mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400205 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête enregistrée le 26 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Mainnevret, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 28 décembre 2023, par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre à titre principal à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour en application de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien et à titre subsidiaire de lui délivrer ce titre en application de l'article 6-5 du même accord ou à défaut de réexaminer sa situation administrative ;
3°) que le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros, soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 du même accord ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 mars 2024, la préfète de l'Aube, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête de M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Oscar Alvarez, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, né le 3 septembre 2001, déclare être entré sur le territoire français en juillet 2018 après son passage par l'Espagne le 28 juin 2018 sous couvert d'un visa court séjour " une entrée quinze jours " valable du 27 juin 2018 au 26 juillet 2018. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 24 septembre 2018. Le préfet de la Loire lui a délivré un récépissé de demande de titre de séjour valable du 24 septembre 2019 au 23 mars 2020. Il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien mention " étudiant " valable du 9 mars 2020 au 8 mars 2021. Ce titre a été renouvelé du 9 mars 2021 au 8 mars 2022 puis du 9 mars 2022 au 30 septembre 2022. Il n'a pas sollicité le renouvellement de ce dernier titre de séjour. Le 23 octobre 2023, il a demandé son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Par un arrêté du 28 décembre 2023, la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. Par le présent recours, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision de refus de séjour
2. Aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles () 7 (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".
3. Pour refuser de délivrer à M. B un certificat de résidence portant la mention " salarié " sur le fondement du b) de l'article 7 et de l'article 9 précités, la préfète de l'Aube a retenu que M. B était entré sur le territoire sous couvert d'un visa de court séjour, qu'il ne disposait pas d'un contrat de travail visé par le service de la main d'œuvre étrangère et n'était pas titulaire d'un CAP pour exercer ce métier. En se bornant à se prévaloir de ce qu'il a été contraint de déposer une demande d'admission au séjour faute d'avoir sollicité le renouvellement de son titre précédent avant son expiration, des circonstances qu'il a préalablement résidé sur le territoire en tant que mineur puis régulièrement en tant que majeur et qu'il dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée, M. B ne conteste pas utilement les motifs de refus qui lui a été opposés en produisant les éléments permettant la délivrance du titre de séjour sollicité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Marne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien.
4. Les stipulations de l'accord cité au point 2 n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Dans ces conditions, il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.
5. M. B fait valoir bénéficier d'un contrat de travail à durée indéterminée signé le 6 octobre 2023 en tant que coiffeur et qu'il appartenait aux services de la préfecture de soumettre son contrat de travail et le CERFA joints à sa demande au service de la main d'œuvre étrangère. Toutefois, aucune stipulation législative ou réglementaire n'impose au préfet saisi par un étranger déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d'un visa de long séjour d'examiner la demande d'autorisation de travail ou de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance du titre de séjour. Par ailleurs, il ne résulte pas des circonstances invoquées par le requérant qu'en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation, la préfète de l'Aube aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
6. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".
7. M. B se prévaut de sa présence sur le territoire depuis cinq ans, de ses certificats de résidence renouvelés jusqu'au 30 septembre 2022, de son intégration sur le territoire en s'inscrivant à une formation qualifiante et de diverses expériences professionnelles accumulées. Toutefois, M. B, célibataire et sans enfant, n'établit pas avoir tissé en France des liens d'une intensité et d'une stabilité particulières, ni être dépourvu d'attaches privées et familiales en Algérie, son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 16 ans et où résident ses parents et ses trois frères et sœurs. Dans ces conditions, la décision de la préfète de l'Aube n'a pas porté à son droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel cette décision de refus de séjour a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant le séjour.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français
9. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour serait entachée d'une illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, motif pris de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. En se bornant à indiquer qu'il n'a plus de contacts avec sa famille en Algérie depuis son départ en 2018 au regard du climat de violence existant au sein du foyer et à produire une licence de pratique du football et des attestations de proches rédigées en termes généraux, établies au demeurant postérieurement à la décision en litige, en sus des éléments dont il s'est prévalu au point 7, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Aube aurait porté au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 28 décembre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
O. ALVAREZ
Le président,
Signé
O. NIZETLa greffière,
Signé
I. DELABORDE
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