunion du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques ne lui a été transmis ;
- le dossier d'enregistrement a été reconnu régulier et complet le 29 juin 2023 ;
- le plan local d'urbanisme de Lusigny-sur-Barse n'interdit pas la construction d'unité de méthanisation ;
- la modification des règles applicables postérieurement à l'enregistrement n'impose aucune nouvelle consultation du public ;
- le projet de création d'un stockage déporté, qui, compte tenu de ses dimensions, ne nécessite pas de permis de construire ou de déclaration de travaux, ne constitue ni un changement notable ni une modification substantielle de l'installation déclarée susceptible de justifier le dépôt d'une nouvelle demande d'enregistrement ;
- le plan local d'urbanisme de Lusigny-sur-Barse ne peut interdire en zone A les installations de méthanisation ;
- l'unité de méthanisation ne se trouve pas en zone humide ;
- l'exploitant n'est pas concerné par la question de l'enfouissement des cannes de maïs ;
- la population n'est pas opposée au projet ; les services contributeurs ont émis un avis favorable, avec réserves ou prescriptions ;
- l'exploitation n'est pas soumise à l'obligation d'enfouissement des résidus des cannes, ni au 7ème plan d'action régional qui doit entrer en vigueur en janvier 2024 ;
- sur le point 6.2.5 a du rapport, l'unité de méthanisation respecte le cadre réglementaire du régime déclaratif ;
- sur le point 6.2.5 b du rapport, les nuisances odorantes ne sont pas établies alors qu'un état initial a été réalisé et que la société a participé à un état des lieux objectif des nuisances olfactives ;
- sur le point 6.2.5 c du rapport, l'épandage sera réalisé dans le cadre d'un plan respectant les distances réglementaires ;
- sur le point 6.2.5 d du rapport, le projet de stockage déporté peut être déplacé à une distance de 200 mètres pour respecter la réglementation ;
- l'arrêté est entaché d'inexactitude matérielle des faits et d'inexactitude dans la qualification de la dangerosité des manquements reprochés ;
- l'unité de méthanisation est en conformité avec la réglementation à la suite des remarques adressées au service de la DREAL ; un contrôle régulier de l'équipement de refroidissement du biogaz est effectué par le constructeur ; il ne peut lui être imputé l'absence d'agrément sanitaire dès lors que l'administration n'a pas procédé à un nouveau contrôle à l'issue de l'agrément sanitaire temporaire ; le porteur du projet disposera d'un pont à bascule au 15 avril 2024, lequel est en cours de construction ; les estimations de quantités de gaz injectées dans le réseau par l'installation mentionnées dans le rapport sont erronées ; l'exploitant tient à jour un cahier d'enregistrement des matières entrant sur le site ; en tout état de cause, son absence ne constitue pas un danger grave et imminent justifiant l'arrêt du site ; la torchère est de nouveau fonctionnelle et un cahier d'enregistrement des contrôles a été mis en place ; un programme de maintenance est mis en place ; un devis a été signé pour le dispositif de contrôle de pression ; l'exploitant peut utiliser un mobil-home pour un usage lié à l'exploitation ; l'exploitant n'a jamais téléphoné dans la zone ATEX ; la chaudière fait partie de l'équipement standard ; deux puits de pompage ont été identifiés dans le dossier de demande, ce qui permet d'augmenter la sécurité et l'efficacité du système ; le compteur défaillant a été réparé et le niveau de la nappe est enregistré chaque jour ; il a été procédé à la réparation du compteur défaillant, qui enregistre chaque jour le volume pompé ; l'exploitant a mis en place un compteur volumétrique pour mesurer les volumes d'eau rejetée dans le fossé ; concernant le trieur à jus, des modifications ont été apportées pour le côté séparateur et l'ouverture de la canalisation sera adaptée ; les eaux rejetées respectent la réglementation ; l'exploitant tient à jour un registre des déchets ; un système d'alerte de niveau haut des eaux est présent sur le site ; des compteurs d'eau sur chacune des pompes des puits de décompression et un compteur sur le système de vidange de la lagune ont été mis en place ;
- l'installation a été mise en service le 13 juillet 2021 et l'entreprise subit un préjudice grave compte tenu des démarches entamées en 2018, des recours des opposants au projet ;
- compte tenu des défaillances du système déclaratif et du blocage de l'installation pendant une durée de deux mois sans raison, un préjudice matériel a été subi lequel est évalué à la somme de 2 millions d'euros ;
- M. B a subi un préjudice moral ou d'angoisse qui peut être évalué à la somme de 30 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juin 2024 et 2 août 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;
- les préjudices invoqués ne sont pas justifiés et ne présentent pas de lien de causalité avec l'arrêté contesté alors que l'exploitant s'est placé délibérément dans une situation irrégulière en ne respectant pas ses engagements ni la règlementation applicable.
