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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400021

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400021

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400021
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. A, qui contestait l’arrêté préfectoral du 13 novembre 2023 lui ordonnant de se dessaisir de ses armes et lui interdisant d’en détenir. Le tribunal a jugé que la préfète de l’Aube était en situation de compétence liée, car M. A avait été condamné pour recel de vol, infraction mentionnée à l’article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure, ce qui rendait inopérants les moyens soulevés. La décision s’appuie sur les articles L. 312-3 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure, ainsi que sur les articles L. 423-15 et R. 423-24 du code de l’environnement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 janvier 2024 et 7 février 2024,

M. B A demande au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du

13 novembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube lui a ordonné de se dessaisir des armes dont il est en possession dans un délai de trois mois, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et lui a retiré la validation de son permis de chasse.

Il soutient que s'il a été condamné le 3 mai 2023 par le tribunal correctionnel de Troyes pour recel de vol d'une perceuse et un masque de moto, ces faits ne portent pas sur des actes de violence avec armes.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête de M. A est irrecevable ;

- les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier du 12 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal est susceptible de relever d'office la circonstance qu'au regard des dispositions des articles L. 312-11 et

R. 312-67 du code de la sécurité intérieure et des articles L. 423-15 et R. 423-24 du code de l'environnement, la préfète de l'Aube était en état de compétence liée pour prendre la décision contestée rendant inopérants les moyens invoqués.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code pénal ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur ;

- et les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déclaré détenir trois armes de catégorie C. Par arrêté du

13 novembre 2023, la préfète de l'Aube lui a ordonné de se dessaisir des armes dont il est en possession dans un délai de trois mois, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et lui a retiré la validation de son permis de chasse. M. A a adressé un recours gracieux le

11 décembre 2023. Par courrier en date du 12 janvier 2024, ce recours gracieux a été rejeté. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté précité.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. Aux termes de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C : 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : () - recel de vol ou d'extorsion prévu aux articles 321-1 à 321-5 du même code [code pénal] ". Aux termes de l'article 221-1 du code pénal : " Le recel est le fait de dissimuler, de détenir ou de transmettre une chose, ou de faire office d'intermédiaire afin de la transmettre, en sachant que cette chose provient d'un crime ou d'un délit. Constitue également un recel le fait, en connaissance de cause, de bénéficier, par tout moyen, du produit d'un crime ou d'un délit. Le recel est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende. " Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () /2° Le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ou dans un document équivalent pour les ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ; () ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'acquéreur ou le détenteur des matériels ou des armes des catégories A, B et C a fait l'objet d'une condamnation en vertu des dispositions du code pénal citées par les dispositions de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure et que le bulletin n° 2 de l'acquéreur ou du détenteur de ces matériels et armes comporte la mention de condamnation pour cette infraction, l'autorité administrative se trouve en situation de compétence liée pour ordonner à l'acquéreur ou au détenteur d'une arme soumise au régime de l'autorisation ou de la déclaration de s'en dessaisir.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 3 mai 2023 par le tribunal correctionnel de Troyes à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de recel de bien provenant d'un vol. La mention de cette condamnation a été portée au bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé. S'il se prévaut, dans ses écritures, de l'introduction le

3 février 2024 d'une requête tendant à l'effacement de cette mention, il n'est pas contesté qu'à la date de la décision attaquée, cette mention persistait. Dès lors, en application des dispositions de l'article L. 312-3 précité, M. A ne pouvait ni détenir une arme des catégories A, B et C ni en acquérir une. Il s'ensuit que la préfète de l'Aube était tenue, par ces mêmes dispositions, sur ce seul fondement et pour ce seul motif, sans qu'elle ait à porter une appréciation sur la gravité des faits reprochés et le lien de ces faits avec l'usage d'une arme, d'ordonner le dessaisissement des armes et munitions détenues par l'intéressé et de lui interdire d'acquérir de nouvelles armes, quelle qu'en soit la catégorie. Ainsi, dès lors que la préfète de l'Aube était en situation de compétence liée pour prendre l'arrêté en litige, le moyen soulevé par le requérant est inopérant.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du

13 novembre 2023 de la préfète de l'Aube doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Bénédicte Alibert, première conseillère,

M. Oscar Alvarez, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le rapporteur,

O. ALVAREZ

Le président,

O. NIZETLa greffière,

N. MASSON

La République mande et ordonne au préfet de l'Aube en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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