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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400052

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400052

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400052
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantRAYMOND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2400053, enregistrée le 8 janvier 2024, Mme F E, représentée par Me Raymond, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui octroyer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, au besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par un auteur dont la compétence n'est pas démontrée ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé et sa motivation est stéréotypée ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

II. Par une requête n°2400052, enregistrée le 8 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Raymond, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui octroyer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, au besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par un auteur dont la compétence n'est pas démontrée ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé et sa motivation est stéréotypée ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de M. C, assisté d'un interprète en langue russe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. C et Mme E, de nationalité russe, sont entrés sur le territoire français le 17 septembre 2022. Ils ont sollicité des autorités françaises leur admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans leur pays d'origine. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 février 2023, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 21 novembre 2023. Par arrêtés du 12 décembre 2023, la préfète de l'Aube les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé leur pays de destination. Les intéressés demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande des requérants, il y a lieu de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Par un arrêté du 18 avril 2023, régulièrement publié le 27 avril 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Aube a, dans son article 1er, donné délégation à M. Mathieu Orsi, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception des actes mentionnés à l'article 2 et au nombre desquels ne figurent pas les mesures prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. A, signataire de l'arrêté attaqué, manque en fait et doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. Les arrêtés querellés mentionnent les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle des requérants. Il ne ressort pas de cette motivation, conforme aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, que la préfète se soit abstenue de procéder à un examen particulier et approfondi de leur situation. Cette motivation, qui n'est pas stéréotypée, révèle qu'il a été procédé à un examen particulier de leur situation. En conséquence, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, de même que le moyen tiré de ce que la motivation serait stéréotypée, ne peuvent qu'être écartés.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C et Mme E déclarent être entrés en France le 17 septembre 2022. Ils n'établissent pas entretenir des relations stables et intenses avec des personnes séjournant régulièrement sur le territoire français, ni être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine. S'ils se prévalent de la présence de leurs enfants en France, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation et qu'ils méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

11. Les requérants se bornent, au cours de l'audience, à se prévaloir de craintes de menaces et de persécutions en cas de retour en Russie, en raison, notamment, de publications que M. C aurait postées sur les réseaux sociaux revendiquant son opposition à la guerre en Ukraine. Toutefois, par une décision de rejet du 22 février 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, a relevé que l'intéressé n'a fourni aucune information concrète sur la forme ou le contenu de ces publications et s'est limité à des considérations évasives. Cette décision de rejet a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 21 novembre 2023. Elle n'est pas sérieusement remise en cause par la requête, qui n'évoque pas ce point, ni par les pièces versées au dossier. Dans ces conditions, les requérants n'établissent pas que la préfète aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les pièces versées au dossier ne permettent pas davantage d'établir la réalité des craintes dont ils se prévalent. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués seraient entachés d'une erreur manifeste d'appréciation et qu'ils méconnaîtraient les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes de M. C et Mme E doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction des requérants doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais du litige :

14. M. C et Mme E étant, dans la présente instance, les parties perdantes, leurs conclusions présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle est accordée à titre provisoire à Mme F E et à M. B C.

Article 2 : Les requêtes de M. C et Mme E sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, à M. B C, à Me Raymond et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

A. D

La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s 2400052 et 2400053

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