L'instruction a été close avec effet immédiat le 21 août 2024 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Un mémoire présenté pour la SAS B et M. B a été enregistré le 27 août 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du défaut de liaison du contentieux des conclusions indemnitaires présentées au nom de M. B.
Des observations présentées pour la SAS B et M. B ont été enregistrées le 16 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté du 10 novembre 2009 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation soumises à déclaration sous la rubrique n° 2781-1 ;
- l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Torrente, premier conseiller,
- les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public,
- et les observations de Me Enfert, représentant M. B et la SAS B, et de Mme C, représentant la préfète de l'Aube.
Des notes en délibéré, présentées pour la SAS B, ont été enregistrées le 27 septembre et le 7 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2302983 et n° 2302985, présentées par la SAS B et M. B présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. La SAS B, dont M. B est président et associé, exploite sur le territoire de la commune de Lusigny-sur-Barse (Aube) une unité de méthanisation relevant de la rubrique 2781-1 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement qu'elle a déclarée le 28 septembre 2018 sur le fondement de l'article L. 512-8 du code de l'environnement. Par un jugement n°2000461 du 24 novembre 2022, le présent tribunal a annulé la preuve de dépôt de cette déclaration délivrée par le préfet de l'Aube le 28 septembre 2018. Le 24 janvier 2023, la préfète de l'Aube a délivré une nouvelle preuve de dépôt de déclaration de cette installation à la société B, laquelle a déposé, parallèlement, une demande d'enregistrement relatif à l'augmentation en capacité de cette unité de méthanisation et à la création d'un stockage déporté de digestat le 8 mars 2021, le dossier ayant été regardé comme complet en juin 2023. A la suite de visites des agents de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement les 20 novembre et 4 décembre 2023, la préfète de l'Aube a, par un premier arrêté du 22 décembre 2023, mis la société B en demeure de respecter les prescriptions des 2.7, 2.10.2, 3.5.2, 3.6.2, 3.7.2.2, 4.4, 5.1, 5.3, 5.4 et 7.2 de l'annexe I de l'arrêté du 10 novembre 2009 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation soumises à déclaration sous la rubrique n° 2781-1, dans un délai de trois mois, d'autre part, lui a fait interdiction de recevoir et incorporer de nouveaux intrants et, enfin, lui a prescrit, dans un délai de cinq jours, l'évacuation des intrants pour lesquels l'exploitant ne dispose pas d'un agrément sanitaire. Par un second arrêté du 22 décembre 2023, la préfète de l'Aube a refusé de procéder à l'enregistrement de la demande déposée par la société B en vue de l'augmentation en capacité de l'unité de méthanisation et de la création d'un stockage déporté. Par les présentes requêtes, la société B et M. B demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés, d'autoriser la reprise de l'exploitation et l'augmentation de la capacité de traitement de l'unité ainsi que la condamnation de l'Etat à leur verser respectivement les sommes de deux millions d'euros et de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis.
Sur les conclusions dirigées contre la mise en demeure du 22 décembre 2023 :
3. Aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I.- Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. En cas d'urgence, elle fixe, par le même acte ou par un acte distinct, les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l'environnement. () ". Selon l'article L. 171-11 du même code : " Les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. ".
