jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400138 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LOMBARDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 17 janvier 2024, 26 janvier 2024 et 8 février 2024, M. A C B, représenté par Me Lombardi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît son droit d'être entendu ;
- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C B ne sont pas fondés.
M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 janvier 2024.
Par ordonnance du 4 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 mars 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mach, présidente,
- et les observations de M. C B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant vénézuélien né en 2004, est entré en France le 5 mai 2022 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 25 août 2022, M. C B a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides en date du 9 janvier 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 août 2023. Le 2 novembre 2023, M. C B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 28 décembre 2023, dont M. C B demande l'annulation, la préfète de l'Aube a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. L'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Par suite, M. C B, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu.
4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
5. M. C B se prévaut de son entrée en France en mai 2022 pour rejoindre sa sœur ainsi que de sa scolarité manifestée par son apprentissage du français, par son cursus en première et en terminale et son souhait de poursuivre des études supérieures. S'il fait valoir qu'il ne s'est pas soustrait à une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas reçue, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté de la préfète de l'Aube du 19 septembre 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français a été notifié à l'adresse communiquée par l'intéressé et a été retournée par les services postaux avec la mention " pli avisé, non réclamé ". La circonstance alléguée que sa vie serait menacée dans son pays d'origine en raison de la guérilla qui l'a contraint de travailler en Colombie et qu'il est dans l'impossibilité d'y retourner ne suffit pas à justifier qu'il puisse bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, et en dépit de sa scolarisation, ces circonstances ne suffisent pas à établir que la situation de M. C B répond à des considérations humanitaires ou que son admission au séjour se justifie au regard de motifs exceptionnels. Par suite, la préfète de l'Aube n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de M. C B ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'annexe 10 audit code, le demandeur d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 doit produire un " justificatif de moyens d'existence suffisants () : si vous êtes boursier du gouvernement français ou bénéficiaire de programmes européens, un justificatif de cette situation ; () ".
7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à M. C B, le préfet de la Marne s'est fondé sur deux motifs tirés de l'absence de ressources suffisantes et de son entrée sous couvert d'un visa de court séjour.
8. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que M. C B est titulaire d'une bourse nationale d'études du second degré de lycée d'un montant annuel de 993 euros, soit 331 euros par trimestre. Si la préfète de l'Aube fait valoir que les bourses octroyées par le ministère de l'éducation nationale, qui sont distinctes de celles allouées aux étudiants étrangers par le ministère des affaires étrangères, ne peuvent être prises en compte pour justifier de moyens d'existence suffisants au sens de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'assortit cette allégation d'aucune précision ni justification, notamment juridique, alors que l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit au titre des justificatifs de moyens d'existence suffisants le fait d'être boursier du gouvernement français. Par suite, la préfète de l'Aube ne pouvait se fonder sur ce motif pour opposer un refus sur le fondement de l'article L. 422-1.
9. Toutefois, il n'est pas contesté que M. C B ne satisfait pas à la condition de production d'un visa de long séjour en application des articles L. 412-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de l'instruction que la préfète de l'Aube aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ce seul motif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
11. M. C B est entré en France le 5 mai 2022, soit depuis un an et sept mois à la date de la décision attaquée. L'intéressé est inscrit en classe de terminale et effectue du bénévolat depuis le mois d'octobre 2023. Il se prévaut de la présence de sa sœur, en situation régulière, qui l'héberge. Si une attestation fait état d'une relation avec une ressortissante française, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité et l'ancienneté de cette relation dont il ne se prévaut au demeurant pas dans ses écritures. L'intéressé n'est pas isolé dans son pays d'origine ou il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans et où résident encore ses parents ainsi que son frère. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. M. C B soutient qu'il craint pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine où il a été enrôlé de force par la guérilla, laquelle l'a contraint à travailler en Colombie et à combattre. Toutefois, il n'apporte à l'appui de ses allégations aucun élément de nature à établir qu'il encourrait des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Au surplus, sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 9 janvier 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 août 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. C B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Laura Lombardi et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
M. Rifflard, conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
Signé
R. RIFFLARDLa présidente-rapporteure,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026