lundi 22 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400066 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MCMB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 janvier 2024 M. B A, représenté
par Me Bricout demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet de la Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas de défaut d'exécution volontaire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Bricout au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;
M. A soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ;
- l'arrêté méconnait l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet de la Marne n'apporte pas d'élément de nature à remettre en cause son identité et son âge ;
- l'arrêté méconnait l'autorité de la chose jugée par l'arrêt de la cour d'appel de Nancy en date du 27 juin 2023.
Le préfet de la Marne a produit des pièces enregistrées le 14 février 2023.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Alibert, première conseillère,
- et les observations de Me Bricout, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen déclare être né le 1er juillet 2003 et être entré irrégulièrement sur le territoire français le 23 décembre 2018. Il a été placé auprès du service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Marne et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 16 juillet 2021, sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 31 octobre 2023, le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné en cas de défaut d'exécution volontaire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".
3. Pour annuler pour excès de pouvoir le refus de délivrance de titre de séjour, la cour administrative d'appel de Nancy, par son arrêt du 27 juin 2023, devenu définitif, s'est notamment fondée sur le motif tiré de ce que si le préfet de la Marne contestait l'authenticité d'un jugement supplétif du 10 décembre 2019 tenant lieu d'acte de naissance n° 1797 et la copie intégrale d'acte de naissance n° 1090 en produisant notamment un rapport technique documentaire réalisé le 9 août 2021 par un analyste en fraude documentaire et à l'identité de la direction zonale de la police aux frontières Est, M. A avait produit une expédition certifiée conforme du jugement supplétif n° 1797 du 10 décembre 2019 portant une double légalisation. La cour administrative d'appel en avait déduit que les éléments relevés dans le rapport technique documentaire ne suffisaient pas à établir le caractère contrefait des documents et avait considéré que c'était à tort que le préfet de la Marne avait estimé que M. A ne justifiait pas de son état civil.
4. L'autorité de chose jugée s'attachant au dispositif de ce jugement d'annulation devenu définitif ainsi qu'aux motifs qui en sont le support nécessaire faisait obstacle à ce que, en l'absence de modification de la situation de droit ou de fait, le titre de séjour sollicité soit à nouveau refusé par l'autorité administrative pour un motif identique à celui qui avait été censuré par la cour administrative d'appel.
5. Le préfet de la Marne s'est fondé, pour refuser, le 31 octobre 2023, la délivrance d'un titre de séjour, sur un rapport d'examen technique documentaire de la direction zonale de la police aux frontières est en date du 5 septembre 2023 portant sur l'analyse d'un jugement supplétif d'acte de naissance n° 1797 et d'une copie intégrale d'acte de naissance n° 1090, pièces déjà produites lors de la précédente demande de titre, et sur un passeport remis par M. A lors de sa dernière demande de titre et en a conclu que ces éléments, de nature à entrainer une saisine du procureur de la République pour des faits de faux, faisaient naître un doute sérieux sur l'identité de M. A. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport d'examen technique de la police aux frontières que le seul argument au soutien de l'hypothèse d'une obtention indue du passeport réside dans le supposé défaut d'authenticité du jugement supplétif d'acte de naissance n° 1797 et de la copie intégrale d'acte de naissance n° 1090. En s'affranchissant ainsi de l'autorité de la chose jugée s'attachant à l'arrêt définitif de la cour administrative d'appel de Nancy, sans relever d'élément nouveau qui serait de nature à affecter l'authenticité et la force probante du jugement supplétif d'acte de naissance n°1797, le préfet de la Marne a méconnu l'autorité de la chose jugée attachée aux motifs de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Reims en date du 27 juin 2023.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 octobre 2023, par lequel le préfet de la Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.
8. Il résulte de l'instruction que M. A, qui est entré en France avant l'âge de seize ans et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance, a sollicité un titre de séjour le 16 juillet 2021. M. A venait alors d'obtenir un certificat d'aptitude professionnelle de peintre et se préparait à intégrer un brevet professionnel en peinture en alternance entre le lycée Yser et l'entreprise Pol Simon. Il poursuit un parcours d'alternant. Dans ces conditions, le requérant pouvait se voir délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'administration de délivrer au requérant un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bricout, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Bricout de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Marne du 31 octobre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de délivrer à M. A un titre de séjour portant
la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Bricout, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Bricout renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bricout et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps , président,
Mme Alibert, première conseillère,
M. Henriot, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.
La rapporteure,
signé
B. ALIBERT
Le président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
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