4. Il résulte des dispositions de l'article L. 171-11 du code de l'environnement que les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 de ce code, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue. Il en résulte que si l'acte attaqué, pris pour l'application de la législation relative aux installations classées, est abrogé par l'autorité compétente avant que le juge ait statué, il n'y a pas lieu pour celui-ci, que cette abrogation ait ou non acquis un caractère définitif, de se prononcer sur le mérite de la demande dont il est saisi. De même, lorsque l'autorité administrative, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du code de l'environnement aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, met en demeure l'intéressé de régulariser sa situation, sur le fondement des dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, l'exécution complète des mesures ou formalités prescrites par cette mise en demeure prive d'objet le recours tendant à son annulation, sur lequel il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer.
5. Il résulte de l'instruction que le 20 février 2024, postérieurement à la date d'introduction de la requête enregistrée sous le n° 2302983, la préfète de l'Aube a, sur la base du rapport de visite du 2 février 2024 et du courrier du 15 février 2024 de la société requérante, constaté que l'exploitant a complètement assuré l'exécution de la mise en demeure du 22 décembre 2023 en litige et l'a, en conséquence, abrogé, privant ainsi d'objet les conclusions du recours enregistré sous le n°2302983 tendant à l'annulation de cet arrêté et à ce qu'il soit enjoint à l'administration d'autoriser l'exploitation de l'installation. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ces conclusions.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 22 décembre 2023 portant refus d'enregistrement :
6. Il appartient au juge du plein contentieux des installations classées pour la protection de l'environnement d'apprécier le respect des règles relatives à la forme et la procédure régissant la demande d'autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l'autorisation et d'appliquer les règles de fond applicables au projet en cause en vigueur à la date à laquelle il se prononce, sous réserve du respect des règles d'urbanisme, qui s'apprécie au regard des circonstances de fait et de droit applicables à la date de l'autorisation.
7. En premier lieu, d'une part, aux termes R. 1416-1 du code de la santé publique : " Le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques concourt à l'élaboration, à la mise en œuvre et au suivi, dans le département, des politiques publiques dans les domaines de la protection de l'environnement, de la gestion durable des ressources naturelles et de la prévention des risques sanitaires et technologiques. Il est régi par les dispositions des articles 8 et 9 du décret n° 2006-665 du 7 juin 2006. / Il exerce les attributions prévues par l'article L. 1416-1 et est également chargé d'émettre un avis, dans les cas et selon les modalités prévus par les dispositions législatives et réglementaires en vigueur, sur les projets d'actes réglementaires et individuels en matière d'installations classées, de déchets, de protection de la qualité de l'air et de l'atmosphère, de police de l'eau et des milieux aquatiques, de polices administratives spéciales liées à l'eau, d'eaux destinées à la consommation humaine et d'eaux minérales naturelles, de piscines et de baignades, de risques sanitaires liés à l'habitat et de lutte contre les moustiques. / Il peut examiner toute question intéressant la santé publique liée à l'environnement et peut être associé à tout plan ou programme d'action dans ses domaines de compétence. ". Selon l'article R. 1416-3 de ce code : " Sans préjudice des dispositions prévoyant une procédure particulière, le conseil, lorsqu'il est appelé à émettre un avis sur une affaire individuelle, invite l'intéressé à formuler ses observations et l'entend s'il en fait la demande. ". Aux termes de l'article R. 512-46-17 du code de l'environnement : " Lorsque le préfet envisage soit de prononcer un refus d'enregistrement, soit d'édicter, en application du deuxième alinéa de l'article L. 512-7-3, des prescriptions particulières complétant, renforçant ou aménageant les prescriptions générales fixées par le ministre chargé des installations classées, il en informe le demandeur, en lui communiquant le rapport de l'inspection des installations classées, qui peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours. / Lorsque le préfet envisage d'édicter, en application du deuxième alinéa de l'article L. 512-7-3, des prescriptions particulières aménageant les prescriptions générales fixées par le ministre chargé des installations classées, il saisit le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques. Le préfet peut également le saisir lorsqu'il l'estime nécessaire en raison des enjeux du projet. / Le rapport et les propositions de l'inspection des installations classées sont présentés au conseil départemental lorsqu'il est saisi. Dans le cas contraire, le rapport et les propositions de l'inspection des installations classées, ainsi que l'arrêté d'enregistrement ou de refus d'enregistrement lui sont transmis pour information dans un délai d'un mois suivant celui de la signature de cet arrêté. / Lorsque le conseil départemental est saisi, le demandeur est informé par le préfet au moins huit jours à l'avance de la date et du lieu de la réunion du conseil et reçoit simultanément un exemplaire des propositions de l'inspection des installations classées. Il a la possibilité de se faire entendre par le conseil ou de désigner, à cet effet, un mandataire et d'y présenter à sa demande les observations prévues au premier alinéa du présent article. Dans ce dernier cas, si le projet n'est pas modifié après la réunion, il n'y a pas lieu de procéder à la communication prévue au premier alinéa du présent article. ".
