jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400221 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 janvier 2024 et 7 avril 2024, M. C, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de procéder à la suppression de son signalement dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'article L. 435-1 du même code, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de l'Aube de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente, dès lors que la délégation de signature de cette dernière n'est pas établie ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et impartial de sa situation ;
- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 et de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant fixation du pays de destination :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entache, par voie d'exception, cette décision d'illégalité ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français l'entache, par voie d'exception, d'illégalité ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle retient à tort qu'il n'aurait pas eu de droit au séjour depuis 2016 ;
- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 11 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rifflard, conseiller,
- et les observations de Me Milly, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né le 6 janvier 2001, déclare être entré en France en dernier lieu en avril 2016. L'intéressé a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 21 mars 2019 au 20 mars 2020. Par arrêté du 13 février 2020, le préfet de l'Aube a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 10 janvier 2022, le préfet de l'Aube a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour d'une durée de deux ans. Le 11 octobre 2023, il a de nouveau sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture de l'Aube. Par un arrêté du 28 décembre 2023, la préfète de l'Aube a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par sa requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 18 avril 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture et mentionné dans l'arrêté attaqué, la préfète de l'Aube a, dans son article 1er, donné délégation à M. Mathieu Orsi, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des actes visés dans l'article 2 et parmi lesquels ne figurent pas les mesures prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, la décision en litige énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La préfète de l'Aube, qui n'était pas tenue de faire référence, de manière exhaustive, à l'ensemble des éléments portés à sa connaissance sur la situation personnelle de M. A, a ainsi suffisamment motivé cette décision. Le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit donc être écarté.
4. Par ailleurs, il ressort des termes de la décision en litige que la préfète de l'Aube a, notamment, pris en compte la date de la première arrivée en France de M. A en 2012, ses conditions de séjour et sa situation administrative jusqu'à sa demande de délivrance du titre de séjour en litige, le certificat d'aptitude professionnelle qu'il a obtenu en 2019 à l'issue de la scolarité qu'il a suivie en France, sa situation familiale à la date de la décision en litige, son insertion sociale au regard notamment des attestations qu'il a produites, ainsi que sa situation professionnelle dont la dernière promesse d'embauche dont il s'était prévalu en date du 3 avril 2023. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que sa situation n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier par la préfète de l'Aube, et il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le traitement de sa demande n'aurait pas été impartial. Ce moyen doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
6. Il est constant que M. A a quitté la France à la fin du mois de décembre 2015 pour rejoindre l'Albanie dans le cadre de l'exécution d'une mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de ses parents. Dans ces conditions, et alors même qu'il indique être revenu sur le territoire français en avril 2016 et n'avoir été absent que durant quelques mois, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il réside habituellement en France depuis plus de dix ans au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France pour la première fois en juillet 2012 avec ses parents et sa sœur, alors qu'il était âgé de onze ans. La demande d'asile de ses parents ayant été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 1er avril 2014, le préfet des Ardennes a prononcé à leur encontre une obligation de quitter le territoire français le 28 avril 2014, puis une seconde obligation de quitter le territoire français le 10 juin 2015 qui a été exécutée le 30 décembre 2015. M. A et sa famille sont revenus en avril 2016. Il n'est pas contesté que M. A a été scolarisé en classe de CM2 à compter de son arrivée en 2012, puis qu'il a poursuivi sa scolarité en France depuis, hormis l'interruption du début d'année 2016, jusqu'en classe de seconde et qu'il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle de réparation de carrosseries en juillet 2019. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a bénéficié d'un contrat du parcours d'accompagnement contractualisé vers l'emploi et l'autonomie entre février 2020 et février 2021 et a réalisé des missions temporaires de travail entre 2019 et 2022, notamment auprès de la société Dugain Piscines. Si le requérant se prévaut d'un contrat à durée indéterminée conclu avec cette société en qualité de maçon employé, ce contrat a été signé le 15 janvier 2024 postérieurement à la décision attaquée. S'il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " de mars 2019 à mars 2020, le renouvellement de ce titre a ensuite été refusé par le préfet de l'Aube et M. A a fait l'objet de deux mesures d'obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutées. S'il se prévaut de la présence de ses parents et de sa fratrie, avec lesquels il réside dans le cadre du dispositif de l'hébergement d'urgence, il ne conteste pas qu'à la date de la décision en litige, ses parents étaient en situation irrégulière, que ses deux frères étaient mineurs et que seule sa sœur, majeure, disposait d'un titre de séjour. L'intéressé est célibataire et sans enfant à charge. Dans ces conditions, et en dépit de la durée de sa présence en France et de sa maîtrise de la langue française, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
9. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".
10. Il résulte des dispositions du 1° de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser ou de renouveler l'un des titres de séjour auxquels cet article renvoie, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance de tels titres. Il résulte de ce qui précède que M. A ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie par la préfète de l'Aube.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
12. Si M. A se prévaut d'un contrat à durée indéterminée à temps plein conclu avec la société Dugain Piscines le 15 janvier 2024, ce contrat est postérieur à la décision attaquée. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 8, et alors même qu'il justifie d'une promesse d'embauche du 18 janvier 2022 par la société Dugain Piscines, puis de celle de la société C.L. Piscines Aube du 3 avril 2023, les circonstances précédemment rappelées ne suffisent pas à établir que sa situation répond à des considérations humanitaires ou que son admission au séjour se justifie au regard de motifs exceptionnels. Dans ces conditions, la préfète de l'Aube n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de M. A ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 8 de ce jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Compte tenu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
15. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code, dans sa version applicable au litige : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
16. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, notamment ceux prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace.
17. Il ressort des pièces du dossier que, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à l'encontre de M. A sur le fondement de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Aube a retenu qu'il a fait l'objet de deux refus de séjour assortis d'obligations de quitter le territoire français les 13 février 2020 et 10 janvier 2022, lesquelles n'ont pas été exécutées, qu'il n'a pas été admis au séjour depuis 2016, qu'il est célibataire, sans enfant, sans ressources, ni résidence stable, que ses parents sont en situation irrégulière en France, et qu'il ne démontre pas être isolé en Albanie. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait fondée sur un motif tiré de ce que la présence de M. A constitue une menace pour l'ordre public, de sorte que cette décision n'a pas à faire expressément mention d'une telle menace. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision n'est pas suffisamment motivée, ni qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Ces moyens doivent donc être écartés comme manquant en fait.
18. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées au point 15, que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
19. M. A ne peut utilement soutenir que la décision a pour effet de mettre fin à son activité professionnelle en l'absence d'emploi exercé à la date de la décision attaquée. Il est constant que l'intéressé a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées et que sa famille est, à l'exception de sa sœur, en situation irrégulière. Dans ces conditions, et en dépit de la durée totale de son séjour en France et alors même que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public, la préfète de l'Aube n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
20. En troisième lieu, si la préfète de l'Aube mentionne à tort que M. A n'a jamais été admis au séjour depuis 2016, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que l'intéressé a bénéficié d'un titre de séjour pour la période du 21 mars 2019 au 20 mars 2020 dont le renouvellement lui a été refusé. Il résulte de l'instruction que l'erreur de fait ainsi commise n'a pas eu d'incidence sur le sens de la décision litigieuse et que la préfète de l'Aube aurait pris la même décision qui repose notamment sur l'existence de deux précédentes mesures d'éloignement et sur l'ancienneté de sa présence en France.
21. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité des décisions portant refus de lui délivrer un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
22. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 8, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 décembre 2023 de la préfète de l'Aube.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
R. RIFFLARDLa présidente,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026