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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400267

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400267

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 février 2024, Mme A D, représentée par

Me Hami-Znati, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;

- elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences excessives sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, son droit d'être entendu ayant été méconnu dès lors qu'il n'a pas été informé du fait qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et présenter ses observations avant l'édiction de cette mesure ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 9 du code civil ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences excessives sur sa situation personnelle ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant le titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence ;

- elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 9 du code civil.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Soistier, premier conseiller,

- et les observations de Me Hami-Znati, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne, née le 4 mai 2004, est entrée en France le

8 octobre 2015, à l'âge de onze ans. Le 28 juillet 2022, elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 octobre 2023, le préfet de la Marne a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office à l'issue de ce délai. Par sa requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 18 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, M. B C, préfet de la Marne, a donné à M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture de la Marne et signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions du représentant de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquelles ne figurent pas la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette motivation ne présente, en l'espèce, aucun caractère stéréotypé. Ainsi, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Marne n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de Mme D. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D aurait introduit une demande de titre de séjour " étranger malade ". La circonstance que le préfet s'est fondé à tort sur un avis antérieur du collège des médecins de l'OFII, datant de 2018, ou qu'il se serait estimé lié par un tel avis, pour motiver le rejet de la demande d'admission exceptionnelle au séjour introduite par la requérante, est, par suite, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", "travailleur temporaire " ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Mme D soutient qu'elle est présente sur le territoire depuis le 8 octobre 2015, à la date de la décision attaquée, qu'elle est prise en charge médicalement, dans le cadre d'un suivi socio-éducatif depuis qu'elle est âgée de onze ans, qu'elle est scolarisée en France depuis huit années, et qu'elle bénéficie d'une insertion professionnelle au sein de la société française, au titre du dispositif " établissement et service d'aide par le travail " (ESAT). Toutefois, la durée de présence dont se prévaut l'intéressée n'a été acquise que par le maintien irrégulier sur le territoire français de sa mère, alors qu'elle était encore mineure, laquelle s'est vue en dernier lieu refuser sa demande de titre de séjour en qualité de " parent d'enfant malade " et obligée de quitter le territoire par un arrêté du préfet de la Marne du 14 août 2018. Par suite, la requérante en se fondant notamment sur des circonstances médicales ou liées à son parcours scolaire en France, ne justifie d'aucun des motifs exceptionnels prévus par les dispositions de l'article L.435-1 du code précité.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si Mme D se prévaut de sa durée de présence sur le territoire national, de son parcours personnel au sein d'un institut d'éducation motrice et de la participation à des compétitions sportives, toutefois, celle-ci célibataire sans enfants, ne démontre pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de onze dans son pays d'origine, où il n'est pas contesté que résiderait encore son père et son frère. Par suite, le préfet de la Marne n'a pas, en prenant la décision en litige, porté au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen, tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

10. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 9, la requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision attaquée aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 9 du code civil ne peut qu'être écarté comme inopérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a pu présenter une demande de titre de séjour, laquelle a été examinée par les services du préfet de la Marne. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Marne, qui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité en l'assortissant d'une obligation de quitter le territoire français, l'aurait privée de son droit d'être entendue.

14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 5, 7, 9, 10, 11 et 13 du présent jugement, la requérante n'est pas fondée à invoquer la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 9 du code civil, ni à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

15. En dernier lieu, le présent jugement rejetant les conclusions présentées à l'encontre de la décision de refus de séjour, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, prise à son encontre, serait illégale du fait de l'illégalité de cette première décision.

Sur la décision fixant le pays de destination :

16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays destination méconnaît les stipulations de

l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article 9 du code civil.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Hami-Znati et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nizet, président,

M. Soistier, premier conseiller,

M. Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le rapporteur,

M. SOISTIERLe président,

O. NIZET

Le greffier,

N. MASSON

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