8. Il résulte des dispositions de l'article R. 1416-3 du code de la santé publique que le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST) doit inviter l'intéressé à présenter ses observations sur l'affaire individuelle sur laquelle il est appelé à émettre un avis et de l'entendre si celui-ci en fait la demande.
9. Il résulte de l'instruction que la préfète de l'Aube a communiqué, par un courrier remis en mains propres le 5 décembre 2023, le rapport établi par l'inspection des installations classées pour la protection de l'environnement sur la demande d'enregistrement en litige ainsi que le projet d'arrêté de refus d'enregistrement annexé à ce rapport, l'a informé de la saisine du CODERST de l'Aube appelé à donner un avis sur ce projet lors de sa séance du 21 décembre 2023, l'informant ensuite de la possibilité de se faire entendre devant cet organisme ou de désigner un mandataire. Il est constant que les représentants de la SAS B, assistés de leur avocate et d'un représentant de la chambre d'agriculture, ont pu présenter des observations au cours de cette séance. Si les requérants soutiennent qu'ils n'étaient pas présents au moment de la présentation du rapport sur le projet d'arrêté de refus d'enregistrement, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de l'arrêté contesté. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
10. D'autre part, aux termes de l'article R. 133-13 du code des relations entre le public et l'administration : " Le procès-verbal de la réunion de la commission indique le nom et la qualité des membres présents, les questions traitées au cours de la séance et le sens de chacune des délibérations. Il précise, s'il y a lieu, le nom des mandataires et des mandants. / Tout membre de la commission peut demander qu'il soit fait mention de son désaccord avec l'avis rendu. / L'avis rendu est transmis à l'autorité compétente pour prendre la décision. ".
11. Il résulte de l'instruction qu'un compte rendu de la réunion de la séance du CODERST de l'Aube du 21 décembre 2023 au cours de laquelle le projet d'arrêté de refus d'enregistrement de l'installation exploitée par la SAS B a été rédigé, celui-ci valant procès-verbal de la réunion au sens et pour l'application de l'article R. 133-13 du code des relations entre le public et l'administration précédemment cité. Si les requérants soutiennent que ce document ne leur a pas été spontanément transmis et qu'il ne leur a été communiqué, sur demande, que plus de deux mois après la tenue de la séance, ces circonstances sont sans incidence sur la régularité de la procédure. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
12. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que la modification de certaines règles de fond postérieurement au dépôt du dossier de demande d'enregistrement n'impose aucune consultation du public, ce moyen est sans incidence sur la régularité de l'arrêté contesté qui n'est pas fondé sur un tel motif.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 512-46-23 du code de l'environnement : " () / II. - Toute modification apportée par le demandeur à l'installation, à son mode d'exploitation ou à son voisinage, et de nature à entraîner un changement notable des éléments du dossier de demande d'enregistrement, et notamment du document justifiant les conditions de l'exploitation projetée mentionné au 8° de l'article R. 512-46-4, doit être portée avant sa réalisation à la connaissance du préfet avec tous les éléments d'appréciation. / S'il estime, après avis de l'inspection des installations classées, que les modifications sont substantielles, le préfet invite l'exploitant à déposer une nouvelle demande d'enregistrement. / Une modification est considérée comme substantielle, outre les cas où sont atteints des seuils quantitatifs et des critères fixés par arrêté du ministre chargé des installations classées, dès lors qu'elle est de nature à entraîner des dangers ou inconvénients significatifs pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1. / S'il estime que la modification n'est pas substantielle, le préfet fixe, s'il y a lieu, des prescriptions complémentaires, dans les formes prévues à l'article R. 512-46-22. / III. - Les nouveaux enregistrements prévus aux I et II sont soumis aux mêmes formalités que les demandes initiales. ". Selon l'article R. 512-54 du même code : " () / II. - Toute modification apportée par le déclarant à l'installation, à son mode d'exploitation ou à son voisinage, entraînant un changement notable des éléments du dossier de déclaration initiale doit être portée, avant sa réalisation, à la connaissance du préfet. Un arrêté du ministre chargé des installations classées fixe le modèle national de déclaration de ces modifications et précise les conditions dans lesquelles cette déclaration est transmise par voie électronique. / S'il estime que la modification est substantielle, le préfet invite l'exploitant à déposer une nouvelle déclaration. / Une modification est considérée comme substantielle, outre les cas où sont atteints des seuils quantitatifs et des critères fixés par arrêté du ministre chargé des installations classées, dès lors qu'elle est de nature à entraîner des dangers ou inconvénients significatifs pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1. / III. - Les nouvelles déclarations prévues aux I et II sont soumises aux mêmes formalités que les déclarations initiales. ".
