mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400292 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2024, Mme B A, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) de prononcer l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a assignée à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours en lui faisant obligation de se présenter au commissariat de police de Reims tous les jours entre 8 heures et 9 heures et lui a interdit de sortir de ce même département sans autorisation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris par un auteur dont la compétence n'est pas démontrée ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, en tant qu'elle ne peut se rendre chaque jour au commissariat compte tenu de sa situation administrative et personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui, le 9 février 2024, a produit des pièces par lesquelles il conclut au rejet de la requête. Ces dernières ont été soumises au contradictoire préalablement à l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Gabon, avocate de Mme A,
- les observations de Mme A, assistée d'une interprète en langue albanaise.
Des pièces ont été produites au cours de l'audience par la requérante ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, de nationalité albanaise, soutient être entrée en France le 21 juillet 2023. Un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction de retour sur ce même territoire pendant une durée d'un an a été édicté à son encontre par le préfet des Ardennes et lui a été notifié le 27 novembre 2023. À la suite de cet arrêté, Mme A a été convoquée par les services préfectoraux de la Marne dans le cadre d'une étude de sa situation administrative. À l'issue de cet entretien, le 5 février 2024, le préfet de la Marne, par un arrêté daté du même jour, l'a assignée à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours en lui faisant obligation de se présenter au commissariat de police de Reims tous les jours entre 8 heures et 9 heures et lui a interdit de sortir de ce même département sans autorisation. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande de la requérante, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour assigner un étranger à résidence en application de l'article L. 731-1 est le préfet de département où se situe le lieu d'assignation à résidence et, à Paris, le préfet de police ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté portant assignation à résidence a été signé par M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture de la Marne, régulièrement habilité par un arrêté du 18 septembre 2023 portant délégation de signature, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
6. L'arrêté en litige mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des éléments de faits relatifs à la situation administrative et personnelle de la requérante. Il ne ressort pas de cette motivation, conforme aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, que le préfet se soit abstenu de procéder à un examen particulier et approfondi de la situation de Mme A. En conséquence, le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence ne serait pas intervenue au terme d'un examen complet de la situation personnelle de l'intéressée ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
8. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
9. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".
10. En l'espèce, Mme A a pu présenter les observations sur sa situation qu'elle estimait utiles dans le cadre de son entretien individuel, le 5 février 2024. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté querellé aurait été pris en méconnaissance du principe du contradictoire.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ;() ". Aux termes de l'article L. 732-7 de ce code : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat ". Et aux termes de l'article R. 732-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".
12. Les dispositions précitées des articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile imposent, notamment, que l'information qu'elles prévoient soit communiquée, une fois la décision notifiée, au plus tard lors de la première présentation de l'assigné à résidence aux services de police ou de gendarmerie. Il en résulte que l'absence de l'information telle que prévue par l'article R. 732-5 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, laquelle s'apprécie à la date de son édiction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par l'arrêté attaqué, des dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est inopérant.
13. Il ressort des pièces du dossier que l'autorité administrative a pris la décision la plus appropriée à l'encontre de Mme A en tenant compte de sa situation administrative, familiale et privée mais aussi de la circonstance qu'elle présente des garanties qui permettent de prévenir le risque de soustraction à la décision d'obligation de quitter le territoire français. Si Mme A fait valoir que la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle se fonde l'arrêté en litige ne lui aurait pas été notifiée, il est constant que cette décision a fait l'objet d'un recours en annulation devant le tribunal de céans, qui a été rejeté par un jugement du 7 février 2024. Mme A se borne à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français, sur laquelle se fonde l'arrêté en litige, méconnaîtrait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales sans apporter aucun élément supplémentaire permettant au juge d'apprécier le bien-fondé de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Marne aurait entaché sa décision d'une erreur de droit doit être écarté. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la demande d'asile de la requérante, ressortissante d'un pays d'origine sûr, a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 11 octobre 2023. Il en résulte, dès lors, que l'attestation de demandeur d'asile délivrée à l'intéressée était caduque depuis le rejet de sa demande de protection internationale par l'Office. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'à la date de l'arrêté contesté, elle avait le droit de se maintenir sur le territoire français.
14. La décision d'assignation à résidence prise à l'encontre de Mme A lui interdit de quitter le département de la Marne pour une durée de quarante-cinq jours et lui prescrit de se présenter tous les jours de la semaine au commissariat de police de Reims, entre 8 heures et 9 heures, sauf les dimanches et les jours fériés. En se bornant, sans produire d'éléments à l'appui de ces allégations, à évoquer la circonstance qu'elle doit emmener ses enfants de quinze et dix-sept ans à leur établissement scolaire tous les jours de la semaine aux environs de 8 heures, ainsi que son impécuniosité, la requérante, dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, n'est pas fondée à soutenir que la décision d'assignation à résidence prise à son encontre serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ni qu'elle porterait une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A ne peuvent être que rejetées.
Sur les frais du litige :
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Gabon et au préfet de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
A. C
La greffière,
Signé
S. VICENTE
N°240029
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026