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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400144

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400144

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400144
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Parison, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Aube lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Aube l'a assigné à résidence dans le département de l'Aube en lui faisant obligation de se présenter à 9 heures les mardis, mercredis, jeudis et vendredis à la gendarmerie de Romilly-sur-Seine ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer dans un délai de quinze jours une carte de séjour temporaire sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 13 août 2021 ne lui a pas été notifiée ;

- les décisions de refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elles méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elles sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Deschamps pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 23 janvier 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien qui dit être entré en France le 8 décembre 2010, expose avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 5 avril 2022 et que le préfet du Val-de-Marne l'aurait obligé le 13 août 2021 à quitter le territoire français en lui interdisant le retour pour une durée de deux ans par un arrêté qui ne lui aurait pas été notifié. Il demande l'annulation d'un premier arrêté de la préfète de l'Aube du 19 janvier 2024 par lequel celle-ci lui aurait refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et d'un second arrêté de même date par lequel la préfète de l'Aube l'a assigné à résidence dans le département de l'Aube en lui faisant obligation de se présenter à présenter à 9 heures les mardis, mercredis, jeudis et vendredis à la gendarmerie de Romilly-sur-Seine.

Sur l'étendue des conclusions relevant du magistrat désigné :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière, les requêtes dirigées contre les décisions faisant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur ce territoire prises à son encontre, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination ainsi que la décision d'assignation à résidence doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger placé en centre de rétention administrative ou assigné à résidence à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif.

3. En l'espèce, en raison de la mesure d'assignation à résidence prononcée à l'encontre de M. A, il y a lieu pour le juge compétent au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du 24 novembre 2023 obligeant l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi, l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, et l'assignant à résidence. En revanche, les conclusions à fin d'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions à fin d'injonction qui y sont liées demeurent de la compétence de la formation collégiale du tribunal dès lors que l'obligation de quitter le territoire français en litige a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ces conclusions, ainsi que les conclusions tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal compétent.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

4. En premier lieu, à supposer qu'une décision du 13 août 2021 obligeant le requérant à quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour pour une durée de deux ans ne lui ait pas été notifiée, cette circonstance est sans incidence sur la légalité des décisions en cause, dès lors qu'elle ne constitue pas la base légale de ces décisions.

5. En deuxième lieu, les arrêtés en litige comportent la mention des éléments de fait et de droit sur lesquels la préfète de l'Aube s'est fondée pour prendre sa décision. Ils sont, par suite, suffisamment motivés.

6. En troisième lieu, le requérant invoque son intégration dans la société française, la présence en France de son épouse et l'absence de menace à l'ordre public. Il ne peut toutefois utilement fonder son argumentation sur les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont abrogées depuis le 1er mai 2021.

7. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 435-1 du même code, qui sont relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, ne peuvent pas être utilement invoquées à l'encontre de décisions d'obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination de cet éloignement et d'interdiction de retour sur le territoire français. Il en va de même de l'invocation de la circulaire n° NOR INTK 1229185 C du 28 novembre 2012.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. Le requérant invoque la présence en France de son épouse et de leurs cinq enfants nés en 2009, 2011, 2014, 2016 et 2022 et qui, pour les quatre premiers, y sont scolarisés. Il n'apporte cependant aucun élément permettant de remettre en cause le caractère irrégulier du séjour de son épouse, également de nationalité tunisienne. Ainsi, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Tunisie. Si M. A fait également état de troubles de santé, les affections pneumologiques dont il atteste datent de 2011, et il ressort des pièces du dossier que l'épilepsie dont souffre son épouse est stabilisée par le traitement qui lui est prescrit, le requérant ne soutenant au demeurant pas que ces troubles ne pourraient pas être pris en charge en Tunisie. Si le requérant a conclu en novembre 2019 avec une société du Val-de-Marne, département où il résidait, un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de chef de chantier, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette relation de travail se soit poursuivie après que le requérant s'est établi dans l'Aube à l'été 2023, alors qu'il produit les statuts d'une société de vente et de réparation automobile qu'il a signés le 30 juin 2023. Enfin, malgré l'ancienneté de son séjour en France, M. A ne produit aucun autre élément qui attesterait de liens qu'il aurait pu y nouer. Au vu de l'ensemble de ces éléments, la décision d'éloignement ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes raisons, elle n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

10. En sixième lieu, pour les motifs retenus au point précédent, les décisions en cause ne portent pas atteinte à l'intérêt supérieur des cinq enfants du requérant, et ne méconnaissent ainsi pas les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. Enfin, les stipulations de l'article 9 de la convention relative aux droits de l'enfant créent seulement des obligations entre Etats. Dès lors, le requérant ne peut utilement invoquer les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations.

12. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. A doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à B A et à la préfète de l'Aube.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 24 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

A. DESCHAMPSLa greffière,

signé

I. DELABORDE

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