14. Les requérants soutiennent que le projet de lagune déporté de stockage ne nécessite aucune autorisation d'urbanisme et ne constitue ni un changement notable ni une modification substantielle de l'installation de méthanisation en litige exploitée sous le régime de la déclaration de sorte qu'il n'appartenait pas à l'exploitant de le porter à la connaissance de la préfète de l'Aube. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'ajout de cet ouvrage, destiné au stockage d'une partie des digestats générés par l'unité de méthanisation, aux installations mises en service depuis 2021 sous le régime de la déclaration figurait dans le dossier de demande d'enregistrement. En conséquence, il appartenait à la préfète de l'Aube d'apprécier la conformité de cet ouvrage avec la réglementation applicable. En outre, l'arrêté attaqué ne comporte aucun motif opposant à l'exploitant l'absence de dépôt d'une déclaration préalable de travaux ou d'une demande de permis de construire. Dans ces conditions, les allégations des intéressés selon lesquelles le projet de lagune déporté de stockage ne nécessite aucune autorisation d'urbanisme et ne constitue ni un changement notable ni une modification substantielle de l'installation de méthanisation existante sont sans incidence sur la régularité ou le bien-fondé de l'arrêté contesté. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
15. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement : " I.-Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; cette gestion prend en compte les adaptations nécessaires au changement climatique et vise à assurer : () / 6° La promotion d'une utilisation efficace, économe et durable de la ressource en eau, notamment par le développement de la réutilisation des eaux usées traitées et de l'utilisation des eaux de pluie en remplacement de l'eau potable ; () / II.-La gestion équilibrée doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable de la population. Elle doit également permettre de satisfaire ou concilier, lors des différents usages, activités ou travaux, les exigences : () / 3° De l'agriculture, des pêches et des cultures marines, de la pêche en eau douce, de l'industrie, de la production d'énergie, en particulier pour assurer la sécurité du système électrique, des transports, du tourisme, de la protection des sites, des loisirs et des sports nautiques ainsi que de toutes autres activités humaines légalement exercées. () ". Selon l'article L. 511-1 de ce code : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. ". En vertu de l'article L. 512-7-3 du même code : " L'arrêté d'enregistrement est pris par le préfet après avis des conseils municipaux intéressés. / En vue d'assurer la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et, le cas échéant, à l'article L. 211-1, le préfet peut assortir l'enregistrement de prescriptions particulières complétant ou renforçant les prescriptions générales applicables à l'installation. Dans les limites permises par la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1, ces prescriptions particulières peuvent aussi inclure des aménagements aux prescriptions générales justifiés par les circonstances locales. Dans ces deux cas, le préfet en informe l'exploitant préalablement à la clôture de l'instruction de la demande. Dans le second cas, il consulte la commission départementale consultative compétente. / Le préfet ne peut prendre l'arrêté d'enregistrement que si le demandeur a justifié que les conditions de l'exploitation projetée garantiraient le respect de l'ensemble des prescriptions générales, et éventuellement particulières, applicables. Il prend en compte les capacités techniques et financières que le pétitionnaire entend mettre en œuvre, à même de lui permettre de conduire son projet dans le respect des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et, le cas échéant, à l'article L. 211-1, et d'être en mesure de satisfaire aux obligations de l'article L. 512-7-6 lors de la cessation d'activité. / Si un permis de construire a été demandé, il peut être accordé mais les travaux ne peuvent être exécutés avant que le préfet ait pris l'arrêté d'enregistrement. ". Aux termes de l'article R. 512-46-8 de ce code : " () Lorsqu'il estime soit que la demande ou les pièces jointes sont irrégulières ou incomplètes, soit que l'installation est soumise à un autre régime, le préfet invite le demandeur soit à régulariser ou compléter ce dossier, soit à substituer une demande d'autorisation ou une déclaration à la demande d'enregistrement. Dès que le dossier est complet et régulier, il en informe le demandeur. ".
