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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400026

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400026

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 9 octobre 2023, par lequel le préfet du Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ou à défaut de réexaminer sa situation administrative, dans un délai de deux mois à compter de la même notification sous la même astreinte et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) que le versement, à son conseil, d'une somme de 1 800 euros, soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet du Maine-et-Loire du pouvoir discrétionnaire de régularisation dont il dispose ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2024, le préfet du Maine-et-Loire, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête de M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 décembre 2023.

Par ordonnance du 22 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

25 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Oscar Alvarez, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 13 juillet 1999, est entré sur le territoire français le 22 juillet 2022 sous couvert d'un visa valable du 3 juillet 2022 au 29 décembre 2022, afin d'effectuer en France un stage universitaire d'une durée de trois mois. M. B a sollicité le préfet du Maine-et-Loire afin qu'il fasse usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation pour une admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale ou en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 9 octobre 2023, le préfet du Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. Par le présent recours, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de séjour

2. La décision de refus de séjour contestée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, sans revêtir un caractère stéréotypé. Le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. B soutient qu'il justifie du caractère réel et sérieux de ses études en Algérie, qu'il a brillamment obtenu son année de licence 3 Informatique à la faculté de sciences d'Angers au terme de l'année universitaire 2022-2023, qu'il est inscrit en Master 2 Informatique, parcours intelligence artificielle pour l'année 2023-2024 au sein de l'université Reims-Champagne-Ardenne. En outre, il se prévaut d'une maîtrise parfaite de la langue française en produisant un test de connaissance du français auquel il a obtenu le niveau C2 et disposer d'une prise en charge financière grâce à un proche. Enfin, il estime adhérer aux valeurs de la République française, ne pas vivre en état de polygamie et ne pas être connu des services de police ni de la justice confirmant sa parfaite insertion dans la société française. Toutefois, entré sur le territoire en juillet 2022 pour y effectuer un stage dans le cadre de ses études, sa présence en France est récente et s'est prolongée irrégulièrement à l'issue de l'expiration de son visa de quatre-vingt-dix jours. Il est célibataire, sans enfant, et ne produit aucun élément propre à caractériser la nature et l'intensité des liens privés et familiaux qu'il a pu développer sur le territoire français. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où vit sa famille. Dans ces conditions, et en tout état de cause, le préfet du Maine-et-Loire n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision de refus de séjour a été prise.

5. En se bornant à invoquer la méconnaissance par le préfet du Maine-et-Loire de son pouvoir de régularisation, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir que le préfet aurait méconnu ledit pouvoir.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant le séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français

7. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour serait entachée d'une illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, motif pris de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le préfet du Maine-et-Loire n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ni commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le délai de retour

11. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision invoquée à l'encontre de la décision fixant le délai de retour ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination

12. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision invoquée à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 octobre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

O. ALVAREZ

Le président,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I. DELABORDE

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