lundi 5 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400169 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
A une requête, enregistrée le 23 janvier 2024, M. D C, représenté par
Me E, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 24 novembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Marne a prononcé la suspension, pour une durée de quatre mois, de son agrément en tant qu'assistant familial ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Marne de procéder au rétablissement de son agrément dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département de la Marne le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors que la suspension en litige fait obstacle à ce qu'il puisse exercer son activité professionnelle, et met en péril les finances du couple ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle ait été prise par un auteur compétent ; elle n'est pas motivée ; la mesure en litige ne pouvait être prise qu'en cas d'urgence, condition qui n'est pas ici réunie ; les services départementaux n'ont pas recherché si les faits qui lui sont reprochés auraient été de nature à faire obstacle à son agrément.
A un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2024, le département de la Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que l'urgence n'est pas caractérisée et que les moyens invoqués par
M. C ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2400168 tendant à l'annulation de la décision du
24 novembre 2023.
Vu :
- le code de l'action social et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. B en application de l'article
L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Boia, substituant Mme E, représentant M. C qui reprend à l'oral les moyens et conclusions contenus dans la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est agréé, par le département de la Marne, en qualité d'assistant familial depuis le 1er aout 2016 pour accueillir trois enfants mineurs. En novembre 2023, les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Marne ont reçu communication d'un signalement auprès du procureur de la République pour des faits d'agression sexuelle qui auraient été commis par le requérant sur un des enfants dont il a la garde. Une enquête est alors conduite par ces services qui aboutit à la décision dans la suspension de l'exécution est demandée dans le présent dossier.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que l'exécution de la décision soit suspendue avant l'intervention du jugement de la requête au fond. L'urgence doit être appréciée objectivement et globalement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en prenant en considération l'intérêt général qu'il peut y avoir à maintenir le caractère exécutoire de cette décision.
4. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " () Lorsque la demande d'agrément concerne l'exercice de la profession d'assistant familial, la décision du président du conseil départemental est notifiée dans un délai de quatre mois à compter de cette demande. () / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun ne peut être confié. / Toute décision () de suspension de l'agrément () doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés () ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " En cas de suspension de l'agrément, () l'assistant familial relevant de la présente section est suspendu de ses fonctions par l'employeur pendant une période qui ne peut excéder quatre mois. () Durant la même période, l'assistant familial suspendu de ses fonctions bénéficie du maintien de sa rémunération, hors indemnités d'entretien et de fournitures ".
5. Pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, M. C soutient que la décision en cause fait obstacle à l'exercice de son activité professionnelle. Toutefois, en premier lieu, l'objet de la mesure en litige étant d'interdire la poursuite de l'activité professionnelle d'assistant familial, le simple constat de l'impossibilité de cet exercice ne saurait, en elle-même, caractériser l'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. En second lieu, l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles prévoit que l'assistant familial suspendu bénéficie du maintien de sa rémunération durant la période de suspension, hors indemnités d'entretien et de fournitures. Ces dernières indemnités, distinctes de la rémunération perçue par l'assistant familial, ont pour objet de compenser les frais inhérents à l'entretien des enfants qui lui sont confiés par le département. A suite, la suspension de l'agrément faisant disparaitre la charge compensée par l'indemnité précitée, l'absence de perception de cette dernière ne peut être retenue comme provoquant une perte de revenu. Il ressort des pièces produites par le requérant que ses charges mensuelles sont, au jour de la présente ordonnance, d'environ 1300 euros. Alors que le salaire de M. C était d'environ 5 000 euros par mois, il faut déduire de cette somme, l'indemnité d'entretien des enfants accueillis qui n'a pas vocation à rémunérer l'assistant familial et ajouter les revenus de Mme C qui exerce également la profession d'assistant familial et qui dispose de quatre agréments et accueille au jour de la présente ordonnance, avec l'accord du département, cinq enfants, A suite, elle dégage de son activité des revenus supérieurs à ceux de son mari. Dans ces circonstances, et alors que le département fait valoir sans être contredit que le salaire versé par le département à l'intéressé pendant la période de suspension en application de l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles, est d'un montant de 3040, 06 euros nets mensuels, il ne résulte pas de ces éléments que l'exécution de la mesure en litige serait de nature à compromettre gravement la situation économique du foyer de M. C. L'urgence à suspendre la décision en litige n'est, par suite, pas caractérisée.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension de la décision du 16 octobre 2023 sont rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à sa légalité. A suite, les conclusions d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, également qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1erer : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et au département de la Marne.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 5 février 2024.
Le juge des référés,La greffière,
SignéSigné
O. BH.RAMIREZ
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