16. Il résulte de l'instruction que pour rejeter la demande d'enregistrement des installations exploitées par la SAS B, la préfète de l'Aube s'est fondée sur les motifs tirés de l'insuffisante démonstration de la compatibilité du projet avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux, de l'absence d'élément de l'étude préalable à l'épandage permettant de s'assurer de l'équilibre de la fertilisation des sols, l'absence de démonstration de la compatibilité du projet avec les dispositions de la réglementation relative aux nitrates d'origine agricole, de la mise en évidence de non-conformités de l'installation pouvant avoir un impact avéré sur la prévention des nuisances olfactives, de ce que le pétitionnaire souhaite implanter le projet de stockage déporté de digestat à une distance de 107 mètres d'une ferme hébergeant un centre d'éducation fermé en méconnaissance de l'article 6 de l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, de l'absence de démonstration de la compatibilité du lieu d'implantation de cette installation avec le risque de remontée de nappes, de l'absence de démonstration de la compatibilité de cet ouvrage avec le plan local d'urbanisme de Lusigny-sur-Barse et, enfin, de ce que le pétitionnaire n'est pas en mesure de démontrer qu'il est en capacité technique d'exploiter son installation dans le respect des intérêts mentionnés aux articles L. 511-1 et L. 211-1 du code de l'environnement précités.
17. D'une part, les requérants soutiennent que le dossier de demande d'enregistrement a été déclaré complet et régulier le 29 juin 2023. Toutefois, il résulte de l'instruction que la préfète ne s'est pas fondée sur l'incomplétude du dossier de demande, au sens et pour l'application des dispositions de l'article R. 512-46-8 du code de l'environnement, pour rejeter la demande d'enregistrement mais sur ce que l'insuffisance de certains éléments le composant ne lui permettait pas d'apprécier les atteintes aux intérêts protégés par l'article L. 511-1 du même code.
18. D'autre part, les requérants ne contestent pas que la compatibilité du projet avec l'orientation n°4 du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux du bassin Seine-Normandie 2022-2027 n'est démontrée qu'en s'appuyant sur une absence de prélèvement d'eau dans le milieu alors que les choix constructifs du pétitionnaire imposent un prélèvement d'eau conséquent dans les eaux souterraines. En outre, les intéressés, qui se bornent à soutenir que l'épandage sera réalisé dans le cadre d'un plan respectant les distances réglementaires, ne contestent pas que le dossier de demande ne comportait aucune analyse agronomique des sols et qu'il n'a, en conséquence, pas permis aux services préfectoraux de s'assurer de l'équilibre de la fertilisation des parcelles concernées par le plan d'épandage. Par ailleurs, il est constant que le lieu d'implantation de la lagune de stockage déporté de digestat, qui constitue un élément de l'installation de méthanisation au sens de l'article 2 de l'ardu 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées prête pour la protection de l'environnement, est situé à moins de 200 mètres d'une ferme hébergeant un centre d'éducation fermé en méconnaissance de l'article 6 du même arrêté. Si les intéressés soutiennent avoir proposé d'implanter cet ouvrage à un autre emplacement permettant d'assurer le respect de cette règle de distance, ils ne contestent pas que le lieu d'implantation choisi est concerné par le risque de remontée de nappes ni que le dossier de demande ne permet pas d'apprécier l'absence d'atteinte aux intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement au regard de cette problématique.
