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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400301

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400301

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTAMBURINI-BONNEFOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 février et le 11 avril 2024, Mme C E, représentée par la SCP Lacourt et Associés, demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise en vue d'évaluer et de chiffrer les préjudices subis suite à l'intervention chirurgicale réalisée le 28 août 2020 au sein du centre hospitalier Manchester de Charleville-Mézières.

Elle soutient que :

- le 30 juillet 2020, suite à un accident de travail ayant entrainé une fracture de la malléole externe, elle a été transportée au service des urgences du centre hospitalier de Charleville-Mézières où elle a été prise en charge et plâtrée ;

- le 6 août 2020, elle a consulté à nouveau au sein du même centre hospitalier en raison, d'une part, d'une déchirure au bras et d'un hématome au mollet provoqués par un plâtre trop lourd, et d'autre part d'une hypoesthésie de l'hallux ;

- elle a été hospitalisée du 27 août au 31 août 2020 car ses douleurs correspondaient en réalité à une fracture bimalléolaire avec un diastasis tibio-astragalien ;

- lors de l'intervention subie le 28 août 2020, consistant en une ostéotomie de correction suivie d'une ostéosynthèse de la malléole externe avec réduction du diastasis tibio-astragalien, un morceau de mèche s'est cassé et s'est retrouvé derrière le tibia avec impossibilité de le retirer ;

- elle a subi une ablation des vis de syndesmodèse le 26 octobre 2020 ;

- une scintigraphie osseuse en date du 9 février 2021 a fait état d'une algodystrophie de la cheville et de la partie postérieure du pied droit ;

- une IRM en date du 11 février 2021 a mis en évidence une gonarthrose prédominant au compartiment interne avec amincissement du cartilage tibiofémoral interne associée à des réactions ostéophytiques péri-condyliennes et des plateaux tibiaux, la présence d'une zone d'œdème osseux au niveau du condyle fémoral interne, la présence d'une arthrose fémoro-patellaire évoluée prédominant sur le versant rotulien interne, ainsi que la présence d'un kyste poplité rétro-condylien interne ;

- elle a, par la suite, présenté un handicap important au niveau du membre inférieur droit ;

- elle a de nouveau été hospitalisée du 15 juin au 27 août 2021 pour son algodystrophie de la cheville ;

- elle a ensuite pu marcher avec une boiterie importante au niveau de sa

cheville, une faiblesse musculaire importante au niveau du membre inférieur droit et un pied

valgus avec une migration de la vis distale ressentie sur le côté externe, une raideur au niveau

de la cheville et des paresthésies importantes sur le gros orteil ainsi que sur la face dorsale des

orteils latéraux ;

- elle a bénéficié d'une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé le 10 janvier 2022 ;

- la plaque et les vis ont été retirées mais la mèche cassée est restée impossible à enlever ;

- par une expertise, ordonnée le 25 avril 2022 par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, le docteur A a conclu à une absence de consolidation et à la nécessité de réévaluer son état de santé afin de chiffrer les différents préjudices qu'elle subit ;

- les éléments relevés par le docteur A dans son rapport ne permettent pas en l'état d'écarter tout manquement de la part du CHINA ainsi qu'un lien de causalité entre l'interventin réalisée et le préjudice qu'elle subit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, représenté par la SELAS Tamburini-Bonnefoy, demande au tribunal de rejeter purement et simplement, pour absence de toute utilité, la demande d'expertise formulée par Mme E et de mettre à la charge de cette dernière la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la mission d'expertise demandée par Mme E est strictement identique à celle dont le docteur A a d'ores et déjà eu à connaître ;

- l'expert, qui a écarté tout manquement fautif dans la prise en charge de Mme E ainsi que tout lien de causalité entre les préjudices présentés par Mme E et sa prise en charge, a mis le juge du fond en mesure de se prononcer sur l'état des faits de la cause ;

- les contestations des conclusions de l'expert ne peuvent être formulées que dans le cadre d'une demande au fond.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. Il résulte de l'instruction que, par une ordonnance n° 2200506 du 25 avril 2022, le juge des référés du tribunal a ordonné une expertise, confiée au docteur D A, relative aux conditions de la prise en charge au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes de Mme E. Dans son rapport déposé le 15 juillet 2022, l'expert conclut à l'absence de faute médicale, de soins ou d'organisation des services. L'expert a également précisé que l'état de santé de Mme E n'était pas consolidé et qu'elle devrait être réexaminée en février 2023, à deux ans du diagnostic d'algoneurodystrophie. Dans ces conditions, la demande d'expertise présentée par Mme E, aux fins de déterminer la date de consolidation de son état de santé et d'évaluer ses préjudices définitifs et permanents en lien avec sa prise en charge au sein du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance. En revanche, dès lors que les conditions dans lesquelles Mme E a été prise en charge au sein du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes ont déjà été décrites et analysées par le docteur D A qui a conclu à l'absence de toute faute médicale, de soins ou d'organisation des services, la nouvelle demande d'expertise de Mme E en tant qu'elle porte sur l'ensemble de ces points ne revêt pas le caractère utile exigé par les dispositions de l'article R. 532-1 cité au point 1 et doit être rejetée.

Sur la demande présentée au titre des dispositions de l'article L.761-1 du Code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande formulée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, présentée par le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes.

O R D O N N E :

Article 1er : M. le professeur D A, chirurgien orthopédique, exerçant au CHU d'Amiens (80054) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme E et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme E, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) déterminer la date de consolidation de l'état de santé de Mme E, l'importance du déficit fonctionnel permanent, des souffrances endurées, du préjudice esthétique définitif, du préjudice d'agrément ainsi que les frais futurs à caractère certain et prévisible ; dire si l'état de Mme E est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

3°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel Mme E devra être réexaminée en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert, lui-même soumis au secret médical, pourra se faire communiquer directement par le centre hospitalier l'entier dossier médical de l'intéressée, sans que puisse lui être opposé ce même secret et pourra entendre toute personne du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes ayant donné des soins à Mme E.

Article 6 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires avant le 30 octobre 2024. L'expert notifiera lui-même les copies aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E, aux caisses primaires d'assurance maladie des Ardennes et de la Haute-Marne, au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes et à M. le professeur D A, expert.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 23 avril 2024.

Le juge des référés,

signé

O. B

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