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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400262

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400262

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. A, ressortissant guinéen, qui contestait un arrêté préfectoral du 28 janvier 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de trois ans. Le requérant invoquait notamment l'incompétence du signataire, un défaut de motivation, une erreur de fait, et une méconnaissance des articles 8 de la CESDH et L. 612-2 du CESEDA. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, confirmant la légalité de l'arrêté au regard des textes applicables, dont le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 2 février 2024, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président de la 9ème chambre du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. D A.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 30 janvier 2024 au greffe du tribunal administratif de Lyon et le 18 août 2024 au greffe du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, M. D A demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2024, par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans et a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la préfète de l'Aube a méconnu les dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a indiqué lors de son audition que son état de santé nécessitait une surveillance particulière de sorte que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait dû être saisi préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait en ce qu'il mentionne qu'il a quitté la Guinée à l'âge de 34 ans alors que son départ est intervenu en 2009 à l'âge de 24 ans ;

- les faits d'agression sexuelle mentionnés par l'arrêté attaqué n'ont donné lieu à aucune poursuite tandis que les autres faits qui lui sont reprochés ne sauraient suffire à démontrer qu'il constituerait une menace pour l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête de M. A.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 19 juin 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande juridictionnelle de M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Torrente, premier conseiller,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité guinéenne né le 1er janvier 1985, est entré sur le territoire français en 2018 selon ses déclarations et a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 7 août 2019, ultérieurement confirmée le 25 mars 2021 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande d'asile. L'intéressé a ensuite fait l'objet de trois mesures d'éloignement les 13 avril 2021, 17 février 2022 et 1er mars 2023, la légalité de cette dernière décision ayant été confirmée par un jugement du magistrat désigné du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 6 mars 2023 puis par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 13 juillet 2023. Le 27 janvier 2024, M. A a été interpellé par les services de gendarmerie nationale de Méry-sur-Seine et placé en garde à vue. Par un arrêté du 28 janvier 2024, la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans et a fixé le pays de destination. M. A, dont le placement en centre de rétention prononcé le même jour a été annulée le 30 janvier 2024 par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon, demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 28 janvier 2024.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. ". Aux termes de l'article 51 du décret du 28 décembre 2020, portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () II. - Sans préjudice de l'application des dispositions relatives à l'admission provisoire, la juridiction avisée du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle sursoit à statuer dans l'attente de la décision relative à cette demande. () ". En vertu de l'article 61 du même décret : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 19 juin 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A le 30 janvier 2024. Par suite, les conclusions de l'intéressé tendant à ce qu'il soit admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ont perdu leur objet en cours d'instance. Il n'y a dès lors pas lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B C, sous-préfet de Bar-sur-Aube, bénéficie, par un arrêté de la préfète de l'Aube du 30 août 2022, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Aube, d'une délégation de signature. Aux termes de l'article 4 de cet arrêté, M. C est compétent, pour l'ensemble du département, notamment lorsqu'il assure le service de permanence, pour prendre toute mesure nécessitée par une situation d'urgence, notamment en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, qui a ici été édicté un dimanche à la suite de l'interpellation et du placement en garde à vue de M. A, manque en fait.

5. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à compter du 28 janvier 2024 : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / () ". Aux termes de l'article L. 611-3 de ce code, dans sa version également en vigueur à compter du 28 janvier 2024 : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