19. Enfin, lorsque le juge se prononce après la mise en service de l'installation, il lui appartient de vérifier la réalité et le caractère suffisant des capacités financières et techniques du pétitionnaire ou, le cas échéant, de l'exploitant auquel il a transféré l'autorisation.
20. Il résulte de l'instruction que l'unité de méthanisation exploitée par la société B à Lusigny-sur-Barse a été déclarée 28 septembre 2018 et a été mise en service au mois de juillet 2021. Depuis la mise en service de cette installation, il est constant que l'exploitant a fait l'objet de quatre arrêtés de mise en demeure entre 2021 et 2023. Il résulte notamment du dernier arrêté de mise en demeure, édicté le 22 décembre 2023, concomitamment au refus d'enregistrement en litige, que l'inspection des installations classées pour la protection contre l'environnement a constaté de nombreux manquements aux dispositions de l'arrêté du 10 novembre 2009 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation soumises à déclaration sous la rubrique n° 2781-1, tenant à la méconnaissance des dispositions relatives à la sécurité des installations électriques, à l'absence de limitateur de remplissage de la pré-fosse, à la défaillance de la torchère dont le système de déclenchement automatique était en panne, à l'incapacité de l'exploitant à être en mesure de justifier de l'admission des matières entrantes sur le site depuis sa mise en service ainsi qu'à fournir aux inspecteurs le programme de maintenance préventive et à justifier des opérations réalisées sur l'installation dans ce cadre, en particulier pour les soupapes de sécurité, à la non-conformité du dispositif de contrôle de pression des digesteurs, au dysfonctionnement d'un des systèmes de relevage des eaux souterraines, à la non-conformité du réseau de collecte des effluents aqueux qui n'était pas de type séparatif, à l'absence d'installation d'un compteur volumétrique sur la pompe de rejet des eaux dans le fossé, à l'incapacité de l'exploitant de démontrer le respect des valeurs limites d'émission des rejets dans le milieu naturel, à l'absence de tenue d'un registre des déchets. Les inspecteurs ont également relevé l'absence d'installation d'un dispositif permettant de déterminer la côte des eaux souterraines et de mesure journalière du niveau du toit de la nappe, en méconnaissance des alinéas 1 à 3 de l'article 5 de l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel la préfète de l'Aube a prescrit à l'exploitant des mesures spéciales. En se bornant à soutenir que la pré-fosse comportait un système d'alerte de niveau, les requérants ne démontrent pas que cet ouvrage était doté d'un limitateur de remplissage dont l'installation est prévue au 2.10.2 de l'annexe de l'annexe I de l'arrêté du 10 novembre 2009 précité. Les intéressés ne contestent pas que le programme de maintenance préventive exigé au titre du 3.6.2 de la même annexe, n'était pas élaboré à la date de l'arrêté de mise en demeure du 22 décembre 2023, ni qu'ils n'étaient pas en mesure de justifier des dernières opérations de maintenance réalisées sur les soupapes de sécurité. En se bornant à renvoyer à des analyses de laboratoire réalisées postérieurement à la visite de contrôle du novembre 2023, les requérants ne remettent pas en cause l'absence de conformité de la qualité des eaux rejetées aux prescriptions du 5.5 de l'annexe II précité. Si les requérants soutiennent qu'un registre des déchets est tenu, il est constant qu'ils n'ont pas pu le présenter lors des visites d'inspection ayant précédé le prononcé de la mise en demeure en litige et ils ne contestent pas que ce document ne permettait pas une caractérisation préalable des déchets issus de l'installation comme le prévoit l'article L. 541-7-1 du code de l'environnement. En outre, si les requérants, qui ne contestent pas la matérialité des autres manquements constatées, soutiennent que l'installation a été mise en conformité depuis la mise en demeure, il n'en demeure pas moins que les nombreux manquements constatés sont en lien avec des risques d'explosion, de contamination des sols et des eaux souterraines ou de consommation excessive de ces dernières. Les intéressés ne contestent pas non plus la matérialité des manquements ayant conduit aux trois précédentes mises en demeure prononcées en 2021 et 2022. Il résulte par ailleurs de l'instruction