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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400123

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400123

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 18 janvier 2024 sous le n°2400124, Mme A D E C, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé de son transfert aux autorités portugaises ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de se déclarer compétente pour examiner sa demande d'asile sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen complet ;

- le droit à l'information prévu à l'article 4 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 a été méconnu ;

- elle n'a pas bénéficié de l'entretien prévu par l'article 5 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 et cet entretien ne s'est pas déroulé dans les conditions prévues par cet article ;

- les informations prévues à l'article 29 du règlement (UE) n°603/2013 ne lui ont pas été délivrées ;

- la préfète du Bas-Rhin a commis une erreur de droit en fondant la décision sur le paragraphe 4 de l'article 12 du règlement alors qu'elle est titulaire d'une attestation de demandeur d'asile valant autorisation provisoire de séjour ;

- l'arrêté a été pris en méconnaissance des dispositions des articles 16, 17.1 et 17.2 du règlement (UE) du 26 juin 2013, en l'absence d'application à son égard de la clause humanitaire, dès lors qu'elle est suivie sur un plan médical en France où sa sœur bénéficie du statut de réfugié ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- il convenait de faire application des articles 9 et 11 du règlement (UE) du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que la préfète n'a pas tenu compte de sa capacité à voyager.

Par un mémoire enregistré le 23 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 18 janvier 2024 sous le n°2400123, Mme A D C, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assignée à résidence dans le département de la Marne pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable trois fois en lui faisant obligation de se présenter au commissariat de police de Reims tous les jours sauf le dimanche, entre 9 heures et 10 heures ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen complet ;

- elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 23 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Deschamps, président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 janvier 2024 :

- le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné,

- et les observations de Me Gabon, représentant Mme C qui reprend ses observations écrites et précises, s'agissant de la décision de transfert, qu'il n'est pas établi que l'interprète qui l'a assistée lors de l'entretien ait été qualifié, que le compte-rendu de cet entretien ne fait pas état de la présence de sa sœur en France, qu'il n'est pas établi qu'elle ait eu toutes les pages des brochures qui lui ont été remises, qu'elle n'a pas pu s'établir chez sa sœur à Troyes dès lors que cela l'aurait privée du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, que sa sœur la soutient dès lors qu'elle parle portugais et qu'elle souffre de maux de ventre. S'agissant de la décision d'assignation à résidence, Me Gabon soutient en outre que celle-ci est illégale du fait de l'illégalité de la décision de transfert, et précise qu'elle ne se soustrait pas à la décision de transfert. Mme C, assistée de M. B, interprète en langue portugaise, précise que ses douleurs au ventre sont antérieures à son arrivée en France.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

1. Les requêtes enregistrées sous le n°2400123 et 2400124 émanent d'une même requérante et présentent à juger des questions communes. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

2. Mme C, ressortissante angolaise née le 24 mars 1999, dit être entrée en France dans le courant de l'année 2023, et a demandé à bénéficier du droit d'asile. La préfète du Bas-Rhin lui a remis le 18 septembre 2023 une attestation de demande d'asile. Les autorités portugaises ayant donné le 23 novembre 2023 leur accord pour la prise en charge de l'intéressée, la préfète du Bas-Rhin, aux termes de l'arrêté attaqué du 9 janvier 2024, a décidé le transfert de Mme C à ces autorités, désignées responsables de l'examen de sa demande d'asile. La requérante demande l'annulation de cet arrêté ainsi que de l'arrêté du même jour par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assignée à résidence dans le département de la Marne pendant une durée de quarante-cinq jours renouvelable trois fois en lui faisant obligation de se présenter au commissariat de police de Reims tous les jours sauf le dimanche entre 9 heures et 10 heures.

Sur l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande de la requérante, il y a lieu de lui accorder à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de la décision de transfert :

4. L'arrêté en litige comporte mention des éléments de fait et de droit sur lesquels la préfète du Bas-Rhin s'est fondée pour prendre sa décision. Il est, par suite, suffisamment motivé et cette motivation révèle un examen personnalisé de la situation de l'intéressée.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a été reçue dans le cadre d'un entretien individuel le 18 septembre 2023 conduit par un agent qualifié de la préfecture de la Marne assisté d'un interprète en langue portugaise et dont elle a eu connaissance du résumé. La requérante s'est par ailleurs vu remettre le 18 septembre 2023 la brochure A " j'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et la brochure B " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", rédigées en portugais. La requérante a apposé sa signature sur ces brochures, ce qui permet d'établir la délivrance des informations contenues dans ces brochures, et il ne saurait être inféré de l'absence d'indication du nombre de pages de la brochure en langue portugaise que la requérante en aurait eu une version incomplète. Il en résulte que Mme C n'est pas fondée à soutenir ni qu'elle n'aurait pas été informée de la procédure envisagée ni que son droit à l'information aurait été méconnu du fait que cette information lui aurait été délivrée dans une langue qu'elle ne comprend pas, la seule circonstance que l'interprète n'aurait pas été qualifié ne pouvant pas en soi faire obstacle à une traduction compréhensible. Il résulte de ce qui précède que l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 auraient été méconnus.

6. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride et relatif aux demandes de comparaison avec les données d'Eurodac présentées par les autorités répressives des États membres et Europol à des fins répressives : " 1. Toute personne relevant de l'article 9, paragraphe 1, de l'article 14, paragraphe 1, ou de l'article 17, paragraphe 1, est informée par l'Etat membre d'origine par écrit et, si nécessaire, oralement, dans une langue qu'elle comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'elle la comprend : a) de l'identité du responsable du traitement au sens de l'article 2, point d), de la directive 95/46/CE, et de son représentant, le cas échéant ; b) de la raison pour laquelle ses données vont être traitées par Eurodac, y compris une description des objectifs du règlement (UE) n° 604/2013, conformément à l'article 4 dudit règlement, et des explications, sous une forme intelligible, dans un langage clair et simple, quant au fait que les Etats membres et Europol peuvent avoir accès à Eurodac à des fins répressives ; c) des destinataires des données ; d) dans le cas des personnes relevant de l'article 9, paragraphe 1, ou de l'article 14, paragraphe 1, de l'obligation d'accepter que ses empreintes digitales soient relevées ; e) de son droit d'accéder aux données la concernant et de demander que des données inexactes la concernant soient rectifiées ou que des données la concernant qui ont fait l'objet d'un traitement illicite soient effacées, ainsi que du droit d'être informée des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris les coordonnées du responsable du traitement et des autorités nationales de contrôle visées à l'article 30, paragraphe 1. () / 3. Une brochure commune, dans laquelle figurent au moins les informations visées au paragraphe 1 du présent article et celles visées à l'article 4, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 est réalisée conformément à la procédure visée à l'article 44, paragraphe 2, dudit règlement. () ".

7. A la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013, a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Ainsi, si Mme C entend se prévaloir de l'article 29 cité au point précédent, la méconnaissance de l'obligation d'information qu'il consacre ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles l'Etat français transfère un demandeur d'asile aux autorités compétentes pour examiner sa demande. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. D'une part, aux termes du 4 de l'article 12 du règlement du 26 juin 2013 :

" Si le demandeur est seulement titulaire () d'une ou plusieurs visas périmés depuis moins

de six mois lui ayant permis d'entrer sur le territoire d'un Etat membre, les paragraphes 1, 2 et3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des Etats membres. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ". Aux termes de l'article L. 571-1 du même code :

" () Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat () ".

9. L'attestation de demande d'asile délivrée à Mme C

le 19 octobre 2023 l'a été sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non sur celles de l'article L. 541-2 du même code, et n'a pas eu pour effet de rendre responsables les autorités françaises

de l'examen de la demande d'asile de la requérante. Il est constant que Mme C bénéficiait d'un visa délivré par les autorités portugaises qui avait expiré depuis moins de six mois au moment du dépôt de sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié. Dès lors, les autorités portugaises étaient, en vertu des dispositions précitées du 4 de l'article 12 du règlement du 26 juin 2013, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

10. Aux termes de l'article 9 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit. ".

11. A supposer que la requérante entende invoquer la méconnaissance de ces dispositions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle en aurait demandé par écrit l'application.

12. Aux termes de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit. () ".

13. La seule présence de la sœur de la requérante en France, à supposer que celle-ci vienne en aide à celle-ci pour ses démarches, ne suffit pas à établir que Mme C relèverait de ces dispositions.

14. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. () ".

15. Mme C se prévaut de troubles de santé qui la rendraient vulnérable, mais elle n'apporte aucune précision ni aucune justification des maux de ventre dont elle se plaint, alors qu'elle a indiqué à l'audience que ceux-ci préexistaient à sa venue en France. Elle invoque également la présence en France de sa sœur, dont elle affirme qu'elle bénéficie du statut de réfugié, mais, compte tenu du caractère récent de son arrivée en France, la mesure en cause ne méconnait pas les dispositions citées au point précédent. Pour les mêmes raisons, elle ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. En l'absence de précision sur les troubles de santé dont souffrirait la requérante, la requérante n'est pas fondée à soutenir que ces stipulations auraient été méconnues ni que la préfète du Bas-Rhin se serait méprise sur sa capacité à voyager.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête n°2400124 tendant à l'annulation de la décision de transfert de Mme C aux autorités portugaises doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision d'assignation à résidence :

19. En premier lieu, l'arrêté en cause comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et alors que cette motivation n'est nullement stéréotypée, elle satisfait aux exigences du code des relations entre le public et l'administration en la matière.

20. En deuxième lieu, il ressort de l'ensemble des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative assigne à résidence un ressortissant étranger. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne peut être utilement invoqué par Mme C. Par suite, elle ne peut utilement soutenir qu'elle n'a pas bénéficié de la procédure contradictoire prévue par ces dispositions ni qu'elle a été privée de l'assistance d'un interprète qualifié à cette occasion.

21. En troisième lieu, dès lors que la légalité d'une décision administrative s'apprécie à la date de son édiction, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été prise le même jour que la décision ordonnant son transfert vers les autorités portugaises, d'où il résulte que Mme C n'est pas fondée à se prévaloir du recours contentieux qu'elle a formé à l'égard de la seconde décision pour critiquer la légalité de la première.

22. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. () / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable () ". Il résulte de ces dispositions que la requérante n'est pas fondée à invoquer l'illégalité de la décision d'assignation à résidence du seul fait que l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile avait été identifié.

23. En cinquième lieu, si la décision en cause fait obstacle à ce que la requérante puisse rendre visite à sa sœur, établie dans l'Aube, elle ne s'oppose pas à ce que cette dernière vienne lui rendre visite dans la Marne. Par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

24. Enfin, la décision de transfert n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de son illégalité ne peut qu'être écarté.

25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision d'assignation à résidence doivent être rejetées.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme C doivent être rejetées, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de Mme C sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D E C et à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 24 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

A. DESCHAMPS

La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s2400123 et 2400124

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