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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400290

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400290

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 7 février 2024, Mme A E, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, à compter de la notification dudit arrêté ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait son droit à un recours effectif garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur de droit, en méconnaissance de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de la Marne qui a été destinataire de la procédure n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces le 8 février 2024 à 17h11, soumises au contradictoire ;

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Gabon, et de Mme E, assistée d'un interprète en géorgien.

Des pièces ont été produites au cours de l'audience par la requérante ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E, de nationalité géorgienne, a déclaré être entrée irrégulièrement sur le territoire français en juin 2022. Elle a sollicité des autorités françaises son admission au séjour au titre de l'asile en raison de persécutions subies de la part de son ex-mari. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 4 août 2023 notifiée le 8 août 2023. Par un arrêté du 11 août 2023, le préfet des Ardennes a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 5 février 2024, le préfet de la Marne l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, à compter de la notification dudit arrêté. L'intéressée demande au tribunal d'annuler l'arrêté d'assignation à résidence.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande de la requérante, il y a lieu de lui accorder à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Par un arrêté du 18 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, M. B D, préfet de la Marne, a donné à M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture de la Marne et signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions du représentant de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

4. L'arrêté attaqué mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle de la requérante. Il ne ressort pas de la motivation, conforme aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, que le préfet se soit abstenu de procéder à un examen complet de sa situation ni qu'il a agi en situation de compétence liée avec la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

6. Il résulte clairement de ces stipulations que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union, de sorte que l'étranger faisant l'objet d'une assignation à résidence ne saurait tirer de ces stipulations un droit d'être entendu. En outre, la requérante a en l'espèce pu présenter toutes les observations qu'elle estimait utiles au moment du dépôt de sa demande d'asile et elle a aussi bénéficié, le 5 février 2024 à 10h15, d'un entretien avec les services de la préfecture, assistée d'un interprète, ou elle a pu présenter des observations supplémentaires.

7. Les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposent, notamment, que l'information qu'elles prévoient soit communiquée, une fois la décision notifiée, au plus tard lors de la première présentation de l'assignée à résidence aux services de police ou de gendarmerie. Il en résulte que l'absence d'information telle que prévue par l'article R. 732-5 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, laquelle s'apprécie à la date de son édiction. Pour le même motif, Mme E ne peut utilement faire valoir que le formulaire prévu par l'article R. 732-5 mentionné ci-dessus ne lui a pas été remis.

8. Aux termes de l'article L.731-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; "

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français en date du 11 août 2023. Le 12 septembre 2023, l'intéressée à introduit un recours tendant à obtenir l'annulation dudit arrêté. Dans le cadre de son entretien avec les services de la préfecture, Mme E indique avoir eu connaissance de cette mesure prise à son encontre. L'arrêté du 11 août 2023 a donc été régulièrement notifié. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet a décidé de l'assigner à résidence en application des dispositions de l'article L.731-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de la requérante, ressortissante d'un pays d'origine sûr, a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 4 août 2023. Il en résulte, dès lors, que l'attestation de demandeur d'asile délivrée à l'intéressée était caduque depuis le rejet de sa demande de protection internationale par l'Office. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'à la date de l'arrêté contesté, elle avait le droit de se maintenir sur le territoire français.

12. Mme E, dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, se borne à faire valoir qu'elle ne pourra pas se rendre au commissariat tous les jours entre 8h et 9h du fait de sa situation administrative, de son impécuniosité et de la scolarité de ses enfants mineurs. Elle n'apporte cependant, à l'appui de ces allégations, aucun élément sérieux de nature à en apprécier le bien-fondé et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en l'obligeant à se présenter six jours de la semaine au commissariat de la ville de Reims, le préfet ait entaché d'une erreur manifeste son appréciation des conséquences de l'arrêté contesté sur sa vie personnelle et méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'intéressée n'est pas davantage fondée à soutenir que l'arrêté en litige porterait une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E, n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Marne du 5 février 2024.

Sur les frais du litige :

14. Mme A E étant, dans la présente instance, la partie perdante, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, au préfet de la Marne et à Me Gabon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

A. C La greffière,

Signé

S. VICENTE

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