que l'exploitant a transmis, le 15 mai 2024, un rapport d'incident du 3 mai 2024 faisant état d'un arrêt de la pompe du digesteur n°1 ayant entrainé un soulèvement du plancher du post-digesteur et un débordement du digestat liquide. Lors d'une visite d'inspection, il a été constaté que des eaux susceptibles d'être polluées sont sorties du site sur un chemin et un champ voisin, circonstance non signalée par l'exploitant, alors qu'aucune analyse des eaux n'a pu être présentée aux inspecteurs environnementaux. Il n'est pas contesté que l'installation a connu plusieurs autres incidents depuis sa mise en service, à savoir un débordement du système de gestion des effluents liquides non déclaré spontanément avant le 20 juillet 2021 et un rejet d'hydrogène sulfuré dans l'atmosphère à la suite d'un dysfonctionnement matériel le 16 août 2021. Il résulte des considérations qui précèdent que la société B a manqué depuis la mise en service de l'installation en litige et à de nombreuses reprises à ses obligations d'exploitante du site qu'elle exploite sous le régime de la déclaration à Lusigny-sur-Barse. Dans ces conditions, ces défaillances, par leur nombre, leur gravité et leur durée, révèlent que cette société ne possède pas, à la date du présent jugement, les capacités techniques suffisantes pour lui permettre d'exploiter une installation de méthanisation sous le régime de l'enregistrement, lequel autorise un triplement de la quantité d'intrant traité, en respectant les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'erreur de fait et d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 512-7-3 de ce code.
21. Il résulte de l'instruction que la préfète de l'Aube aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur les motifs dont le bien-fondé a été confirmé aux points 17 à 19, lesquels suffisent à eux seuls à fonder le refus d'enregistrement en litige. Par suite, et à supposer même que les autres motifs de l'arrêté contesté ne seraient pas fondés, c'est à bon droit que la préfète de l'Aube a refusé d'enregistrer l'augmentation de la capacité de traitement de l'installation litigieuse.
22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube a rejeté leur demande d'enregistrement. Doivent, par voie de conséquence, être rejetées les conclusions à fin d'injonction associées à ces conclusions.
Sur les conclusions indemnitaires :
23. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".
24. Si M. B demande au tribunal, dans les affaires 2302983 et 2302985, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice moral et d'angoisse qu'il allègue avoir subi, il n'établit pas avoir présenté une demande préalable auprès de l'administration, seule étant produite la demande indemnitaire du 23 décembre 2023 présentée au nom de la SAS B. En l'absence, à la date du présent jugement, d'une décision rejetant une demande indemnitaire présentée par M. B, ces conclusions sont irrecevables et doivent être rejetées.
25. En second lieu, la SAS B soutient qu'elle a initié son projet en 2018, qu'elle a obtenu un permis de construire, que l'installation de méthanisation a été mise en fonctionnement en 2021 en dépit des nombreux recours des opposants et qu'elle subit un préjudice matériel grave qu'elle évalue à la somme de 2 000 000 d'euros. Toutefois, la société requérante ne précise pas le fondement sur lequel elle entend engager la responsabilité de l'administration. Elle n'établit pas davantage la réalité du préjudice matériel qu'elle prétend avoir subi, ni l'existence d'un lien de causalité entre ce préjudice et les agissements qu'elle impute à l'administration. Il en résulte que les conclusions indemnitaires de la société B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction dirigées contre l'arrêté de mise en demeure de la préfète de l'Aube du 22 décembre 2023.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de la SAS B et M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiées (SAS) B, à M. A B et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Copie en sera adressée pour information à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Briquet, président,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
V. TORRENTELe président,
Signé
B. BRIQUET
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2302983, 2302985
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026