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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400308

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400308

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête, enregistrée le 9 février 2024, Mme A B, représentée par Me Mainnevret, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 16 janvier 2024, par lequel le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou à défaut de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) que le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros, soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français sont illégales compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Oscar Alvarez, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante arménienne, née le 9 février 1967, déclare être entrée sur le territoire français le 21 septembre 2016. L'intéressée a sollicité son admission au titre de l'asile le 30 décembre 2016. Sa demande a fait l'objet d'un rejet de la part de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 10 août 2017 confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 20 juin 2018. Une première obligation de quitter le territoire français a été édictée le 30 juillet 2018 par le préfet des Ardennes. La requérante n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement. Elle a déposé une demande d'admission au séjour par le travail le 24 janvier 2022. Par un arrêté du 16 janvier 2024, le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée. Par le présent recours, Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision en date du 23 février 2024, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme B. Sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est, par suite, dépourvue d'objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne la décision de refus de séjour

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. D'une part, Mme B se prévaut de sa présence continue en France et de celle de son mari depuis plus de sept ans. En outre, elle soutient avoir deux fils majeurs sur le territoire, le premier étant en situation régulière, marié à une compatriote également en situation régulière et père de trois filles et le second ayant sollicité la régularisation de son droit au séjour. Elle fait valoir également apporter son aide au bon fonctionnement du foyer en s'occupant au quotidien des enfants de son premier fils, malade et dont l'un d'entre eux est atteint d'autisme. D'autre part, elle produit un contrat de travail à durée indéterminée au sein d'une boulangerie signé en 2019 d'abord à temps partiel puis à temps plein depuis le 11 mars 2024, postérieurement à l'arrêté en litige. Toutefois, alors que sa durée de présence en France est liée à son maintien irrégulier après une première mesure d'éloignement en 2018 tout comme celle de son mari qui a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 25 mai 2021 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, les circonstances avancées par la requérante ne sont pas de nature à établir que sa situation répond à des considérations humanitaires ou que son admission au séjour se justifie au regard de motifs exceptionnels. En outre, l'intéressée n'établit pas que son fils, dont la situation de handicap n'est pas précisée, aurait besoin de la présence de sa mère pour l'assister alors, qu'au demeurant, elle occupe un emploi à temps plein. Dans ces conditions, le préfet de la Marne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision refusant son admission exceptionnelle au séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

6. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour serait entachée d'une illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, motif pris de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Outre la durée de présence évoquée au point 4, la requérante se prévaut des liens forts tissés avec les personnes de son entourage et des circonstances qu'en cas d'exécution de la mesure d'éloignement son fils, son épouse et leurs trois filles seront privées de sa présence et que ses parents sont décédés. Toutefois, son mari faisant également l'objet d'une mesure d'éloignement, elle pourra reconstituer sa cellule familiale avec lui en Arménie où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante neufs ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois

10. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour serait entachée d'une illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, motif pris de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination

13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

14. Mme B se prévaut de craintes en cas de retour en Arménie du fait de l'engagement politique de son mari. Toutefois, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile et les éléments qu'elle produit dans la présente instance ne permettent d'établir qu'elle serait exposée à des risques actuels, personnels et sérieux de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 janvier 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

O. ALVAREZ

Le président,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I. DELABORDE

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