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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400251

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400251

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2024, M. D A, représenté

par Me Hami-Znati, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet

de la Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement

de l'article 7b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ou à défaut de lui délivrer

une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Hami-Znati, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37

de la loi du 10 juillet 1991 ;

M. A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ;

- méconnait l'article 7b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors

que le préfet de la Marne n'a pas saisi la plateforme main-d'œuvre étrangère pour avis

et qu'il justifie d'un emploi stable ;

- méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 9 du code civil ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences

sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- a été édictée à la suite d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été informé

de la possibilité d'être éloigné et qu'il n'a pas été mis à même de faire valoir ses observations ;

- méconnait l'article 7b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors que

le préfet de la Marne n'a pas saisi la plateforme main-d'œuvre étrangère pour avis et qu'il justifie d'un emploi stable ;

- méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 9 du code civil ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences

sur sa situation personnelle ;

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre

de séjour ;

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde

des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 9 du code civil ;

Le préfet de la Marne a produit des pièces le 14 février 2024.

Par ordonnance du 2 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision

du 8 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,

sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Alibert,

- et les observations de Me Hami - Znati, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en août 2017. Par arrêté du 19 octobre 2023, le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé à destination duquel il pourrait être éloigné en l'absence de départ volontaire. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. Par un arrêté du 18 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Marne le même jour M. B C, préfet de la Marne, a donné à M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture de la Marne et signataire

de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions du représentant de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions contestées. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

Sur le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet de la Marne s'est fondé pour prendre sa décision. Si l'arrêté comporte deux références à la Tunisie, il vise la nationalité algérienne du requérant ainsi que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. En outre, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier

de la situation de M. A. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision litigieuse et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France à titre exceptionnel, soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet

de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu

de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure

de régularisation.

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'examen de situation et du courrier intitulé " demande de régularisation à titre exceptionnel " envoyé à la préfecture le 18 juillet 2022, que M. A n'a pas sollicité un titre de séjour mention " salarié " sur le fondement de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Il ne peut donc utilement se prévaloir de ces dispositions pour contester la légalité de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

7. M. A justifie de sa présence en France depuis juillet 2018 ainsi que d'une activité professionnelle en qualité de salarié dans la restauration depuis cette date. Toutefois, il ne fait pas état d'attache familiale en France et il ressort de sa demande de titre de séjour que ses parents et ses cinq frères et sœurs résident en Algérie. Par suite, la décision portant refus titre de séjour, en lui refusant une mesure de régularisation à titre discrétionnaire, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

8. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. Il ressort des éléments développés au point n°7 que le préfet de la Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8

de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il ressort de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant un titre de séjour à M. A doivent être rejetées.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre

de séjour, le requérant, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui tend

à son maintien en France, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est appelé à préciser les motifs qui, selon lui, sont susceptibles de justifier que lui soit accordé un droit au séjour en France, et donc à faire obstacle à ce qu'il soit tenu de quitter le territoire français. Il est invité à produire, à l'appui

de sa demande, tous éléments susceptibles de venir à son soutien et il lui est possible d'apporter toutes les précisions qu'il juge utiles à l'agent de préfecture chargé d'enregistrer sa demande, voire de s'informer des conséquences d'un éventuel refus opposé à sa demande. Enfin, il lui est loisible, tant que sa demande est en cours d'instruction, de faire valoir des observations écrites complémentaires, au besoin en faisant état de nouveaux éléments, ou de solliciter, auprès

de l'autorité préfectorale, un entretien afin d'apporter oralement les précisions et compléments qu'il juge utiles. Ainsi, la seule circonstance que le préfet qui refuse la délivrance

ou le renouvellement du titre sollicité par l'étranger en assortissant cette décision d'une obligation de quitter le territoire français n'ait pas, préalablement à l'édiction de cette mesure d'éloignement, et de sa propre initiative, expressément informé l'étranger qu'en cas de rejet de sa demande

de titre de séjour, il serait susceptible d'être contraint de quitter le territoire français en l'invitant à formuler ses observations sur cette éventualité, alors que l'intéressé, qui ne pouvait pas l'ignorer, n'a pas été privé de la possibilité de s'informer plus avant à ce sujet auprès des services préfectoraux ni de présenter utilement ses observations écrites ou orales sur ce point au cours

de la procédure administrative à l'issue de laquelle a été prise la décision d'éloignement, n'est pas de nature à permettre de regarder l'étranger comme ayant été privé de son droit à être entendu. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

12. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer au soutien de conclusions tendant à l'annulation d'une mesure d'éloignement la méconnaissance de l'article 7b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui, s'il régit une partie du droit au séjour en France des ressortissants algériens, ne comporte pas de dispositions relatives à l'éloignement. Par suite,

ce moyen doit être écarté.

13. En troisième lieu, le requérant se prévaut, au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, de la méconnaissance

de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des éléments développés au point n°6 que le requérant ne peut s'en prévaloir et que ce texte qui concerne uniquement les modalités d'accès au séjour ne contient pas de disposition relative à l'éloignement. Par suite, ce moyen est inopérant.

14. En quatrième lieu, il résulte des éléments rappelés au point n° 7 que le préfet

de la Marne n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision l'obligeant à quitter

le territoire français et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne

de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquence sur sa situation personnelle. En outre, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article 9 du code civil.

15. En dernier lieu, la décision refusant à M. A un titre de séjour étant légale, le moyen tiré de l'illégalité, par voie de conséquence, de la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français doivent être écartées.

Sur le pays de destination :

17. D'une part, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 9 du code civil. D'autre part, les parents et l'ensemble de la fratrie de M. A qui se dit célibataire et sans enfant, demeurent en Algérie, pays vers lequel le préfet de la Marne a décidé de l'éloigner par la force s'il ne quittait pas le territoire français pendant le délai de départ volontaire. Si

le requérant produit des attestations de collègues et d'une amie vivant en France, il ne démontre pas en quoi l'éloignement vers son pays d'origine, dont il a la nationalité et où vit l'intégralité

de sa famille proche, porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée. Dès lors, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soit être écarté. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 octobre 2023, par lequel le préfet de la Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme que demande

M. A en remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

Mme Alibert, première conseillère

M. Henriot, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024 .

La rapporteure,

signé

B. ALIBERT

Le président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

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