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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400037

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400037

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHAMI-ZNATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2023, M. E B, représenté par Me Hami-Znati, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été édicté par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il a été privé du droit d'être entendu ;

- le préfet de la Marne n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

La requête de M. B a été transmise au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 17 janvier 2024 la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2024, à 12 heures.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par décision du 24 novembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Henriot, conseiller,

-les observations de Me Hami-Znati, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant égyptien né en 1998, déclare être entré en France au mois d'août 2017. Le 13 juillet 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 19 octobre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Par un arrêté du 18 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, M. A C, préfet de la Marne, a donné à M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture de la Marne et signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions du représentant de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. L'arrêté contesté vise les dispositions dont il est fait application, notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et rappelle les conditions de séjour de M. B en France. Dès lors, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont, ainsi, suffisamment motivées. Par ailleurs, il ne résulte ni de cette motivation, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Marne aurait négligé de procéder à un examen approfondi de la situation personnelle de M B.

4. Les décisions en litige ont été édictées à la suite d'une demande de M. B. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas été entendu préalablement l'édiction de ces décisions doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. Pour justifier des circonstances exceptionnelles qu'il invoque, M. B se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, de plus de 6 ans, de ses efforts d'insertion dans la société française notamment par l'apprentissage de la langue, d'une activité professionnelle établie par la production de fiches de paie afférentes à un contrat de travail à durée indéterminée au sein de l'entreprise AM RENOVATION entre février 2021 et mars 2022, d'un compte en banque en France, de la présence de son demi-frère, dont la régularité du séjour sur le territoire français n'est pas démontrée, et d'une promesse d'embauche en qualité de peintre d'intérieur et d'enduiseur. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à établir que sa situation répond à des considérations humanitaires ou que son admission au séjour se justifie au regard de motifs exceptionnels. Dès lors, le préfet de la Marne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il n'a pas davantage entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation de l'intéressée.

7. M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 9 du code civil.

8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B se prévaut d'une promesse d'embauche, de la circonstance qu'il dispose d'un logement depuis le 19 septembre 2023, de la durée de sa présence, de celle de son demi-frère et de sa volonté d'intégration. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B, dont la présence en France est attestée à partir de 2017, est célibataire et sans enfant. Si M. B se prévaut de la présence de son demi-frère qui, tout comme lui, est en situation irrégulière sur le territoire français, et du fait que l'état de son frère nécessiterait sa présence en France, il ne l'établit pas. De plus, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans et où résident ses parents et ses frères et sœurs. Dans ces conditions, et en dépit de la durée du séjour en France de l'intéressé, l'arrêté du préfet de la Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris et, par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaitrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. La décision de refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l'illégalité de cette décision.

11. Il résulte de ce tout qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de la Marne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de M. B doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais du litige :

13. Le requérant étant, dans la présente instance, la partie perdante, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Hami-Znati

et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

Mme Alibert, première conseillère,

M. Henriot, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

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