6. Aux termes de L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".

7. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

8. Si le premier alinéa de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui vient d'être mentionné se réfère au 9° de l'article L. 611-3 du même code, ce 9° a été supprimé par l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Dès lors, ce premier alinéa de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui contient des dispositions réglementaires d'application d'une disposition législative désormais abrogée et non remplacée, est désormais sans objet. Toutefois, indépendamment du cas prévu par l'article L. 611-3 précité, l'autorité administrative ne saurait légalement obliger un ressortissant étranger à quitter le territoire français que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Ainsi, en dépit de l'abrogation opérée par l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024, l'autorité préfectorale demeure tenue, à l'occasion de la vérification du droit au séjour de l'étranger à laquelle l'autorité préfectorale doit se livrer avant de prendre une mesure d'éloignement, de recueillir préalablement l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration si elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers pouvant prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. M. A soutient qu'il a déclaré des problèmes de santé lors de son placement en garde à vue précédant l'adoption de l'arrêté en litige. Il verse par ailleurs des documents médicaux attestant qu'il souffre d'une arthrose interphalangienne du gros orteil dans un contexte de fracture ouverte du pilon tibial compliquée d'un sepsis, pathologies pour lesquelles il a bénéficié de plusieurs interventions chirurgicales pour la pose d'un clou d'arthrodèse à la cheville droite, en novembre 2020, pour une arthrodèse interphalangienne du premier rayon du pied droit par vis, en novembre 2022, et en dernier lieu le 21 mars 2023 afin de tenter d'extraire le clou d'arthrodèse posé précédemment. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que par une décision du 21 décembre 2022, la préfète de l'Aube a rejeté sa demande de protection contre l'éloignement en s'appropriant l'avis du collègue des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 12 novembre 2022. Dans cet avis, le collège des médecins a estimé que si l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En outre, s'il résulte du compte rendu hospitalier établi le 31 mars 2023 que la tentative d'extraction du clou d'arthrodèse a échoué et que les biopsies réalisées à cette occasion ont permis de déceler la présence d'une infection à plusieurs staphylocoques, ce document se borne à prescrire divers traitements et des consultations de suivi sur une durée maximale de 3 mois, soit jusqu'à la fin du mois de juin 2023. Si le requérant soutient avoir été hospitalisé jusqu'au 4 juin 2024, il ne produit aucun élément à l'appui de cette allégation. L'ordonnance prescrivant à l'intéressé un traitement en lien avec le diabète qui lui a été diagnostiqué en 2020, quant à elle, ne permet pas de démontrer, compte tenu de son imprécision, que l'état de santé de M. A serait susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers pouvant prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la préfète de l'Aube n'avait pas ici l'obligation de recueillir préalablement l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en l'absence d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présentait un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers pouvant prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure doit dès lors être écarté. M. A n'est pas non plus fondé à soutenir que la préfète de l'Aube aurait, dans les circonstances de l'espèce, méconnu les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne tenant pas compte de son état de santé.

10. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Aube n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A, au vu de l'ensemble des éléments de sa situation portés à la connaissance de l'administration.

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. M. A soutient qu'il réside sur le territoire français depuis 2018 et qu'il est actuellement en couple avec une ressortissante de nationalité haïtienne titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 19 mai 2024, qui est enceinte de ses œuvres. Toutefois, il ne justifie pas, par les éléments qu'il produit, de l'ancienneté et de la stabilité de cette relation, ni même d'une communauté de vie. Par ailleurs, s'il se prévaut de son état de santé, il ne justifie pas que celui-ci nécessiterait une prise en charge dont le défaut serait d'entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui ne serait pas disponible dans son pays d'origine. Enfin, l'intéressé, qui est sans emploi et ne conteste pas avoir été l'auteur, à plusieurs reprises, de faits de conduite d'un véhicule terrestre à moteur sans assurance ou sans permis de conduire entre 2021 et 2024, ne justifie d'aucune insertion particulière. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Aube a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

15. Il est constant que M. A n'est pas entré sur le territoire français de manière régulière, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et qu'il s'est soustrait à l'exécution des trois précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, de sorte qu'il existait un risque qu'il se soustrait à la nouvelle décision portant obligation de quitter le territoire français en litige. Par ailleurs, compte tenu de ce qui a été dit aux points 9 et 13, ni la situation familiale de l'intéressé ni son état de santé ne justifiaient l'octroi d'un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à compter du 28 janvier 2024 : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

17. Il ressort des termes mêmes des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

18. M. A, qui ne conteste pas avoir fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement restées inexécutées, ne justifie pas de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité de la relation dont il se prévaut avec une ressortissante de nationalité haïtienne, alors qu'il était sans enfant à charge à la date de l'arrêté attaqué. Il ne démontre pas non plus que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et dont il ne pourrait effectivement disposer dans son pays d'origine. Par ailleurs, s'il soutient que les faits qui lui sont reprochés par la préfète de l'Aube sont insuffisants pour caractériser un danger réel et actuel pour l'ordre public, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Aube aurait entendu se fonder sur la menace pour l'ordre public engendrée par sa présence sur le territoire français pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige. Enfin, M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire susceptible de faire obstacle au prononcé de la mesure d'interdiction de retour en litige. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait disproportionnée ni qu'elle serait entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

19. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

20. M. A soutient que la préfète de l'Aube le soumet à des risques de tortures et de traitements inhumains ou dégradants en désignant son pays d'origine comme pays de destination, dès lors qu'il y a fait l'objet de menaces de la part d'un policier, qui est le frère d'une passagère qu'il véhiculait dans le cadre de son métier de chauffeur et qui est décédée à la suite d'un accident de la route. Toutefois, il ne produit aucun élément de nature à démontrer la réalité et l'actualité des craintes qu'il déclare éprouver à ce titre, alors, au demeurant, que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA. Par ailleurs, s'il se prévaut de son état de santé et de la privation de soins en cas de retour dans son pays d'origine, assimilables à des traitements inhumains et dégradants, il ne ressort pas des pièces du dossier que le défaut de prise en charge médicale du requérant pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait disposer effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2024 de la préfète de l'Aube. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de l'Aube.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Briquet, président,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. TORRENTELe président,

Signé

B. BRIQUET

La greffière,

Signé

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aube en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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