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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400149

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400149

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantANTON-ROMANKOW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 janvier 2024 et 22 mai 2024, M. C B, représenté par Me Anton-Romankow, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une carte de séjour temporaire, sous astreinte à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente, dès lors que la délégation de signature de cette dernière n'est pas établie ;

- il est insuffisamment motivé au regard des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;

- il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- et les observations de Me Anton-Romankow, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 10 septembre 2001, déclare être entré en France le 17 janvier 2017. Le 21 août 2019, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par arrêté du 28 juin 2021, cette demande a été rejetée et une obligation de quitter le territoire français a été prononcée à son encontre. Il a, de nouveau, sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 12 avril 2022. Par arrêté du 28 juin 2022, cette demande a été rejetée et une obligation de quitter le territoire français a été prononcée à l'encontre de M. B. Ce dernier a présenté une nouvelle demande de délivrance d'un titre de séjour le 16 août 2023. Par arrêté du 19 décembre 2023, la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 14 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Aube le même jour, la préfète de l'Aube a donné délégation à Mme A D, directrice des services du cabinet, à l'effet de signer, lorsqu'elle assure le service de permanence ainsi qu'en cas d'empêchement concomitant de la préfète et du secrétaire général, notamment les décisions en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les motifs de faits et les textes sur lesquels la préfète de l'Aube s'est fondée pour prendre les décisions en litige. Il est donc suffisamment motivé. Par ailleurs, cette motivation ne revêt pas, contrairement à ce que soutient le requérant, un caractère stéréotypé, et permet d'établir que la préfète de l'Aube s'est prononcée au regard des éléments qui avaient été produits dans le cadre de la demande de délivrance du titre de séjour déposée par M. B, en procédant à un examen particulier de sa situation. Ces moyens doivent dès lors être écartés.

4. En troisième lieu, M. B soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. D'une part, la procédure contradictoire prévue par ces dispositions n'est pas applicable aux décisions statuant sur une demande. Par suite, M. B ne peut utilement les invoquer à l'encontre de la décision rejetant sa demande de titre de séjour. D'autre part, il ressort des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait davantage être utilement invoqué à l'égard des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et faisant interdiction à M. B de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit dès lors être écarté comme inopérant.

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de

l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

6. Il résulte clairement des stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 5 novembre 2014 (Sophie M., C-166/13), que celui-ci s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Dès lors que, en l'espèce, la décision portant refus de délivrer un titre de séjour à M. B, ainsi que celles portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, ont été prises à la suite de la demande de délivrance d'un titre de séjour de l'intéressé et qu'il a pu, dans le cadre de cette demande, présenter ses observations, M. B n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne a été méconnu. Ce moyen doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B est arrivé en France en janvier 2017 et qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur non accompagné, justifiant ainsi de sa présence sur le territoire français depuis presque sept ans à la date de l'arrêté attaqué. S'il justifie avoir suivi une formation de certificat d'aptitude professionnelle de boulanger entre 2020 et 2021, il a cependant échoué aux examens. L'intéressé est titulaire d'un contrat à durée indéterminée conclu à compter du 6 septembre 2021 auprès d'une entreprise de boulangerie auprès de laquelle il avait réalisé son apprentissage à partir du 1er décembre 2018. Cependant, l'intéressé est célibataire et sans enfant à charge et ne justifie pas d'attaches particulières en France. Il ne conteste pas sérieusement être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où la préfète de l'Aube indique que résident notamment ses parents, son frère et sa sœur. Dans ces conditions, et en dépit de la durée de son séjour en France, l'arrêté en litige n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Aube aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle. Ce moyen doit donc être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fins d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Fabienne Anton-Romankow et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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