mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400185 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | NETRY |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête enregistrée le 25 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Netry, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet des Ardennes a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire national pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, avec dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à Me Netry, sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision de refus de son titre de séjour méconnait les dispositions des articles
L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle est insuffisamment motivée ; aucun examen particulier de sa situation personnelle n'a été effectué ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article 7 b) de l'accord-franco-algérien et de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France, dès lors qu'il justifie de trois années d'activité au sein d'Emmaus Ardennes, depuis le 28 juillet 2020 et de manière probante ; il a subi, en outre, de nombreuses formations ; le préfet a examiné à tort sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code précité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de sa vie professionnelle, de sa résidence habituelle en France depuis 2018 sans interruption ni de son insertion sociale et professionnelle en France, pays dans lequel il a noué des liens ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est insuffisamment motivée ; aucun examen particulier de sa situation personnelle n'a été effectué ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant son titre de séjour ;
- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ; aucun examen particulier de sa situation personnelle n'a été effectué ;
La requête a été communiquée au préfet des Ardennes qui n'a produit aucun mémoire en défense.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 février 2024, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Michel Soistier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, est entré en France le 16 mai 2018. Par un arrêté en date du 19 décembre 2023, le préfet des Ardennes a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire national pendant une durée d'un an. Par la présente requête, il demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté précité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Alors qu'il ressort des pièces du dossier que, par une lettre du 28 août 2023, le requérant a demandé au préfet des Ardennes un titre de séjour sur le fondement de l'article
L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son activité au sein d'Emmaüs Ardennes depuis le 28 juillet 2020, le préfet n'a examiné la demande de l'intéressé qu'au titre de son admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de l'article
L. 435-1 du même code. Dans ces conditions, à supposer même que l'intéressé ne puisse pas se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-2 précitées, l'arrêté contesté doit être annulé, en l'absence d'examen sérieux et complet de sa situation.
3. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet des Ardennes lui a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Le motif de la présente annulation implique un réexamen de la situation de
M. A. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Ardennes de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et dans cette attente, d'octroyer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit besoin d'assortir cette mesure d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
5. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Netry d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 décembre 2023, du préfet des Ardennes, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Ardennes de procéder au réexamen de la situation de
M. B A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Netry, avocat de M. B A, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, la somme de 1 200 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Netry et au préfet des Ardennes.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
Le rapporteur,
M. SOISTIER
Le président,
O. NIZETLa greffière,
N. MASSON
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